‹ Étude sur la digitaleChapitre 5 sur 13 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Nous nous occuperons d’abord de la digitaline amorphe qui est la seule employée en médecine, puis nous passerons à l'étude de la digitaline cristallisée.

Aussitôt après les travaux de Withering et Cullen, époque à laquelle la digitale fut introduite dans la thérapeutique, toutes les parties de cette plante furent employées : feuilles, fleurs, semences et racines. Plus tard, on ne garda que les feuilles, quoique les semences soient plus actives. :

Peu de temps après, les chimistes cherchèrent à isoler le principe actif de la digitale, mais on ne devait y arriver que beaucoup plus tard. Plusieurs chimistes et, entre autres, Leroyer de Genève, Dulong, Planque, etc, prétendirent avoir trouvé ce principe actif qui devait faire de la digitale un des médicaments les plus précieux de la matière médicale. Ce n'était point à ces savants que devait revenir l'honneur de cette découverte. En 1844, MM. Homolle et Quévenne, s’aidant d’un travail de M. Henry, pharmacien à Phalsbourg, arrivèrent à isoler le principe actif de la digitale, principe auquel ils donnèrent le nom de digitaline. La Société de pharmacie de Paris leur décerna un prix à titre de récompense.

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À l'analyse on découvrit ensuite dans cette plante diverses substances que nous ne ferons qu'énumérer, n'ayant nous occuper que du principe actif de la digitaline.

Ces substances sont les suivantes :

Digitaline, digitalose, digitalin, digitalide, acide digitalique, acide antirrhinique, acide digitaléique, tannin, amidon, sucre pectine, malière albumineuse, malière rouge orange cristallisable, chlorophylle, huile volatile el nitrate de potasse.

Depuis MM. Homolle et Quévenne, diverses modifications ont été apportées à l'extraction de la digilatine amorphe.

Aucune de ces modifications n’ayant un avantage réel, nous

nous bornerons à donner le procédé de ces savants.

Après avoir pulvérisé régulièrement et humecté un kilogramme de feuilles de digitale, on les met dans un appareil à déplacement, muni, à sa douille, d’un tampon ouaté ; on traite par l’eau, puis on réunit les liqueurs, la dernière devant, d’après le Codex, marquer 1.050 au minimum. Précipiter la liqueur par un léger excès de sous-acétate de plomb; jeter sur un filtre; la liqueur passe presque décolorée. Additionner de carbonate de soude qui débarrasse de l’excès de plomb, jusqu’à ce qu'il n’y ait plus de précipité. Filtrer de nouveau, ajouter du phosphate de soude ammoniacal qui précipite les sels magnésiens. On élimine la chaux par un peu d’oxalate d’ammoniaque. Après avoir de nouveau filtré le liquide, on précipite par du tannin en excès. Ce précipité encore humide, recueilli sur un filtre, est mêlé au cinquième de son poids d’oxyde de plomb fondu et pulvé-

risé qui absorbe le tannin. On place entre deux feuilles de

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papier non collé la pâte ainsi obtenue et on sèche à l'étuve. Cette pâte desséchée et pulvérisée est ensuite traitée dans un appareil à déplacement par l'alcool concentré. Après avoir décoloré la solution alcoolique par le charbon animal lavé (1), évaporer au bain-marie et laver à l’eau distillée la matière jaunâtre, granuleuse, qui s'est déposée; faire égoutter; reprendre par alcool bouillant et laisser évaporer. Par l'évaporation ilse dépose, sur les parois de la capsule, de la digitaline brute, sous forme granuleuse mamelonnée qu'on dessèche et qu’on pulvérise, puis, qu'on traite à deux reprises par l’éther concentré bouillant qui laisse. après évaporation, la digitaline telle qu’elle doit être employée.

Le procédé du Codex diffère un peu, de ce dernier.

Après avoir obtenu la digitaline sous forme granuleuse mamelonnée, laver par l'alcool concentré bouillant, évaporer, épuiser par l’eau distillée; reprendre par l’alcoo! à 90°, chasser celui-ci et épuiser le résidu par le chloroforme qui, après évaporation, laisse déposer la digitale pure. Cette digitaline est deux fois plus active que celle qui n’a pas subi le traitement par le chloroforme (Codex).

Nous ne parlerons point du procédé de M. Henry, ni de ceux de beaucoup d’autres chimistes, procédés qui sont moins simples ou qui donnent un produit impur sur les

effets duquelon ne peut compter.

