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SES CARACTÈRES, SA COMPOSITION

Après la découverte mémorable des alcalis de l’opium et du quinquina par Sertuerner, MM. Pelletier et Cavcntou, les chimistes, se livrèrent activement à la recherche des alcaloïdes ou des principes actifs des autres productions de la matière médicale. Leurs efforts furent souvent couronnés de succès, et c’est grâce à la voie qu’ils suivirent que nous possédons aujourd’hui la strychnine, la vératrine, l’atropine, etc.

Cependant,, quelques substances, au nombre desquelles se trouva la digitale, se montrèrent réfractaires à ce genre de recherches.

Ce fut vers l’année 1822 ou 1823 (Nicolle. — Thèse sur la digitale pourprée, Paris, 1824), que M. Pauquy appela le premier l’attention des chimistes sur un nouveau principe, qu’il prétendait avoir isolé de la digitale et auquel il avait donné le nom do Digitaline. Pour l’obtenir, il faisait bouillir les fouilles de la digitale pourprée dans de l’eau aiguisée par l’acide sulfurique; il traitait cette décoction par la magnésie calcinée, et le précipité qui en résultait, séché d’abord» était ensuite épuisé par l’alcool. Celui-ci distillé, laissait déposer une substance blanche, cristalline, d’une saveur ûcro, à réaction alcaline» insoluble dans l’eau, soluble dans l’alcool et dans l’éther (1)

(1) Milno Edwards et Vavussoar, manuol do mat. m6d. 1830, p. 353.

Ge procédé rapporté pendant 6 ans dans tous les ouvrages scientifiques publiés pendant cette époque, fut renversé par les travaux de MM. Brault et Poggiale, qui prouvèrent que ce procédé ne fournissait aucun produit. (1)

En 1824, M. Leroyer, pharmacien à Genève, dans un mémoire lu à la société de physique et d’histoire naturelle de cette ville, appela à sou tour raltention de ses confrères sur le principe actif de la digitale, qu’il prétendait avoir isolé.

D’après cet auteur, celte substance (qu’il nommait la Digitaline) était brune, poisseuse, extrêmement déliquescente, faiblement alcaline, d’une amertume très-forte et presque incristallisable. Cependant, il croyait que, dans des circonstances favorables, elle cristallisait régulièrement, ce que semblaient prouver les expériences de son collaborateur M. le docteur Prévost. Il avait placé sur une lame de verre une goutte de la dissolution de Digitaline dans l’alcool, et l’ayant évaporée avec précaution à la flamme de l’esprit de vin, fl vit, sous un microscope d’un grossissement linéaire de 200, des cristaux nombreux et bien dessinés, de formes variées. Mais le type Primitif paraissait être le prisme droit à base rhomboidale (2)

Je ne donnerai pas ici le procédé de M. Leroyer; je dirai seulement que MM. Brault et Poggiale, dix ans plus tard, dans le travail déjà cité, répétèrent à diverses reprises ce procédôet qu’ils obtinrent toujours, comme M. Leroyer, la même substance brune, poisseuse, etc. Mais en ayant examiné les caractères chimiques d’une façon P us Rendue que ne l’avaient fait les inventeurs, ils virent que cette Digitaline n’était pas, comme on l’avait cru, un produit simp e e

0) Journal de pharm. et de chim. Mars 1835.

(2) Phytogmphie médicale par J. Roques. Paris, 1845, 1.1., P-

fini, mais un extrait très complexe, contenant beaucoup de chlorophylle, de la résine, une matière grasse, des sels de chaux et de potasse ; et que les cristaux que le docteur Prévost avait pris pour des cristaux de Digitaline, n’étaient autre chose que les sels inorganiques que nous venons de citer.

Enfin, suivant eux, M. Planavia n’aurait pas été plus heureux, et sa Digitaline ne serait qu’un extrait composé à peu près des mômes principes que celui qu’on obtient par le procédé de M. Leroyer.

Quelque temps après, M. Dulong, d’Astafort, publia une note sur les propriétés de la Digitaline, qu’il croyait avoir découverte. C’était, dit-il, une substance réunissant les qualités actives de la digitale, d’une couleur jauue-rougeâtre, d’une sayeur très-amère, non azotée, soluble dans l’eau et dans l’alcool, insoluble dans l’éther, se ramollissant par la chaleur, attirant l’humidité de l’air, précipitant plusieurs sels métalliques, ainsi que l’infusion aqueuse de noix de galles, qu’il regarde comme l’antidote de celte substance. Elle se dissolvait à froid, sans brunir dons l’acide sulfurique concentré; mais la dissolution offrait au contraire, au bout de quelques instants, une couleur rouge, assoit brillante, que l’eau détruisait entièrement. L’acide nitrique produisait avec elle une liqueur jaune et des cristaux d’acide oxalique. (1)

D’après ces caractères, on pourrait croire que M. Dulong avait trouvé la Digitaline plus ou moins pure, quoique à l’époque où il publia sa note, on doutût do l’exactitude de ses allégations, parce qu’on considérait, à tort, la Digitaline comme devant ôtro nécessairement un alcaloïde. (2)

(1) Journal do pharmacie, t. XXI, p. 135.

(2) Diction, univers, do Moral ot Dobus, 1837, t, 11, p. 132.

Watson J. Welding, dans une thèse inaugurale qu’il soutint devant le college des pharmaciens de Philadelphie, en 1S33, étudia les caractères chimiques qu’offrait l’infusion aqueuse des feuilles de digitale, et conclut à l’existence, dans les feuilles de la digitale pourprée, de l’acide gallique, mucilage, chlorophylle, matière colorante rougeâtre, soluble dans l’eau, insoluble dans l’alcool et dans l’éther, matière concrète flaconneuse, matière sucrée, traces de fécule, gluten, substance grasse, extractif, fibre végétale, huile volatile, et d’un principe particulier, soluble dans l’alcool et dans l’éther, et qu’il nomma Digitaline.

Voici la méthode qu’il suivit pour arriver à isoler ce principe : des feuilles de digitale pourprée furent mises en digestion dans l’alcool ; la teinture* qui en provenait, fut évaporée à siccité, et le produit mis à bouillir dans l’eau distillée, avec un peu de magnésie pure, pendant un temps assez long pour décolorer la liqueur ; en lavant alors le précipité, le desséchant,le traitant par l’alcool bouillant et évaporant la solution, on obtint une masse brune, semi-transparente, très-amère et désagréable au goût, présentant une réaction alcaline. Ce produit mis à digérer dans l’alcool et évaporé à siccité, fut mis à bouillir dans de l’eau distillée avec du protoxyde de plomb pour neutraliser l’acide qu’il relient, On filtra, et le précipité, séché de nouveau, fut épuisé par l’éther à une chaleur modérée. Par l’évaporation, on obtint une substance d’une couleur brune, légèrement verte, qui restait molle et adhérente à l’air, d’une odeur faible, d’un goût extrêmement amère et persistant, jouissant de propriétés alcalines et neutralisant la Plupart des acides, mais toujours incristallisable, soit seule soit en c ombinaison avec les acides. (1)

(1) Journal ofthe Philarlolphia collog. of pharm. Jully 1833

Journal de pharmacie, t. XX, p. 98. — 1834.

