Philémon, frag. Did., p
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2. Voir, sur la morale des Stoïciens, Denis, Histoire des Théories et des Idées morales dans l'Antiquité, I, p. 305 sqq.
uniquement dans le perfectionnement et l'exercice de la plus noble de nos facultés, de la raison. Comme la raison ne dépend que de nous, de notre volonté libre, nous sommes les maîtres de notre bonheur, et nous serons heureux en effet si nous savons réprimer les passions qui égarent notre jugement et nous font trouver bon et désirable ce que les hommes regardent ordinairement comme tel, les richesses, les honneurs, la gloire, tout ce que le hasard enfin distribue, sans distinction, au sage et à l'insensé. D'ailleurs, loin de faire le bonheur du sage, ces avantages apparents sont plutôt un mal pour lui : car ce sont eux qui produisent en nous l'orgueil, l'intempérance, et nous donnent l'occasion de cesser d'être vertueux, c'est-à-dire heureux. La souffrance, la pauvreté, la servitude ne sauraient non plus avoir prise sur le sage. « Rien de mal ne peut lui arriver; les contraires ne se « mêlent pas. Comme les fleuves, les eaux de la pluie et des « sources médicinales ne peuvent changer l'acre saveur de la «mer et ne réussissent même pas à l'adoucir, de même les « coups du malheur ne changent en rien l'âme forte » *, et l'essence même de l'homme ne pouvant être modifiée par l'adversité, l'adversité ne peut non plus modifier la condition de sa vie. Bien plus, les revers que redoutent le reste des hommes, le sage les provoque au besoin*. Ne sont-ils pas, en effet, la condition de la lutte d'où doivent sortir victorieuses sa volonté et sa raison? Elément essentiel de sa vertu, ils sont donc aussi un élément essentiel de son bonheur. L'influence de la Fortune sur le bonheur de l'homme est donc nulle; les biens et les maux qu'elle nous envoie ne sont rien par eux-mêmes, ils ne sont bons ou mauvais que par l'usage qu'en fait la raison.
Le hasard même existe-t-il dans le monde pour les stoïciens? Ils en parlent sans cesse, et cependant on ne voit laquelle place ils pouvaient lui donner dans leur système; leur conception de Dieu est en contradiction directe avec
J. Sénèque, de Providentiel, II, 1,
cette idée. Dieu, pour eux, c'est la raison même vivifiant la masse universelle qu'elle anime (mens agitât molem), réglant d'une manière immuable la production des phénomènes, l'enchaînement des causes et des effets. Dieu est partout dans la nature, il est la nature même, et tous les êtres participent de son essence, à plus forte raison les êtres raisonnables : « Il existe, entre les sages et Dieu, une amitié dont « le lien est la vertu. Amitié n'est pas assez dire ; c'est « plutôt une parenté et une similitude. Le sage ne diffère de « Dieu que par le temps. » 1 — « Ce grand tout, dans lequel « nous sommes compris, est un, et cet un est Dieu; nous « sommes ses associés, nous sommes ses membres. » 2 Le Hasard et la Fortune s'exerçant sur ces êtres raisonnables, divins, dieux eux-mêmes, n'est-ce pas là une chose impossible? Aussi trouvons-nous dans Sènèque cette idée que le hasard n'existe pas pour le sage; l'adversité qui l'accable ne vient pas de la fortune; en réalité, elle est voulue par Dieu et n'est qu'une épreuve à laquelle il soumet son courage : « Quand tu verras les hommes de bien, chers aux dieux, a peiner, suer, gravir péniblement la vie, et les méchants au « contraire se livrer à la joie et aux délices, dis-toi que « nous-mêmes nous prenons plaisir à voir la réserve de nos « enfants et la licence de nos esclaves 3; les uns, nous les « soumettons à une discipline austère; nous encourageons « la hardiesse des autres. Sois bien sûr que pour Dieu il « n'en est pas autrement; il ne laisse pas le sage s'endormir « dans les plaisirs; il l'éprouve, il l'endurcit, il se le préce pare. » 4 N'est-ce pas ainsi que nous nous exprimons quand nous cherchons à concilier la Providence et l'existence du mal physique? Avec cette théorie du stoïcisme, l'existence