PRODUITS ALLEMANDS
Tandis qu'en France on obtenait des produits parfaitement
cristallisés, à l'exception de la digitaline amorphe, etsolubles
dans le chloroforme, en Allemagne, Walz, Schmiedeberg, Merck, obtenaient des produits différents, les procédés d’extraction n'étant pas les mêmes. Ainsi, les chimistes français purifiaient la digitaline d'Homolle et Quevenne, la digitaline cristallisée de Nativelle, par le chloroforme, et obtenaïent les digitalines chloroformiques. En Allemagne, à la place de chloroforme, les chimistes employaient de l'alcool faible. Or, comme la digitaline cristallisée ne se dissout presque pas dans l'alcool faible, ils ne pouvaient obtenir ce corps (3).
À la place de digitaline cristallisée, 1ls avaient un corps
(4) Journ. de pharm. et de chim., 1894. Extrait d'une discussion sur la digitaline à l’Académie de Belgique, par le professeur Van Aubel.
(2} Les Nouv. rem. (1895), p. 31.
(3) 1dem, page 310, 1890.
qu'ils ont appelé digitaline, mais qui n’est, en réalité, que de la digitaléine impure.
Ï. DIGITALINE ALLEMANDE
4° Mode d'extraction (1). — Le procédé allemand consiste à traiter les feuilles de digitale pourprée, séchées et pulvérisées par huit fois leur poids d'alcool à 80 degrés centésimaux, et cela deux fois de suite. L'alcoolé, très amer, est distillé pour en retirer une grande partie de l'alcool ; le résidu de la distillation est filtré, puis traité par lacétate triplombique. La liqueur est filtrée et soumise à l’action de l'hydrogène sulfuré, pour séparer l'excès de plomb, filtrée de nouveau et traitée par une solution de tannin. Le précipité abondant est recueilh sur un filtre et lavé à l’eau, puis il est dissous dans l'alcool. Le soluté alcoolique est traité par l'acétate triplombique qui précipite le tannin à l’état de tannate plombique. Le soluté filtré est traité par l'hydrogène sulfuré, pour le débarrasser de l’excès de plomb ; la liqueur filtrée est évaporée lentement.
Le résidu est traité d’abord par l’éther, qui dissout les matières grasses et âcres, puis par de l'alcool, qui dissout la digitaline. On obtient celle-ci par une évaporation lente du soluté. On la sépare au moyen de l’eau froide, qui dissout la première et laisse la seconde.
Le soluté aqueux de digitaline soluble est traité par le charbon animal, ou mieux, de nouveau par un soluté de tannin: le tannate de digitaline est redissous dans l'alcool, le soluté est traité par l’acétate triplombique, et la liqueur filtrée par
(4) Sur la nature chimique de la digilaline (4874), par Kosmann, pharmacien à Nancy, page 428.
= Et guue
l'hydrogène sulfuré. Filtrée de nouveau, elle fournit par l'éva-
Pporation lente, la digitaline soluble à un haut degré de
purèté, et d’une énergie extrême sur l'économie animale (Kosmann. Digitalines allemandes).
2° Propriétes physiques et chimiques. — La digitaline solu-
ble des Allemands correspond à notre digitaléine. Suivant son
| plus ou moins grand degré de pureté, elle donne les réactions de la RME française. (Voir digitaléine de M. Houdas.)
3° Que faut- 7 penser de la digitaline allemande ? — M. Bardet estime : 1° que l’on doit se défier du produit allemand vendu sous le nom de digitaline, et qu'il ne doit pas être con-
fondu avec les COrpS appelés en France digitalines (1) ; 21 que -la digitaline des Allemands est absolument identique à la
digitaléine française et que ces deux corps, qui sont vingt
fois moins actifs que la digitaline, ne doivent, sous aucun
prétexte, être confondus avec celle-ei, comme il arrive sou- - vent. Aussi propose-t-il aux praticiens d’ordonner : digitaline ne : le pharmacien, dans ce cas, ne pourra exécu- ter l'ordonnance qu'avec la digitaline française (2). … D’après Schmiedeberg et Flückiger (5) la digitaline allemande ne HE pas d’action irritante. Mais la difficulté de l'obtenir à l’état de pureté l’a fait écarter de Ja thérapeutique.