Ou voit par ce qui précède que l’auteur était bien éloigné encore d’avoirjisolé le principe actif de la Digitale pourprée, et qu’il étai arrivé à peu près au môme résultat que M. Lcroyer de Genève, c’està-dire, à obtenir, au lieu d’un principe simple, un extrait complexe.

L’année suivante, M. Lancelot, pharmacien, publia dans l’Observateur de l’Indre, des observations très curieuses sur la préparation et la nature de la Digitaline, qui paraissent prouver (à part quelques erreurs sur la nature alcaline de ce produit) qu’il était réellement parvenu à isoler ce principe, avant que MM. Homolle et Quevenne ne publiassent leurs recherches à ce sujet.

Il obtenait ce produit en traitant à diverses reprises et à la température de 40°, l’extrait aqueux des feuilles de digitale par l’alcool à 36°. Cet agent laissa une masse brune, poisseuse, insipide et très déliquescente

L’alcool évaporé fournit un extrait d’un brun rouge, très amer, translucide, attirant fortement l’humidité. Ce produit, que l’auteur comparait à l’émétine brune du codex, était pour lui la digitaline impure.

Pour la purifier, il la dissolvait dans l’eau distillée et ajoutait à la solution huit fois environ son poids d’eau aiguisée d’acide chlorhydrique. La liqueur était décolorée et il y avait formation d’un précipité floconneux, jaunâtre, très abondant, augmentant par l’addition d’une nouvelle quantité d’eau. C’était la digitaline pure, mais encore colorée. Une assez grande quantité restait dans la liqueur acide en dissolution, mais on l’en précipitait facilement par une solution de potasse ; la liqueur perdait toute amertume, et en ajoutant un excès de potasse, la matière colorante do la digitaline reparaissait très foncée, sans que le précipité fut redissout. Ce précipité, lavé à l’eau jusqu’à ce qu’elle ne soit plus acide, était séché à l’étuve, redissout

dans l’alcool, traité par le charbon animal, et abandonné à l’air. L’alcool, en s’évaporant, laissait déposer des flocons qui se réunissaient en une couche mamelonnée, brillante, comme cristallisée, presqu’incolore, et que le simple frottement détachait sous une forme pulvérulente. Voici les caractères de ce produit, d’après M. Lancelot.

C’était un principe âcre, inaltérable à l’air, verdissant le sirop de violettes et ramenant au bleu le papier de tournesol. L’acide sulfurique concentré le colorait en rouge aurore magnifique, passant au vert olive ; il était soluble dans les acides, d’où, l’eau le précipitait (1)

En 1837, M. A. Henry, pharmacien à l’hôpital mililitaire de Pbalsbourg, adressa au journal de la Société des Sciences physiques et chimiques de France, un mémoire dans lequel il indiquait un procédé pour obtenir le principe de la digitale dans un grand état de concentration.

Il traitait le suc de la plante filtré bouillant par le carbonate de magnésie jusqu’à ce qu’il ait perdu toute réaction acide, il filtrait, évaporait en extrait, et reprenait par l’alcool à 33° bouillant. Le quart seulement de l’extrait était dissous par l’alcool. Les liqueurs alcooliques étaient distillées, puis évaporées à siccité, et le résidu, traité par l’éther bouillant, lui abandonnait un peu de résine verte. Ainsi épuisé l’extrait était dissous dans l’eau distillée avec un excès de sous-acétate plombique. On précipitait l’excès de plomb par l’hydrogène sulfuré, la chaux par l’acide oxalique, et par l’évaporation la liqueur filtrée donnait un extrait sec, qu’il reprenait par l’alcool à 36° et soumettait à l’ébullition avec la magnésie calcinée. La liqueur filtrée fut placée sur des assiettes à l’étuve jusqu’à dessication

(1) Phytographie médicale, par Joseph Roques, t. I, p. 346. — Paris 1845.

complète sous forme d’écailles tranparentes, brun rougeâtre, d’une saveur légèrement sucrée, suivie d’une grande amertume.

C'est bien un des meilleurs procédés qui aient été décrits jusqu'alors, mais ce produit ne peut mériter le nom de digitaline, puisqu’ildoit retenir du sucre, de la matière extractive.

Tromsdorff d’Erfurt publia aussi dans le Répertoire de Chimie pour Février 1838 ses expériences sur la digitale. U opéra sur le suc de la plante fraîche, et il conclut de son travail, qui ne contient aucun fait nouveau, que le principe actif de la digitale appartient aux matières extractives acides.

Enfin parut en 1845 le travail justement célèbre de MM. Homolle et Quevenne, qui ne laissa plus de doutes sur l’existence et la nature d’un corps, tant de fois annoncé et tant de fois démenti.

Voici leur procédé de prépara tion, tel qu’il fut publié à cette époque :

Un kilogramme de feuilles sèches do digitale pourprée, préalablement pulvérisées et humectées, est mis dans un appareil à déplacement et épuisé par l’eau froide. Les liqueurs sont précipitées par un léger excès de sous-acétate de plomb basique et jetées sur un filtre. A la solution filtrée, on ajoute du carbonate sodique en solution, jusqu’à ce qu'on ait éliminé le sel de plomb en excès, et le liquide filtré est débarrassé de la magnésie qu’il contient encore, par le phosphate d’ammoniaque, puis de la chaux par l’oxalale d’ammoniaque. Les liqueurs filtrées de nouveau, sont précipitées par le tannin en excès, et le précipité encore humide, est môlé au cinquième de son poids d’oxyde de plomb finement pulvérisé. La pâte molle qui en résulte est placée entre du papier non collé, puis séchée à l’étuve, pulvérisée et épuisée par l’alcool concentré dans un appareil à déplacement. Le soluté alcoolique, décoloré par le charbon animal, laisse par évaporation une masse granuleuse, jaunâtre, qui, lavée avec un peu

d’eau distillée et reprise par l’alcool bouillant, laisse déposer sur les parois de la capsule, par évaporation, la digitaline sous forme granuleuse, mamelonnée. Egouttée et séchée, la digitaline doit encore être lavée à deux reprises par l’éther concentré et bouillant. Ce dernier lavage en sépare une matière blanche, cristalline et des traces de matière et de principe colorant. (1)

Ainsi obtenue, lad. Staline se présentait sous forme d’une poudre blanche, inodore, d’une saveur excessivement amère, susceptible de provoquer de violents éternuments lorsqu'elle est disséminée en particules très tenues dans l’air ; à peine soluble dans l’eau froide, un peu plus soluble dans l’eau bouillante (~), soluble en toute proportion dans l’alcool faible ou concentré. L’éther pur n’en dissout que des traces, mais la moindre proportion d’alcool augmente considérablement son pouvoir dissolvant; elle est en outre complètement neutre, et les papiers colorés ne subissent pas de changements quand on les trempe daus une dissolution de digitaline. (2)

Tels étaient les caractères physiques et généraux que l’on attribuait à cette époque à la digitaline; mais nous verrons plus tard, en étu. diant les propriétés chimiques de ce principe, que plusieuis de ces caractères étaient erronés, par ce qu’on avait travaillé sur un produit impur, renfermant plusieurs autres substances qui en masquaient les propriétés. Mais dès ce moment l’élan était donné, et nous voyons successivement une foule de modifications plus ou moins heureuses, apportées à ce nouveau procédé, voire même quelques procédés tout nouveaux qui semblaient de prime abord plus simples, mais qui donnaient des produits d'une nature plus variable encore.

