ORIGINE DE LA SAVONNERIE
Sans remonter aux origines très incertaines du savon, il paraît à peu près démontré que sa découverte date d’une époque antérieure à l’ère chrétienne. Pourtant, M. Wolowski, rapporteur de la Commission française à la dernière exposition internationale de Londres, eroit pouvoir affirmer que l’histoire du savon commence seulement à Savone et à Gênes, vers le XVm®® siècle. Il rapporte même le fait que la femme d’un marin, ayant jeté une lessive de soude dans un récipient contenant de l’huile, aurait, par cet heureux hasard, fait la découverte de cette précieuse combinaison.
D'un autre côté, M. de Villeneuve, écrivain marseillais, il est vrai, soutient que le savon serait d’origine complétement marseillaise.
Quoi qu’il en soit, il est presque certain que le savon a été connu des Romains et des peuples primitifs. |
Pline, Galien, Martial et d’autres auteurs romains le citent
dans leurs ouvrages. De plus, on a découvert dans les ruines de Pompéi des ustensiles et des produits qu’on ne peut guère rattacher à une autre industrie qu’à celle de la savonnerie.
Pline est particulièrement précis. Il dit: «Prodest sapo : » Gallorum hoc inventum est rutilandis capillis; fit ex sebo et »cinere; oplimus fagino et caprino. Duobus modis, spissus ac »liquidus: uterque apud Germanos majore estusu quam feminis. »On se sert aussi du savon. C’est une invention des Gaulois, »pour rendre les cheveux luisants; on le fait de suif et de »cendres ; le meilleur est celui de cendres de hêtre et de suif »de chevreau. I y en ade deux sortes, du dur et du liquide. » Les Germains l’emploient l’un et l’autre, mais les hommes » plus que les femmes. » Les Celtes et les Gaulois s’en servaient dans les maladies de la peau; les Arabes l’ont prescrit les premiers à l’intérieur.
Jusqu'au XIe siècle, la fabrication du savon fut sans importance, car on n’en usait généralement que comme cosmétique ; mais à partir de cette époque, où l'huile d'olive était déjà substituée aux graisses, de grandes usines furent installées à Marseille.
L'usage du linge devenant de plus en plus commun, l’industrie de la savonnerie acquit de jour en jour une plus grande importance. Venise et Savone, qui dans le XVme siècle avaient pris le premier rang sous le rapport commercial, devinrent aussi les principaux centres de production du savon.
Au XVII" siècle, ces deux villes perdent leur suprématie, et Marseille rentre en possession de son ancienne industrie. C’est à cette époque que furent bâties des savonneries qui existent encore de nosjours. Dès 1660, on en comptait sept en pleine activité.
Un siècle plus tard, Marseille fabriquait pour une valeur
Rrvre
lo de 40,000,000 de francs de savon, et les bénéfices résultant de cette industrie sont évalués, par Chaptal, à 10,000,000 de francs, à repartir entre 46 fabricants. Mais il convient d'ajouter que les prix étaient beaucoup plus élevés que de nos jours.
Pendant les guerres de l’Empire, alors que tout commerce était pour ainsi dire abandonné, soit faute d'argent, soit faute de bras, la fabrication des savons resta debout. C’est de cette époque que date l'emploi des soudes artificielles qui furent fabriquées en premier lieu à Saint-Denis par MM. Gautier et Barrera, en 1807, d’après le procédé découvert par Leblanc et Dizé.
La savonnerie a trouvé dans la soude artificielle un principe nouveau d’affermissement ; elle s’est affranchie du tribut onéreux qu’elle payait à l'Espagne dont les soudes naturelles étaient les plus renommées. De même, vers 1840, des huiles nouvelles telles que celles de sésame, d’arachide et de coton, furent introduites dans le commerce. Mélangées à l'huile d'olive, elles ont donné de très bons résultats. Depuis, cette branche d’industrie n’a fait que se développer, au point de constituer maintenant un des commerces les plus importants du monde entier.
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DE LA SAPONIFICATION.
DES CORPS GRAS ET DE LA SOUDE EMPLOYÉS POUR LA FABRICATION DU SAVON DE MARSEILLE.
Les savons chimiquement purs sont de véritables sels résultant de la combinaison d’une base avec des acides gras et renfermant une certaine quantité d’eau de composition.
Les chimistes divisent les savons en deux grandes classes : les savons solubles dans l’eau et les savons insolubles dans l’eau.
Les savons solubles se subdivisent en savons durs, à base de soude, et en savons mous, à base de potasse.
Nous ne nous occuperons que des premiers.
En 1765, M. Duhamel de Monceau disait que le savon n'était que de l'huile d’olive unie par la cuisson au sel de soude, de manière à ce que les deux substances puissent se dissoudre en même temps dans l’eau et former un mélange parfaitement homogène.