(1) Nous ne saurions trop insisier sur cette recommandation de laver le noir animal; car il peut contenir des matières étrangères susceptibles de nuire à la préparation.

PROPRIÈTÉS DE LA DIGITALINE AMORPHE.

La digitaline obtenue par le procédé du Codex est en fragments d’un jaune pâle plus ou moins opaque. Pour l’employer on la pulvérise. Cette opération est facile, mais elle a des inconvénients. Non seulement elle provoque des éternûments, mais elle peut encore produire une inflammation assez douloureuse et même une excoriation, comme nous le verrons dans le chapitre traitant des phénomènes physiologiques. La digitaline a une odeur sui generis et est très amère. Il faut deux litres d’eau pour enlever l’amertume communiquée par un centigramme dissous dans deux grammes d’alcool. |

La digitaline dévie à droite le plan de polarisation (la digitaline est dextrogyre).

La digitaline est très peu soluble dans l’eau.

M. Hepp avait prétendu quela digitaline, préparée avec de vieilles feuilles, était soluble dans l’eau ; mais il est démontré que dans des conditions identiques, les deux sont insolubles. Elle est très soluble dans l'alcool, dont le degré dissolvant augmente par la diminution du degré de concentration. L’éther la dissout plus facilement, s’il contient un peu d’alcool. Le dissolvant par excellence de la digitale est le chloroforme. Elle est insoluble dans la glycérine pure, soluble dans la glycérine additionnée d’eau, soluble dans l'esprit de bois. L'huile d'amandes douces la dissout en petite quantité. Elle est insoluble dans les essences, le sul-

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fure de carbone et dans les autres huiles. La digitaline ne se combine point avec les acides, à l'exception de l'acide tannique avec lequel elle forme un tannate de digitaline.

D'après M. Nativelle, ce serait à cet état que la digitaline existerait dans la plante.

M. Tanret, pharmacien, à émis une opinion contraire, com me nous le verrons plus loin.

L’acide sulfurique pur concentré à froid, colore la digitaline en brun noirâtre, la dissout et devient rouge cramoisi. Si on ajoute alors à l'acide sulfurique quatre fois son volume d’eau, il devient vert et il se dépose une poudre verte; à mesure que cette poudre se précipite, la liqueur devient jaune pâle.

À chaud, il y a décomposition de la matière organique.

L'acide azotique la colore en jaune.

Humectée d'acide azotique et exposée aux vapeurs de brôme, elle se colore en violet. Nous ne parlerons pas de l’action de l’acide chlorhydrique la colorant en vert pré, car il est démontré que cette coloration est due aux impuretés de la digitaline.

La digitaline soumise aux alcalis, perd son amertume, s'il y a le moindre excès d’alcali et qu’on élève la température. C’est pourquoi on nesaurait trop prendre des soins dans les manipulations auxquelles on la soumet, car il est presque impossible de la retrouver après l’action des alcalis jointe à l’élévation de la température.

La solution aqueuse de digitaline perd sa saveur amère, si

l’on y ajoute du noir animal; dans ce cas elle est seulement

SA 0: MS absorbée par ce corps. En effet, si on traite le noir animal par l'alcool, il abandonne toute la digitaline. La fibrine et la chair musculaire, le chyme, jouent absolument le même rôle que le noir animal.

Elle n’est pas plus soluble dans le sérum du sang et dans le suc gastrique filtré que dans l’eau.

Nous ne nous étendrons pas plus longuement sur la digitaline amorphe, les réactions et les effets dont nous avons parlé nous paraissent suffisants, dans le cas où l’on voudrait

se rendre compte de la pureté de ce médicament.

DIGITALINE CRISTALLISÉE.

Procédé de Nativelle. — On prend 100 parties d’eau, {00 parties de feuilles de digitale en poudre, et 25 parties d’acétate de plomb cristallisé.

Après avoir été dissous dans l’eau, le sel est mélangé à la poudre et on laisse le tout en contact pendant 12 heures dans un appareil à déplacement.

On met ensuite de l’eau, la solution qui s'écoule est très chargée, on en recueille environ 500 parties. On y ajoute 6 parties de phosphate de sodium en solution, on filtre et on verse dans la liqueur une solutionse composant de 12 parties de tannin et de 56 parties d’eau. On obtient un précipité, on décante la liqueur, on lave le précipité avec l’eau chaude, et après l’avoir séché on le mêle avec un poids égal au sien

d’oxyde rouge de mercure. On ajoute 6 parties d’eau, puis

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