H) Journal de pharm. et do chim., 3° série, t. VII, — 1845. (2) Annuairo de thérapeutique, p. 1844.

Traité do chimie organique, par Oerhardt, t. IV.

En môme temps de nouvelles études firent connaître à fond ce principe, et les travaux approfondis de M. Kosmann et d’autres encore, fixèrent enfin sa nature, sa composition et ses caractères, ainsi que les causes si diverses qui exerçaient une influence jusqu’alors inexplicable sur les changements qu’éprouvait la digitaline dans les différentes manipulations qu’on lui faisait subir. En môme temps aussi l’étude de ce produit amena la découverte des corps immédiats qui l’accompagnent dans la plante et qu’on avait d’abord confondus sous une seule et môme dénomination. Nous étudierons successivement ces différents points, en commençant par les nouveaux procédés et les modifications que l’on fit subir au procédé de MM Homolle et Quevenne.

Au mois de juin 1845, M. O. Henry publia une note dans laquelle, tout en rappelant, qu’à lui revenait l’honneur d’avoir trouvé, dix ans auparavant, le mode d’extraction des alcaloïdes parle tannin, il apportait au procédé en usage quelques modifications, qui semblaient simplifier l’opération, tout en donnant un rendement beaucoup plus considérable, et qu’il évaluait môme de 9 à 10 grammes par kilogramme de feuilles sèches employées.

Voici ce procédé : un kilogramme de feuilles de digitale séchées avec soin et grossièrement pulvérisées sont traitées par l’alcool à 32°, ^ à une légère chaleur; on distille les liqueurs alcooliques et l’extrait resté dans la cucurbite est traité par un mélange de 250 grammes d’eau distillée, 8 grammes d’acide acétique et un peu de noir animal bien pur; on neutralise en partie par l’ammoniaque la liqueur filtrée et préalablement étendue de 300 à 400 grammes d’eau, et on précipite la di'gitalinepar une infusion aqueuse de noix de galles.Le dépôt de tannate de digitaline, sous forme d’une résine molle d’un brun noirâtre, est alors soigneusement trituré, encore humide, avec la

moitié de son poids de litharge en poudre fine, et on met ce mélange digérer à une chaleur modérée avec le double de son poids d’alcool à 32°; on filtre, et la solution alcoolique, d’un vert jaunâtre, traitée par le charbon animal, est filtrée de nouveau et évaporée lentement à l’étuve sur des assiettes. Enfin la matière desséchée est soumise, à deux ou trois reprises, à l’action de l’éther sulfurique rectifié et bouillant, et ce que cet agent n’a pu dissoudre, est la digitaline (1).

Ce procédé n’est guère plus avantageux que celui de MM. Homolle et Quevenne ; il n’en est pas ainsi d’un procédé de M. Goethals, pharmacien à Gand.

J'épuise, dit M. Goethals (2), les feuilles de la digitale pourprée, grossièrement pulvérisées, par l’éau froide, et dans cette solution je verse directement une solution de tannin en excès. Il se dépose bientôt un précipité, qui se réunit en grumeaux et s’attache au fond du vase. Ce précipité est formé de tannatc de digitaline et d’une combinaison de l’acide tannique avec les matières gélatineuses et albuminoïdes, le tout sali par des matières colorantes, et peut-être par quelques sels inorganiques entraînés dans la précipitation. Je lave soigneusement ce précipité à l’eau distillée, jusqu’à ce que les eaux de lavage aient enlevé la majeure partie de la matière colorante et des sels inorganiques solubles; le précipité encore humide est traité par l’alcool à 85° : l’alcool dissout le lannate de digitaline et laisse indissout le composé gélatineux et albuminoïde.

Cette solution alcoolique est mise à bouillir jusqu’à siccité com plète sur des rognures de peaux blanches bien lavées. Le tannate de digitaline est décomposé; le tannin se porte sur la gélatine de la

(1) Journal dopharm. et de chim., 3 e série, t. 7, p. 460, 1845.

(2) Annales do la société de médecine de Gand, 1864.

peau et forme un composé insoluble. Le résidu de cette évaporation est traité à deux reprises par l’alcool bouillant, et la solution alcoolique, filtrée sur du charbon animal, laisse par évaporation la digitaline presque pure.

Pour la purifier complètement, on la dissout à chaud dans l’éther additionné d’un 10“ d’alcool, qui ne dissout que la digitaline : on évapore, on lave à l’éther pur et bouillant, on redissout dans .l’eau distillée, on évapore et on dessèche le résidu, qui est la digitaline parfaitement pure.

On peut également obtenir la digitaline, en traitant la solution alcoolique de tannate de digitaline par une solution d’acétate de plomb tribasique et précipitant l’excès de sel de plomb par l’hydrogène sulfuré. La liqueur évaporée et traitée comme plus haut, fournit également un produit très pur.

D’après l’auteur, ces deux procédés fournissent de 7 à 8 p. 100 de digitaline et reposent, comme on voit, sur la solubilité du tannate de digitaline, récemment précipité dans l'alcool.

Celle manière de procéder est beaucoup plus simple que celle de MM. Homollc et Quevenne. Le perfectionnement réside surtout dans la solubilité du tannate dans l’alcool, car au lieu de substituer des peaux blanches à un sel do plomb , il eut été plus simple de se servir d’une solution de colle, que l’alcool concentré, ne dissout pas plus que les p«aux, qui n’agissent que par la gélatine.

La proportion de digitaline ainsi obtenue est énorme, et si elle n’est pas le résultat d’une erreur, ce procédé doit offrir de grands avantages économiques. Je regrette de n’avoir pu vérifier les faits avancés çlans ce mémoire.

Jusqu’ici les procédés que j’ai rapportés ne fournissaient qu’une digitaline amorphe et plus ou moins soluble dans l’eau, sui-

vaut sa plus ou moins grande pureté. J’en donnerai plus loin les caractères.

