EFFETS PHYSIOLOGIQUES ET TOXIQUES DE LA DIGITALE ET DE LA DIGITALINE
Withering, dont nous avons déjà parlé, fut le premier avec son ami Cullen à appeler l'attention des médecins sur les effets remarquables que produit la digitale sur la circulation. Il déclare dans une observation qu'il a vu le pouls descendre jusqu'à 50 pulsations par minute (1785). 9
Schiemann (1786) arrive: à la même conelusion que Withering et Cullen en opérant sur des chiens, c’est-à-dire qu'il constate le ralentissement du cœur et la petitesse du pouls.
Kinglake fait remarquer que le pouls, tout en ayant perdu de sa fréquence, a conservé sa force et son énergie.
«Sanders, en 1808, constata que la digitale a pour effet primitif d'augmenter la force et la fréquence du pouls, que cette accélération peut aller jusqu’à 159 pulsations par minute si l’on en continue l’usage.Dans le cas où l’on vient à suspendre l’emploidu médicament, la fréquence du pouls, surtout chez les sujets nerveux et faibles, diminue progressivement et peut descendre jusqu’à 50, 40, 50 et même plus bas.»
Sanders est en opposition complète avec le plus grand nombre des observateurs.
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William Hutchinson fit sur lui-même des expériences restées célèbres que nous ne relaterons pas et qui ne peuvent être, d'après MM. Homolle et Quévenne, d’une grande valeur
à cause de l’exagération des doses employées (200 gonttes teinture en une seule fois).
Sanders, Hutchinson, Joerg et Orfila 1818, qui admettent que les battements du cœur ne sont pas diminués d’abord, ont basé leurs observations sur des faits d'intoxication; quant à Orfila, il a depuis 1818 supprimé ces conclusions.
M. Joret a publié en 1854, dans les Archives générales de mérlecine, un mémoire relatif à des expériences cliniques, dirigées par M. Andral. Il conclut. «que la digitale ralentit le pouls. L'irritation gastro-intestinale n'empêche pas les battements artériels. Les seuls cas où il a observé l’accélération du pouls sont chez deux phtisiques MM. Homolle et Quévenne prétendent que ces deux faits personnels sont de peu de valeur, car dans l’un l'accélération survint alors que le pouls était déjà ralenti ; et dans l’autre l'accélération fut de huit pulsations seulement et le lendemain le ralentissement commença à se montrer (4rchives générales de médecine, 2e série, tome 1V). Gubler, d’après ses observations, dit: La digitale ralentit le pouls d’une manière remarquable et le fait tomber de 60, 50, 40 et jusqu'à 30 pulsations par minute, du chiffre 100 à 120 ou 150 qu’il atteignait au-
paravant. On observe quelquefois la réduction du double au
simple exactement, par exemple, de 120 à 60 pulsations, par le fait de l’atténuation progressive, puis de la suppression totale d’une pulsation sur deux, en passant par un rhythme
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formé d’une série de paires de révolutions cardiaques, dans chacune desquelles la première contraction ventriculaire est forte, et la seconde faible, avec un pouls véritablement redoublé, analogue au pouls dédoublé de la fièvre typhoïde.
Gubler ajoute que le pouls devient plus plein, plus fort et plus résistant à mesure que la fréquence diminue. L'action de la digitale est persistante et augmente lorsqu'on en à cessé l’usage.
MM. Bouley et Reynal ont trouvé qu’à l’autopsie dans l'intoxication par la digitale, le cœur était pâle et flasque, si l’autopsie avait été différée, et présentait son aspect ordinaire si elle était immédiate. D'une manière générale, le sang était noir, poisseux, incoagulable jusque dans les vemes de l’abdomen. Les cavités gauches en étaient remplies, et l’on remarquait en outre un petit caillot noir et blanc qui s’étendait dans l’aorte et par l’oreillette jusque dans les veines pulmonaires. Il existait également des dépôts fibrineux plus ou moins adhérents aux parois. On trouve les mêmes lésions dans les cavités droites.
Digitaline. — Ta digitaline jouit des mêmes propriétés que la digitale, mais son action est beaucoup plus énergique. D’après MM. Homolle et Quévenne, il faut 10 centigrammes de poudre de digitale de qualité ordinaire, ou 53 centigrammes de teinture alcoolique pour correspondre à À milligramme de digitaline. Ces expérimentateurs ont observé que la digitaline a comme la digitale une persistance d’action et un accroissement d'effet. Ils ont aussi noté que le plus
NS — souvent c'était à la période de suspension du médicament qu'on observait le maximum d’abaissement des pulsations. M. Homolle ayant avalé à plusieurs reprises de faibles doses de digitaline, à vu que la moyenne du ralentissement était de #4 pulsations pendant l'administration du médicament et de D après sa cessation.
MM. Bouchardat et Sandras, après leurs diverses expériences, ont conclu que la digitaline avait toutes les propriétés de la digitale.
Des expériences de MM. Bouchardat et Sandras, Homolle et Quévenne, du D' Stannius, Orfila tire les conclusions suivantes :
À la dose de 2 à 5 milligrammes par 24 heures chez les adultes, la digitaline ralentit la circulation.
Elle tue les chiens rapidement, à moins qu’elle ne soit promptement et complètement vomie. Elle a plus d’action sur les carnivores que sur les herbivores.
Elle agit par conséquent avec une énergie infiniment plus forte que la digitale, tout en produisant des phénomènes d'intoxication analogues à ceux déterminés par la plante.
D'après les différents observateurs, on peut tirer deux conclusions. Les uns et c’est le plus grand nombre, pensent que la digitale diminue à la fois et le nombre des pulsations et la force d'impulsion du cœur (Bouillaud l'appelait l’opium du cœur), les autres que le ralentissement des battements du cœur s'accompagne d'une augmentation dans leur énergie. (Beau l’appelait le quinquina du cœur.) Gubler est de lavis
LMEO 2 de ces derniers, aussi dit-il dans sa thérapeutique, qu'elle est moins l’opium du cœur qu’elle n’en est le quinquina.
La digitale et la digitaline commencent d’abord par accélérer les mouvements respiratoires, mais lorsque le système nerveux est stupéfié, le nombre des mouvements respiratoires diminue.
La digitale abaisse la température. À dose thérapeutique, elle n’a aucune action sur le système nerveux; à dose toxique, on observe de la pesanteur de tête, des vertiges, des bourdonnements d'oreilles, de l’insomnie, rarement du délire et des hallucinations. La digitale à aussi une action sur l’appareil de la vision: elle dilate la pupille. « Appliquée sur une muqueuse, ou sur le derme dénudé, dit Gubler, la poudre de feuilles de digitale ou la digitaline produit une cuison et une irritation qui peut aller jusqu’à l’inflammation et l’ulcération. Cette désorganisation est attribuée à l’action toxique de ses principes sur les nerfs de sentiment, et sur les éléments histologiques de la région, d’où résultent l’exaltation et la perversion fonctionnelles etnutritives, qui commencent par la fluxion sanguine, pour aboutir au ramollissement, à la gangrène et à l'élimination ulcéreuse.»
D'après M. Delpech, la digitale a une identité d’action remarquable avec le seigle ergoté. «La digitale n’est pas comme on l’avait cru un médicament diurétique, elle ne l’est que lorsque l’hydropisie est liée à une maladie du cœur. Dans les maladies du cœur, la gêne de la circulation ayant pour effet la pression exosmotique, il y a tendance àl’exsudation séreuse et non à l’absorption ; mais que l’obstacle central