En résumé, digitaline allemande correspond à digitaléine française. Mais son étude physiologique n’est pas encore faite.
(4) Les Nouv. rem., 1890, pages 110-111.
(2) 1dem, 1890, page 114.
(3) Journ. de pharm. et de chim., 1894.
Il. — DIGITALINE CRISTALLISÉE ALLEMANDE
Que faut-il penser de ce produit ? — À côté de la digitaline allemande proprement dite, que nous venons d'étudier, il existe un autre produit, la digitaline cristallisée de Merck (de Darmstadt). Ce corps, d'après Kiliani (1), est constitué presque entièrement par de la digitonine. La digitonine serait un glucoside, qui, sous l'influence des acides dilués, se dédoublerait en glucose et galactose, suivant l'équation :
CH“ -E 2HOH — CH#O* E C'HV0 E C'HYO°.
Cette digitaline çristallisée, aussi bien que la digitaline précédente, correspond à.notre digitaléime.
M. Lafon (2) croit que la digitaline de Merck et la digitaline amorphe des Allemands sont des produits inconstants, insolubles dans le chloroforme, et ne donnant aucune réaction, en présence de l'acide chlorhydrique conecntré. I dit aussi que les produits vendus sous le nom de digitaline amorphe, digitaline cristallisée, ne contiennent souvent aucune trace de digitaline (3).
Il nous semble que, dans la pratique, on doit s'abstenir d'employer des produits aussi mal définis.
(4) Kiliani. D. ch. G. €. xx, p. 1555 à 41564, et L xxiv, p. 339.
(2) Caractères chimiques des diverses espèces de digitaline, par M. Lafon.
(3) Journ. de pharm. et de chim., {. x, p. 427, 1885:
II]. DIGITOXINE DE MERCK
La digitoxine actuelle des Allemands est le produit insoluble qu'ils obtiennent lorsqu'ils ont traité par l’alcool faible leur digitaline soluble (1).
Propriétés physiques et chimiques. — La digitoxine est insoluble dans l’eau, très soluble dans l'alcool froid ou chaud, peu soluble dans l’éther, lentement soluble dans le chloroforme.
Que faut-il penser de la digitoxine ? — Jusqu'à aujourd'hui on avait regardé la digitoxine comme un produit identique à la digitaline française (2). M. Bardet, dans une leçon faite à l'hôpital Cochin, estime que la digitaline française correspond à la digitoxine allemande. M. Adrian est du même avis. M. Arnaud nous dit qu'il est inutile de créer des mots nouveaux pour nommer des produits semblables (3).
Mais, en 1894, M. Masius, dans un rapport présenté à la Société royale de Belgique, prétend que la digitoxine avait une activité triple de la digitaline française (4). M. Bardet reprend, aussitôt les travaux qu'il avait faits en 1888 avec la digitoxine de Merck, et il trouve, en effet, que le produit n’est plus le même ; que le degré de toxicité de la digitoxine est tombé de 2 milligr. et 3 milligr. 5 par kilogramme de mammifères à 1 milligr. et 1 milligr. 2.
) Les Nouv. rem., 1890, p. 310.
) Idem, p. 312.
3) Recherches sur la tanghinine, par M. Arnaud, p. 486, )
SOS D'un autre côté, les travaux de MM. Houdas et Franck corroborent ceux de M. Bardet. Ils établissent que la digitoxine est un mélange de plusieurs produits, parmi lesquels on trouve de la digitaline cristallisable, et une quantité très variable du glucoside inconnu auquel nous avons fait allusion. Ce serait: à ce glucoside très actif que la digitoxine devrait sa grande
toxicité.