Tout récemment, la digitaline insoluble dans l'eau, pure, blanche et cristallisée, vient d’être obtenue à la fois et presque simultanément par le docteur Homolle et M. Nativelle, pharmacien.

Le procédé du docteur Homolle consiste à épuiser la feuille sèche de digitale par l’eau dans un appareil à déplacement. Les teintures aqueuses sont décolorées par une solution de sous-acétate de plomb, filtrées, puis additionnées successivement d’une solution de carbonate de soude et d’une solution de phosphate de soude ammoniacal.

La liqueur, filtrée de nouveau, est précipitée par une solution de tannin qui entraîne toute la digitaline; le précipité]formé est recueilli sur un filtre et mêlé encore humide avec de la lilharge en poudre et du charbon aminal. Ce mélange desséché est épuisé par l’alcool, qui eulève la digitaline encore impure ; l’alcool est évaporé à siccité, et le résidu, lavé à l’eau distillée, est redissous de nouveau dans l’al- , cool; on filtre, on évapore à siccité, puis le résidu est repris par le chloroforme. La solution chloroformique filtrée est évaporée à son tour et le produit insoluble est traité : 1° par la benzine, qui dissout la digitaloseet l’acide digitaléique; 2° par l’éther, qui enlève une matière résinoïde ; 3° par l’alcool à 50% qui enlève encore quelques matières étrangères; 4“ la partie insoluble est redissoute dans l’alcool à 95 e et mélangée avec un peu de charbon animal; la solution, filtrée et abandonnée à l’évaporation spontanée, laisse alors déposer la digitaline en petits cristaux composés de fines aiguilles (1).

Suivant M. Nativelle, la digitaline cristallisée se trouve en grande

(1) Dictionnaire de chimie de Ad. Wurtz, p. 1167. — 1869.

partie dans le résidu de la digitale épuisée par l'eau, pour extraire la, digitaline amorphe ou digilaléine de cet auteur.

Pour obtenir cette digitaline cristallisée, on prend donc le résidu provenant d’un traitement par l’eau, 100 parties environ, on le sèche et on l’épuise par déplacement, avec de l’alcool à 50“ jusqu'à refus de saveur. On obtient environ 300 parties d’alcool auquel on ajoute une solution faite avec 4 grammes d’acétate de plomb cristallisé, la liqueur filtrée est additionnée d’üne solution contenant 2 grammes de phosphate de soude ; on sépare ce nouveau précipité et la liqueur est distillée au bain-marie, pour en retirer tout l’alcool. On trouve dans le résidu do la distillation des petits cristaux empâtés dans une matière poisseuse, jaunâtre, fortement amère. Ges cristaux sont composés de digitaline et d’une substance inerte. On évapore le tout au bain-marie, jusqu’à réduction de 10 parties environ. On sépare cette matière du liquide dense, on la lave avec un peu d’eau froide et on l’étend sur du papier sans colle, afin de l’essorer. On obtient de 2 à 3 parties de cette matière; on la dissout à chaud, dans un. ballon, avec le double de son poids d’alcool à 60“, et l’on abandonne le tout dans un bain froid. La substance cristallisée inerte se dépose d’abord, puis quelques jours après apparaissent au milieu d’elle les cristaux rayonnés, jaunâtres, un peu opaques de la digitaline ; on sépare l’eau mère, on lave les cristaux avec de l’alcool faible à 35°, puis on les dissout à chaud dans une suffisante quantité d’alcool à 80°; on fait bouillir quelques minutes avec du charbon animal ; on filtre et on distille pour retirer la moitié environ do l’alcool ; la masse se prend en cristaux par le refroidissement. On sépare la liqueur mère et on sèche les cristaux dans une capsule au bain-marie; on les pulvérise et on les agite fortement avec 20 parties do chloroforme. La digitaline cristallisée seule se dissout, la substance inerte surnage

10 chloroforme. Onjette sur un entonnoir dont la douille est garnie d’un tampon de charpie, puis ou distille à siccité. Le produit cristallisé du ballon est la digitaline colorée par une matière jaune assez tenace. On reprend par l’alcool à 88% on décolore par le noir animal, et on laisse critalliser. Après plusieurs traitements, on obtient des aiguilles fines et déliées, groupées autour d’un même axe, blanches et brillantes lorsque la matière colorante jaune en a été totalement séparée; autrement ils sont légèrement mats.

1000 parties de résidu de poudre de digitale épuisée par l’eau, donnent une partie de digitaline cristallisée pure (1).

Caractères de la digitaline insoluble et de la digitaline amorphesoluble :

Suivant M. Nativelle, la digitaline cristallisée est neutre, non azotée, blanche, sans odeur, d’une amertume intense, persistante, qui rappelle celle de la digitale. Comme elle est insoluble dans l’eau, pour bien apprécier son amertume, il suffit d’en dissoudre une parcelle dans une goutte d’alcool.

Elle est très soluble dans lo chloroforme pur, elle s'y dissout à froid en toute proportion. Ce caractère servira à constater sa pureté.

L’alcool à 90% la dissout bien à la température ordinaire ; bouillant

11 n’en faut que la moitié ; elle cristallise par le refroidissement.

L'ether et la benzine n’en dissolvent que des traces.

L’acide sulfurique la dissout en prenant une teinte verte qui passe au rouge groseille par le brôme en vapeur; étendu d’eau lo soluté devient vert.

(1) Journal pharm. ot chim., 4° série, t. 9, p, 255. —- 1869.

L'acide azotique la dissout sans décoloration d’abord, puis prend une légère teinte jaune qui persiste par l’addition dé l’eau.

L’acide chlorhydrique la dissout avec coloration jaune verdâtre qui de plus en plus passe au vert émeraude ; en étendant d’eau la digitaline se dépose sous forme résineuse.

Chauffée au-dessus de 100 degrés, elle devient très-élastique. Exposée à la flamme sur une lame de platine, elle fond sans le colorer en un bouton transparent, puis répand d’abondantes vapeurs blanches, brunit et disparaît bientôt sans laisser de traces.

L’analyse élémentaire de cette digitaline, faite par M. Lebaigue, a donné pour formule C E0 H 40 O 30

Caractères de la digitaline amorphe. Aussi pure que possible, elle se présente sous forme de stries écailleuses jaune paille tendre, d’aspect résinoïde, s’écrasant avec facilité et donnant alors une poudre d’un jaune pâle, ayant une légère odeur sui generis.

Dans leur premier mémoire, MM. Homolle etQuevenne avaient décrit la digitaline comme étant une poudre blanche et inodore. Ils ont reconnu plus tard (1), que cette couleur blanche était due à une petite quantité de digitalin, môlée à la digitaline, dont la forme farineuse blanche communiquait une apparence analogue au mélange.

Sa saveur est excessivement amère ; disséminées en particules très tenues dans l’air, elle provoque de violents éternuments.

