‹ Étude sur la digitale pourpréeChapitre 6 sur 7 · DES PRÉPARATIONS DE DIGITALE · texte numérisé non relu

DES PRÉPARATIONS DE DIGITALE

Les premiers médecins qui employèrent la digitale, la prescrivaient assez communément sous forme de teinture alcoolique; Withering et quelques autres, sous forme d’infusion aqueuse ; d’autres, en frictions, et le plus grand nombre, surtout parmi les médecins français, à l’état de poudre.

Aujourd’hui, on l’administre encore soùs plusieurs de ces formes, et, en outre de la digitaline, on emploie l’alcoolature, les extraits alcooliques et aqueux.

Avant de discuter la valeur de ces diverses préparations en me basant sur les caractères chimiques que nous connaissons à la digitaline, je dois dire, d’après MM. Homolle ét Quovenne (Archives de médecine, 1861), que de tous les principes retirés de la digitale pourprée, deux seulement sont actifs : l’un, la digitaline, qui représente l’action élective de la plante sur l’organe central de la circulation et sur la fonction uroprotéique; l’autre, l’acide digitaléique, qui est une matière nauséeuse, douée d’une action vomitive énergiquié, et à laquelle il faudrait rattacher sans doute les phénomènes observés sur les organes visuels.

Traitement de la digitale par l’eau. — Les préparations provenant du traitement de la digitale par l’eau ont une certaine valeur, mais elles sont loin dé contenir tout le principe actif de la plante. Nous savons, en effet, que la digitale contient <ïèux digitalines, l’une soluble dans

Téau et l’autre insoluble dans ce liquide. Celle-ci s'y trouve mêrüe dans la proportion de 1 0/0, d’après M. Nativelle.

La digitale traitée par l’eau, au moyen de la méthode de déplacement, par exemple, lui abandonne d’abord les principes les plus solubles, tels que différents sels, matières extractives, puis ensuite la digitaline soluble; vers la fin du traitement, qu’il faut prolonger si l’on veut dissoudre i >ut ce qu’elle renferme de ce principe, celui-ci devient plus abondant, par rapport aux autres substances. Pour épuiser complètement la digitale par l’eau, il faut en employer de 30 à 40 fois le poids de la poudre. L’infériorité de ce véhicule est surtout manifeste lorsqu’il s’agit d’obtenir un extrait. En effet, la température élevée que nécessite son évaporation combinée à l’action destructive des autres éléments de la plante, sels, extractif, etc..., détruit une notable quantité de digitaline.

L’infusion de digitale depuis 0,25 jusqu’à 2 grammes, pour tisane ou potion fut cependant longtemps en vogue, et elle est encore aujourd’hui considérée par beaucoup de praticiens comme étant plus diurétique qué la digitaline. Ce fait s’explique facilement par la présence du nitrate de potasse que l’on a constatée dans la digitale, et qui n’existe pas dans la digitaline, par suite des traitements employés pour l'extraction de cé principe.

Pourobteuir cette infusion, on doit se servir de poudre de digitale, la faire infuser pendant une demi-heure en agitant deux ou trois fois; au lieu d’employer l’infusion on peut aussi avoir recours à la macération.

Traitement de la digitale par l'alcool. — L’alcool est le dissolvant par excellence à employer dans les préparations de digitale; aucun liquide, en effet, ne l’épuise plus complètement. Aussi quelques auteurs ont-ils donné la préférence à la teinture de digitale sur les

autres préparations de cette plante ; sa bonne conservation a aussi contribué à son succès. Malheureusement, outre la digilatine, il dissout l’acide digitaléique dont l’action est différente de cette dernière.

L’alcool employé pour la teinture doit marquer 60" centésimaux ; il se charge, contrairement à ce qui a lieu avec l’eau, de prime abord de toute la matière amère, conjointement avec les autres principes de la plante, et de telle manière que les premières portions sont les plus riches en digitaline; bientôt le liquide écoulé ne renferme plus, pour ainsi dire, que des traces de matière verdâtre (chlorophylle), aromatique, sans amertume. L’extrait alcoolique est aussi une bonne préparation, mais inférieure à la teinture. Les chances d'altération exposées au sujet de la préparation de l’extrait aqueux, bien qu’affaiblies, existent également pour l'extrait alcoolique. Plus l’alcool est fort, mieux il dissout la matière amère et moins il contient de principes inertes. Il suffit de huit à dix fois le poids de la poudre pour épuiser celle-ci par la méthode de déplacement.

’.’alcoolature de digitale s’obtient en mettant macérer pendant dix jours, parties égales de plante fraîche cueillie avant la floraison et d’alcool à 90°.