Elle a été longtemps considérée, à tort, comme à peine soluble dans l’eau froide, et un peu plus soluble dans l’eau bouillante ; quand elle est pure, en effet, elle se dissout en toute proportion dans l’eau bouillante; sa solution d’un jaune vif doré, laisse par évaporation la digitaline offrant tous ses caractères primitifs. On pourrait môme, en se

(1) Annale do physiol. et dethôrap. do Boucbardati — Janvier 1854.

basant sur sa solubilité dans l’eau, fonder un mode de purification de la digitaline brute, pour la séparer de la digitalose et du digitalin, deux principes qui y sont insolubles. D’après M. E. Baudrimont, cette digitaline dissoute dans l’eau, môme en petite quantité, donne, par l’agitation, une mousse bien plus persistante que celle donnée par la saponine dans les mômes circonstances.

La digitaline amorph e est soluble dans l'alcool faible ou concentré, est insoluble dans l'éther; mais l’addition d’un dixième d’alcool augmente considérablement son pouvoir dissolvant. C’est sur ce fait que MM. Iiomolle et Quevenne se sont basés pour séparer de la digitaline, la digitaline qui est insoluble dans ce mélange.

Le chloroforme la dissput avec facilité, et pour ainsi dire en toutes proportions, môme à froid. Elle est insoluble dans les huiles grasses et essentielles et dans la benzine.

Quant aux réactions qu’elle fournit avec les différents réactifs, elles sont négatives. Ainsi, parle chlorure mercurique, le chlorure ferrique, etc., les nitrates d’argent, de fer, de cuivre, etc., les ferju et ferri-cyanures, les iodures, etc., on n’obtient pas de réactions.

Traitée par les acides organiques, tels que les acides acétique, citrique, tartrique, oxalique, en solution dans l’eau, elle s’y dissout comme dans l’eau distillée, et sans changer de nature.

Mise en contact avec l’acide sulfurique concentré elle devient d’un brun noirâtre, et se dissout peu à peu en colorant l’acide en rouge hyacinthe ; si on verse une certaine quantité d’eau distillée dans cette solution, la liqueur verdit et laisse déposer lentement une poudre d’un vert assez vif. M. Grondeau a remarqué que lorsqu’on expose aux vapeurs de brôme la digitaline humectée d’acide sulfurique concentré, le mélange so colore instantanément en violet,

dont la teinte varie du violet pensée au violet mauve, selon que l'expérience se fait sur plus ou moins de digilatine.

Cette réaction réussit rarement; les colorations obtenues varient suivant les échantillons de digilatine sur lesquels on opère.

M. Kosmann a constaté que, si au lieu do dissoudre à froid la digitaline dans l’eau acidulée, on chauffe ta liqueur acide, elle se dédouble en digitalirétine et en glucose.

Avec l’acide nitrique pur et concentré, elle se dissout en donnant un dégagement de vapeurs rutilantes, et donne une liqueur d’un jaune foncé, qui a perdu toute son amertume.

Traitée par l’acide chlorydriquo, elle donne une solution trouble d’un beau vert pré, dont ta nuance s’affaiblit par l’addition d’eau.

Enfin une solution aqueuse de digitaline est complètement précipitée par une solution acqueuse de tannin.

M. Gœlhals (1), se basant sur ce fait, propose de doser 1a digitaline en faisant dissoudre 0,03 de digitaline dans l’eau, précipitant par le tannin en excès, et le précipité étant bien lavé, de le dissoudre dans l’alcool et d’évaporer à sec, pour calculer, par le tannale obtenu, ta quantité do digitaline pure. Mais ta composition de ce tannate étant inconnue, le calcul est impossible. Jusqu’à présent on s’est servi de ta méthode des dilutions progressives, indiquée par par MM. Homolle et Qucvenuo ; à cet effet, on prend 1 centigramme de la digitaline à essayer, que Ton dissout dans 2 grammes d’alcool, et Ton étend d’eau progressivement jusqu’à disparition complète de ta saveur amère. D’après 1a quantité d’eau employée, on juge de 1a pureté de ta digitaline, en comparant à un étalon.

Tout le monde comprend combien cotte méthodo laisse à désirer;

(1) Annales do la société de médecine de Gand, 1864.

ainsi, rien ne serait plus facile au fraudeur d’ajouter des mélanges de substances très amères, dans le but d’augmenler la saveur amère d’une digitaline de qualité inférieure.

On arriverait, je crois, à un meilleur résultat, en s’appuyant sur la propriété que possède la digitaline de se décomposer, sous l’influence de certains corps, englucose et en digitaliérétine. Connaissant la formule de ces corps, il serait facile d’arriver par le dosage du glucose à connaître la plus ou moins grande pureté d’un échantillon de digitaline.

Les caractères que nous venons de donner se rapportent à la digitaline pure; au commencement de la découverte de ce principe, ces caractères différaient de ceux que nous reconnaissons aujourd’hui à ce produit, et cette différence provenait de ce que la digitaline restait mélangée à différents principes étrangers, qui étaient notamment et en dernier lieu la digitalose, le digitalin et la digitalide

Pour débarrasser de ces trois corps la digitaline obtenue suivant leur procédé, MM. Iiomolle et Quevenne la traitent par de l’éther contenant 1/10 d’alcool. Cet éther affaibli dissout non-seulement la digitalose, mais, en outre, la plus grande partie do' la digitaline, et laisse indissous le digitalin. On répète plusieurs fois ce traitement. Les solutions éthériques réunies sont distillées et réduites, par l’évaporation, en consistance de bouillie ; celle-ci est reprise par de l’alcool à 60°, qui laisse la digitalose sans la dissoudre. La solution alcoolique abandonnée à l’air se trouble et laisse peu à peu déposer la digitaline sous forme stries jaunâtres.

Enfin pour se débarrasser do la digilalide, on reprend par le chloroforme, dans lequel ce corps est insoluble, môme à chaud.

La digitalose cristallise en belles paillettes micacées, d’un blanc de neige, offrant une ressemblance frappante avec la cholestérine : insi-

pide, soluble dans l’alcool concentré, assez soluble dans l’éther, insoluble dans l’eau, elle est caractérisée par son point de iusion très élevé, qui est de 200°, et par sa propriété de se dissoudre dans l’acide sulfurique très légèrement dilué, en se colorant en rose, tandis que la teinte est simplement jaune paille, si cet acide marque 66°. Les acides nitrique, chlorhydrique et acétique sont sans action sur cette substance.

Le digiialin, découvert par M. Kosmann (1), 'est d’un blanc farineux, offrant quelquefois des mamelons aiguillés confus; il est soluble dans l’alcool à tous les degrés, insoluble dans l’éther, légèrement soluble dans le chloroforme. L’eau n’en dissout que des traces ; il-est inodore, à peu prés insipide. L’acide sulfurique à 66° le dissout en formant une solution ambrée Caramel; le môme acide, un peu plus aqueux, donne lieu à une solution pourpre ou couleur de sang. Sa propriété caractéristique est d’être précipité de sa solution alcoolique par la potasse.

La digitalide se présente sous forme d’écailles blondes, d’une saveur douceâtre, avec un arrière-goût âcre un peu amer; peu soluble dans l’alcool concentré; très soluble, au contraire, dans l’alcool faible ; insoluble dans l’éther et dans le chloroforme, se dissout partiellement dans l’eau. Gomme le digitalin, elle est précipitée de sa solution alcoolique par la potasse.

Antérieurement à ces faits signalés par MM. Homolleet Quevenne M. Walz ( 2 ) avait déjà découvert et publié le premier que la digitaline obtenue par le procédé des inventeurs n’était pas pure, mais était un mélange très complexe de différents principes particuliers.

(1) Journal dos connaiss. méd. pratiques. Avril 1845. Revue scientif. 1 2 ., 2° série, t. ix, page 119. — 1843.

(2) Walz, Jahrb. f., piaik. pharm., t. xxv, p. 20; t. xxi, 29.

D'après cet auteur, si l’on met en digestion avec de l'éther absolument pur la digitaline préparée avec le tannin, il s’y dissout une substance d'un aspect résineux, d'un goût fortement amer, qui n’est soluble dans l’alcool que par là présence d'une résine molle qui l’accompagne. 11 appela ce principe soluble dans l'éther digitalicèrine. La digitaline privée de ce principe, devient en partie soluble dans l'eau froide, et reçut le nom de digitasoline, tandis que la partie non dissoute fut appelée digitaline.

Je n'examinerai pas les caractères de ces trois principes ; je dirai seulement que Walz donna le nom de digitalétine à leur réunion, c'est-à-dire à la digitaline primitive de MM. Homolle et Quevienne, et je ferai remarquer combien cette confusion de noms doit entretenir d’erreurs dans l’étude de ce principe.

Suivant Walz cette digitalétine a pour formule C 44 H 36 0 18 .

Un fait plus intéressant découvert par le môme auteur, et qui plus tard fut confirmé par M. Kosmanu avec plus de développement et d’exactitude, c'est que cette digitalétine était un glucoside, qui sous l’influence de l’acide sulfurique se dédouble en deux produits nouveaux, la digitalirétine, la paradigitalirétine et en glucose.

Outre les différents corps dont nous venons de signaler la présence dans la digitale pourprée, Walz obtint encore un acide particulier, ayant la môme composition que l’acide valer.'anique, en distillant la plante avec de l’eau, saturant le produit avec la soude, évaporant à siccité, redissolvant dans l'eau et distillant avec l'acide oxalique. Cet acide surnage sous forme d'uné huile jaunâtre.

En 1845, M. Morin, de Genève, a isolé des feuilles de digitale l’acide digitalique, acide qui cristallise en aiguille et possède une odeur qui devient suffocante par la chaleur; sa saveur est franche-

ment acide ; il rougit le tournesol bleu ; il est très soluble dans l'eau, soluble dans l'alcool et un peu dans l’éther.

L’acide Anthirrhini<iue, obtenu par la distillation des feuilles de digitale, acide volatil, d’apparence huileuse, d’une saveur désagréable et rappelant l’odeur de la digitale fraîche (1).

Les caractères de cet acide et son mode d'obtention portent à croire qu’il est identique avec celui trouvé dans la digitale par M. Walz.

A la môme époque, M. Kosmann (2), reprenant le précipité formé dans l’eau, ayant épuisé la digitale,par l'acétate de plomb tribasique, en sépara par divers menstures successivement employés, une espèce d’acide gras, qu’il nomma acide digitoléique. Cet acide cristallise en aiguilles fines groupées en étoiles ' et colorées en vert, sa saveur est âcre et amère, son odeur aromatique ; il est peu soluble dans l’eau, très soluble dans l’alcool et dans l’éther. Il forme des sels jaune verdâtre, la plupart incristallisables.

Je vais terminer cette étude chimique de la digitaline en exposant les travaux de M. Kosmann sur ce sujet. (3)

Il a repris les expériences de Walz et constaté, d’une façon plus complète et par des expériences plus précises et plus concluantes, qne la digitaline était un glucoside et se décomposait, sous l'influence de l’acide sulfurique dilué, en digitalirétine et glucose, et sous l'influence des bases, en acide digitalinique. Il a rectifié en outre, par de nouvelles analyses, les formules publiées par Walz, tant pour la digitaline que pour les principes qui en dérivaient.

Mais auparavant, je dois dire que M. Bouchardat paraît avoir constaté, avant M. Kosmann, cette transformation de la digitaline. Je

(1) Journal do pharm.et do chim., 3° série; t. vin, 1845.

(2) Journal de chim. méd., 3 e série; t. n, 1845.

(3) Journal do pharm. et de chim. — Juillet 1860.

trouve, en effet, dans l’annuaire de thérapeutique de M. Bouchardat, année 1861, p. 92 et suivantes :

« Les glucosides ont tous un caractère commun, sur lequel j’ai appelé depuis longtemps l’attention, celui d’agir sur la lumière polarisée. Nous avons môme conçu l’espérance d’ajouter, en mesurant le pouvoir rotatoire de la digitaline, un caractère pour s'assurer de l’identité et de la pureté de ce produit. Nous avions vu également que la digitaline bouillie avec de l’eau acidulée d’acide sulfurique, se transformait en glucose et en un produit nouveau.

« Nous avions aussi observé qu’une dissolution aqueuse de digitaline, additionnée de synaptase, se transformait en acide lactique, et en ce môme produit nouveau. J’ai oublié de consigner les faits dans mon annuaire et mon répertoire, et ainsi l’honneur en revient seul à M. Kosmann. »

Cet auteur ayant pris 1 gr. 102 de digitaline pure l’exposa pendant trois heures à la température de 100°, puis la pesa. Elle avait perdu 0,111 ou 10,071 pour 100. Si l’on prend le poids atomique de la digitaline 609 ou 203 x 3, comme l’expérience va le prouver, elle perd 8 équivalents d’eau par l’exposition à la température de 100°; cette eau elle la reprend au contact de l’air humide. Il existe donc une digitaline hydratée et une digitaline anhydre. La première a pour équivalent 609 -f- 72 = 681, et la perte de ces 8 équivalents d’eau s’élèverait à 10, 57 pour 100.

La digitaline employée pour l’analyse élémentaire était toujours séchée à 100°. Il résulte de cette analyse que sa formule est : G 54 H 45 O 30 ; formule qui s’accorde bien avec les rapports numériques que les produits de dédoublement de celte substance ont entre eux.