Celte préparation, qui se rapproche beaucoup de la teinture alcoolique, lui est inférieure, et doit être rejetée comme n'étant pas toujours identique à elle-môme. La plante contient, on effet, une quantité variable d’eau de végétation et on comprend que deux alcoolatures, également bien préparées, donnent des résultats différents.

Action de l'éther sur la digitale. — Nous avons vu que l'éther trèspur ne- dissout pas la digitaline ou du moins on très-petite quantité. La teinture éthérée de digitale, très employée autrefois et préparée avec de l'éther pur, selon la recommandation du Codex, était donc

une préparation peu active, tenant surtout en dissolution la matière verte de la plante ou chlorophylle.

Aujourd’hui, il n’en est plus ainsi, préparée avec de l’éther alcoolisé marquant 76°, nouveau Codex, la teinture éthérée contient tous les principes actifs de la digitale et peut être employée concurremment avec la teinture alcoolique.

De la poudre de digital - et de la digitaline. — La majorité des thérapeutistes et des pharmacologistes considère la poudre de digitale comme étant la meilleure des préparations pharmaceutiques de cette plante. Cette manière de voir pourrait être juste, s’il était toujours possible d’obtenir la poudre de digitale identique à elle-même. Mais que de circonstances peuvent faire varier ses qualités : en effet, le climat, le sol, la saison, l’âge de la plante, le mode de dessication, de conservation ont certainement une influence sur la digitale.

Ainsi l’on préfère celle qui croît sous un climat chaud, dans des terrains sablonneux, élevés, découverts, et par conséquent exposés au soleil, à celle qui provient des pays froids, des lieux bas, humides et ombragés. Les feuilles de seconde année l’emporteraient sur celles de première; celles du haut de la tige sur celles du bas. Quelquesuns disent qu’il faut récolter ces feuilles au moment de la floraison, et tous s’accordent à proscrire la digitale cultivée.

On prépare cetie poudre en contusant des feuilles de digitale, récemment séchées, avec un pilon de bois, puis on les crible afin d’en séparer le duvet; elles sont ensuite portées à l’étuve et finalement pulvérisées dans un métier en fer; on doit laisser un tiers en poids de résidu.

A la fin les nervures prédominent, et la poudre qu’elles fourniraient ne contiendrait qu’une faible quantité de principes actifs.

Cette poudre s’altère facilement, aussi doit-on en préparer peu à

la,fois de façon à la renouveler fréquemment. Le meilleur moyen de la conserver, c’est de la soustraire à l’influence de la lumière et aux variations atmosphériques et hygrométriques. La poudre de digitale est cent fois moins active que la digitaline.

Il me reste enfin à parler de la digitaline. Depuis longtemps déjà, on l’emploierait à l’exclusion de toutes les autres préparations de digitale, s’il avait été possible de l’obtenir toujours identique à elleqaême; et comme l’uniformité dans la préparation et la nature de tous les médicaments est la première base sur laquelle la thérapeutique peut s’appuyer, on comprend très-bien que bon nombre de praticiens l’aient rejetée, comme étant un médicament infidèle.

Que de différences, en effet, u’a-t-on pas constaté dans la digitaline du commerce; différences qui peuvent s’expliquer par les divers procédés de préparation employés pour la préparer. Si le tannate de digitaline, par exemple, n’est pas entièrement décomposé par la litharge, et qu’il reste une certaine quantité de tannin en combinaison avec la digitaline, il est évident que celte dernière présentera un ensemble de propriétés différentes, et notamment une solubilité moindre dans l’eau. Si la chaux est substituée à la litharge pour opérer la décomposition du tannate obtenu, cette base puissante peut réagir sur la digitaline et la décomposer, au moins en partie, en acide digilalinique qui changera ou modifiera les propriétés générales de la digitaline. Si dans la préparation de cette substance on a fait usage de liqueurs, meme légèrement acides, il peut se produire un dédoublement de la digitaline en glucose et en digitalirétine qui se môle au produit. Qui sait même si, spontanément, tant au sein de la plante que dans les liqueurs provenant de l’épuisement de la poudre de digitale, un commencement de fermentation véritable ne peut pas, dans une foule de cas, provoquer la transformation de

la digitaline en des produits nouveaux et complexes, comme il arrive fréquemment aux glycosides naturels.

Mais si on fait usage de la digitaline insoluble cristallisée on n’a plus à craindre de telles différences. On aura toujours un produit pur, identique à lui-même, dont on pourra facilement graduer les effets. Et, en outre, d’un produit d’une énergie constante, on aura un médicament d’une bonne conservation et d’une facile administration.

C’est pour moi, de toutes les préparations de digitale, celle que Ton doit préférer.

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