Pour connaître ces rapports, M. Kosmann a été obligé d’étudier la digitalirétine, d’en faire l’analyse élémentaire, et de déterminer son

poids atomique eu cherchant à analyser quelque combinaison de ce principe.

Il obtint la digitalirétine en faisant bouillir ensemble pendant une heure et'demie, 4 grammes de digitaline anhydre, 20 de SO 3 H 0 et 200 d’eau; il se forma bientôt un précipité floconneux d’une matière résineuse et la liqueur jaunit. Cette résine recueillie sur un filtre, fut lavée, séchée et traitée par l’alcool à 90° dans lequel elle s’est dissoute rapidement. Le soluté évaporé très-doucement, puis laissé en repos pendant un jour, laissa déposer des paillettes nacrées, blanc grisâtre, qui s’accrurent par l’évaporation spontanée, et la liqueur finit par se prendre en une masse grenue.

La digitalirétine est presque insoluble dans l’eau ; très-peu soluble dans l’éther, soluble dans l’alcool à 90° surtout à chaud.

Elle ne se dissout pas dans une solution de potasse ou de soude caustique, ni d’ammoniaque.

Sa solution alcoolique donne avec l’acétate neutre ou tribasique de plomb un précipité grenu de digitalirétate de plomb.

Avec le sulfate ferreux on obtient un précipité blanc jaunâtre de digitalirétate ferreux.

Le sulfate de cuivre donne un précipité d’nn beau vert.

Analyse de la Digitalirétine. — Pour analyser la digitalirétine, M. Kosmann l’exposa d’abord pendant deux heures à une température de 169", dans un bain d’huile muni d’un thermomètre; à ce degré, elle commençait à se fondre, sans cependant éprouver une liquéfaction complète, et sans qu’il y eût la moindre décomposition.

Sa formule tirée de l’analyse = G 80 H® 5 O 10 .

Le dédoublement de la digitaline en glucose et en digitalirétine s’explique alors parfaitement parles relations suivantes :

C 54 H 45 0 30 = 1 équivalent de digitaline.

H 4 O 4 = 4 équivalents d’eau absorbée.

C 54 H 49 0 84 == somme.

G 24 H 24 0 M 2 équivalents de glucose déduits.

Reste C 30 H 25 O 10 — 1 équivalent de digitalirétine.

Uu équivalent de digitaline absorbe donc 4 équivalents d’eau, en se transformant en 2 équivalents de glucose et en 1 équivalent de digitalirétine.

L’expérience est venue confirmer à très peu de chose près la théorie. Les difficultés que l’on rencontre dans les expériences de ce genre, pour le dosage et la séparation de semblables corps, expliquent suffisamment ces légères différences entre les nombres théoriques et ceux fournis par l’expérience.

Du reste, le même auteur confirma la formule de la digitalirétine, en analysant une combinaison de ce corps avec un oxyde métallique. Pour cela il ajoute à une solution claire de sulfate de cuivre un soluté de digitalirétine; le mélange se troubla tout en étant fort acide au papier de tournesol. Après une exacte neutralisation par l’ammoniaque, il s’est formé un précipité assez abondant bleu de ciel, qui fut lavé, puis séché pendant deux heures à 100°,

L’analyse de ce composé a démontré que la digitalirétine s’était combinée à un équivalent d’oxyde de cuivre, entraînant dans sa précipitation deux équivalents de sulfate basique de cuivre.

Cette substance est un acide tellement faible, qu’elle rougit à

peine le papier de tournesol, qu’elle ne se dissout pas dans la solution de soude caustique, ui dans l'ammoniaque, et lorsqu’on traite le précipité bleu de ciel ci-dessus par l’alcool bouillant, celui-ci enlève la digitaliré tiuo, tandis que l’oxyde de cuivre reste entièrement dans le dépôt.

M. Kosmann remarqua aussi que la digitaline se décompose encore, sous l’influence d’une base forte, de l’eau et de la chaleur, en un produit nouveau jouissant de propriétés acides, et qu’il appela acide digitalinique.

Ces deux remarquables décompositions de la digitaline; dit l’auteur, Tune en glucose et en digitaliréline sous l’influence d’un acide dilué, l’autre en acide digitalinique sous celle d’une base forte de l’eau et de la chaleur, prouvent bien que l’agrégation moléculaire des corps organiques n’est pas fixe, mais change suivant les corps qui sont eu présence. D’un coté la soude cherche à se combiner à un acide et transforme en tel un corps neutre et indifférent ; d’autre part l’acide sulfurique modifie l’agrégation atomique de la digitaline en éliminant la digitaliréline faiblement électronégative, et en se combinant d’une matière transitoire au glucose, comme alcool polyatomique ; mais il l’abandonne bien vite en présence d’un oxyde alcalin, eu laissant le glucose doué de toutes les propriétés qui le caractérisent.

Pour obtenir l’acide digitalinique pur, on décomposa le digitalinale de soude par un petit excès d’acide sulfurique. Ce digitalinate fut préparé en faisant bouillir la digitaline avec la lessive de soude caustique pendant une heure en remplaçant l’eau évaporée; la digitalincs’y est dissoute peu à peu, et la liqueur devint jaune. On la satura par l’acide sulfurique en la laissant légèrement alcaline, pour empêcher l’action altérante de l’acide sulfurique sur l’acide digilali-

nique, puis on Tévapora à siccité; et on traita à deux reprises la masse saline par l’alcool bouillant. Cette solution évaporée à une douce chaleur laissa de nouveau une croûte cristalline composée de prismes fins groupés en étoiles ou en croix. Les cristaux, traités encore une fois par l'alcool bouillant, donnèrent une solution, laquelle filtrée et évaporée [ très-lentement finit par former de jolis groupes formés de prisn < s obliques, disposés en étoiles ou en croix, de digilalinate de soude pur.

Le précipité floconneux provenant de la décomposition de ce digitalinate par l’acide sulfurique fut recueilli sur un filtre, lavé, puis séché et traité par l’alcool bouillant. La solution alcoolique ayant été évaporée lentement, s’est prise en une masse cristalline qui, sous le microscope, présente des écailles micacées translucides et brillantes.

La dissolution alcoolique de cet acide rougit le papier de tournesol, et quoique un peu amère, elle est loin de posséder l’horrible amertume de la digitaline.

L’acide digitalinique, qui a résisté à l’action de la soude caustique en ne se décomposant pas en glucose et en digitalirétine par l’ébullition avec cet alcali énergique, subit immédiatement ce dédoublement lorsqu’on sursature la liqueur avec l’acide sulfurique et qu’on fait bouillir un quart d’heure le mélange d’acide digitalinique, de sulfate de soude et d’acide sulfurique en excès.

M. Kosmann termine son mémoire par les considérations suivantes :

« La digitaline, par l’action modifiante énergique de l’oxyde de sodiun hydraté, a perdu ses propriétés physiques et chimiques pour en acquérir de nouvelles ; en fixant les éléments de l’eau, elle est devenue susceptible de cristalliser, de rougir le papier de tournesol

et fie se combiner aux bases ; en môme temps elle a perdu une grande partie de son amertume; enfin elle est devenue un corps nouveau qui n’avait pas été encore observé. A cette occasion, il importe de faire , remarquer combien il faut éviter le contact des acides et des alcalis dans le maniement de la digitale et de toutes les préparations qui dérivent de la digitale pourprée. Ces agents produiront toujours une modification, si petite qu’elle soit, dans l’agrégation moléculaire de la digitaline, et par conséquent compromettront son action physiologique. »

Enfin, M. Goethals (1), voyant d’après ce qui précède, que la digitaline se conduit sous l’influence des bases et des acides d’une manière identique à celle d’un autre principe de la série glucosique, la salicine, a cherché à établir la formule de composition delà digitaline et de ses dérivés, pour conclure à l’existence d’une série digilalylique analogue à la série salicylique.

A cet effet, il attribue hypothétiquement à la digitaline le radical G 18 H 15 O 19 , qu’il nomme digitalyle, l’analogue de la salicyle G 14 H 5 O 4 . Partant de là, la digitaline devient le bidigitalure de digitalyle, correspondant à la salicine, qui est le saliciluro de salicyle; entre l’acide digitalinique anhydre et l’acide salicilyque anhydre, il existe une analogie non moins grande; il en est de môme des deux acides hydratés. Mais l’auteur n’ayant produit ni l’hydrure, ni le chlorure, ni le bromure, etc., qu’il signale par pure analogie, de toute la série, il n’existe donc que les trois premiers termes. Aucun d’eux ne démontrant l’existence du radical, la série reste complètement hypothétique.

Je terminerai cette deuxième partie de mon travail en examinant

(1) Mémoire déjà cité.

à quel moment on doit cueillir les feuilles de digitale employées pour l’extraction de la digitaline, qu’elles sont les parties de la plante qui contiennent ce principe, et en signalant son existence probable dans les autres espèces de digitales.

La digitaline, dans les différentes phases de développement de la plante, peut se trouver dans des états différents et sous des formes variées. Tout le monde sait, en effet, que, dans les végétaux, les principes constituants, même ceux que la chimie est habituée à regarder comme les mieux définis, ne se forment pas tout d'une pièce ; le plus souvent, pour ne pas dire toujours, ils sont des composés transitoires qui, selon les soins apportés à la culture du végétal et selon les diverses phases de la végétation subissent des transformations incessantes jusqu’à ce qu’ils soient parvenus au développement final que leur assigne la nature. Enfin dans certaines circonstances, quelques-uns de ces principes possèdent, avec des propriétés physiques très-différentes, la même composition élémentaire et sont ce qu’on appelle des composés isomères.

Il se pourrait donc que la digitaline soluble et la digitaline insoluble fussent deux substances de composition chimique un peu différente, ou bien deux principes isomères dont l’un donnerait naissance à l’autre par suite do l’état de maturité plus avancé de la plante (1).

On sait, en effet, aujourd’hui que la maturité de la plante influe beaucoup sur la quantité et la qualité de la digitaline : ainsi, d’après M. Kosmann, la digitaline obtenue avec la digitale qui a passé la période de floraison est toujours plus soluble que celle préparée avec la plante dont les fleurs n’ont pas été épanouies.

M. Gœthals a constaté que le même cas se présentait pour la digi-

(1) Lefort, Journal ph. et chim. ; t. 6. —1867.

taline obtenue des feuilles recueillies sur des plantes îde première année.

Cette opiuion est aussi celle de M. Timbal-Lagrave (1), qui avançait qu’il fallait choisir les feuilles Radicales avec celles de la tige, parce que, disait-il, la plante est plus active au moment de fleurir, tandis que si on récolte quaud la plante n’a encore que des feuilles radicales (c’est-à-dire la première année), elles contiennent moins de digitaline. Withering, qui le premier, en 1776, employa et fit connaître la digitale, était du même avis.

Je dois dire, cependant, qu’il vient de paraître dans le dernier numéro du Journal de Pharmacie et de Chimie, une note de M. Schneider, pharmacien à Bâle, d’après laquelle il serait préférable de ne récolter les feuilles de digitale qu’aprôs la floraison, vers la fin de l’été. Les feuilles de première année, selon lui, seraient même préférables à celles de deuxième, cueillies avant la floraison.

Selon M. Timbal-Lagrave, la culture pourrait encore enlever en grande partie les propriétés actives de la digitale, en d’autres termes, empêcher la formation de la digitaline. Cette opinion est généralement reçue, quoique combattue par Mac Léan, médecin à Sudbury, qui fait autorité dans la matière.

Un chimisle allemand, M. Buchner (2), a constaté que les capsules et le calice de la digitale, contiennent également de la digitaline, mais en quantités proportionnellement beaucoup plus petites que les graines. Chez celles-ci, la digitaline existe en plus grande quantité que dans les feuilles; de plus, elle est complètement soluble, ce qui viendrait encore à l’appui de ceux qui admettent que par la maturition la digitaline insoluble se convertit en digitaline soluble.

(1) Annuaire de thérap., pour 1860, do M. Boucbardat.

(2) Journal ph. ot chim. — 1852.

En Allemagne la digitaline est exclusivement retirée des graines de digitale, par un procédé probablement analogue à celui employé en France pour retirer la digitaline insoluble.

Aussi, trouve-t-on dans le commerce deux espèces de digitaline ; la digitaline d’origine et de fabrication allemande, dite digitaline soluble, et la digitaline insoluble préparée en France à l’aide du procédé indiqué par les auteurs de sa découverte, MM. Homolle et Quevenne.

La digitaline n’existe pas seulement dans la digitalis pur pur ea, M. Kosmann (1) a démontré 'que la digitalis parviflora (Lam.) ou Lulea (Lin.), contient le môme principe actif dans la proportion de 1 à 500. Il est très probable que si des recherches étaient faites dans ce but, on retrouverait la digitaline dans les feuilles des digitalis purpurescens (Rhot), on hybrida (Kiel), et digitalis grandi(lora (Linn.), ou Ochroleuca (Jacq.). Car presque toutes ces plantes ont été, tour à tour, employées avec plus ou moins de succès. Ainsi la digitalis grandiflora (Lin.) qui croît abondamment dans les montagnes de la Provence, de l’Italie, etc..., a été préconisée par Garminati, qui lui trouve des propriétés analogues à la digitalis purpurea. Allioni la dit âcre et virulente.

La digitalis epigloltis (Scannay) ou digitalis lœvigata de Lamark fut préconisée par le célèbre médecin italien Brera, comme partageant les propriétés de la digitalis purpurea, et môme les surpassant, quoique plus douces dans son action.

(1) Journal des connaiss. méd. pratiques. — Octobre 1845.

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