Un auteur plus moderne, M. G. Decroos, dit: « Le savon est le résultat de l’action qu'ont les corps gras de s’unir aux alcalis, par voie humide, avec une égale réciprocité; mais ces opérations ont lieu avec des nuances différentes qui sont occasionnées, soit par la nature des divers corps gras qu’on peut y employer, soit aussi par celle des alcalis, de rnanière que de ces variations de combinaisons résultent les divers Savons qui se consomment.
Plus tard, en 1799, Scheele constata, dans les produits de l’action de l’oxyde de plomb sur les huiles, la présence d’une
substance sucrée qu’il désigna sous le nom de principe doux des huiles ; mais c’est M. Chevreul qui démontra le premier que les matières grasses connues sous le nom de beurres, huiles, graisses, suifs, etc., étaient formées, à part un très petit nombre d’exceptions, par un mélange de principes immédiats qu'il décrivit sous les noms de stéarine, de margarine, de palmitine, d’oléine, de butyrine, de caprine, de caproïne et de phocénine. |
Poursuivant ses recherches, M. Chevreul démontra, en outre, que ces principes immédiats, soumis à l’influence des alcalis. se dédoublaient en principe doux des huiles ou glycérine, et en acides gras particuliers, tels que l'acide stéarique pour la stéarine, l’acide margarique pour la margarine, l'acide oléique pour l’oléine, et ainsi de suite.
Quelques années après, M. Berthelot vint prouver l’exactitude de cette théorie, en reconstituant les matières grasses neutres, l’oléine par exemple, à l’aide d’une combinaison de glycérine et d’acide oléique.
Ce savant chimiste à reconnu le premier la véritable composition de la glycérine et lui a assigné la formule C*HS0*.
Voici comment M. Berthelot arriva à de semblables résultats : il fit agir en vase clos et à la température de 200° une molécule d’acide stéarique sur une molécule de glycérine et obtint un corps gras véritable, semblable à la stéarine et reproduisant par saponification de l'acide stéarique et de la glycérine. Mais, à l'analyse, il trouva une différence réelle. En effet, la stéarine naturelle contient 76,6 p. 100 de carbone ; saponifiée, elle fournit 10 centièmes de glycérine: par contre, la première stéarine artificielle ne renfermait que 70 p. 100 de carbone et donnait par saponification 25 p. 100 de glycérine.
Le premier corps obtenu par M. Berthelot est la mono-
HET stéarine, composé se formant, comme tous les éthers, avec élimination d’eau:
\0H O.C'#H#O C'SH0.0H + CSHS OH — H°0 + c'H OH
(OH OH Acide stéarique. Glycérine. Monosléarine.
En combinant cette monostéarine avec une nouvelle molécule d'acide stéarique, il se forma de la distéarine :
[O.C"'H#O |0.C"H#O CHPROE CAHSO/OH=H 0 CHAO0 CFE 0 (OH OH
Distéarine.
qui, traitée à son tour par une troisième molécule d’acide stéarique, donna la tristéarine, corps complétement neutre, possédant les inêmes réactions que la stéarine, naturelle et fournissant par la saponification les mêmes quantités de glycérine et d'acide stéarique :
|0.C'H#0 |0.C'#H#%0 CSH5 O.CHH#O -L CHH%O.OH-—H?0 + C'HS/0.C''H550 lOH (0.c'#H50
Tristéarine.
Une nouvelle molécule d'acide stéarique n’ayant pu se combiner à la tristéarine, M. Berthelot conclut que la glycérine est un alcool triatomique.
Les corps gras que l’on rencontre dans la nature sont donc, d’après ces expériences répétées, pour l’oléine et la palmitine, des éthers neutres de la glycérine, tels que la trioléine, la tristéarine, la tripalmitine, etc. La margarine ne serait, d’après les travaux de M. Heintz, qu’un mélange de stéarine et de palmitine.
Tous ces corps dérivent de l'union d’une molécule de glycérine et de trois molécules d’acides monobasiques avec élimination de trois molécules d’eau. Inversement, les corps gras se dédoublent en acides gras et en glycérine, en s’assi-
the milant les éléments de trois molécules d’eau. Ce phénomène de dédoublement, qui s'opère sous l’influence des alcalis ou de la vapeur d’eau surchauffée, a recu le nom de saponification.
Les corps gras sont d’autant plus consistants qu'ils renferment plus de palmitine et de stéarine, et d’autant plus liquides qu’ils contiennent plus d’oléine.
Is sont insolubles dans l’eau et généralement peu solubles dans l’alcoo!: ils sont, quoique à des degrés différents, très solubles dans l’éther, la benzine, les essences, le sulfure de carbone, etc. Ils sont moins denses que l’eau; leur densité se trouve comprise, pour la plus grande majorité des cas, entre 0,884 et 0,940. Ils se décomposent à une température supérieure à 300°C et donnent naissance à divers produits, parmi lesquels se trouvent l’acroléine, l’oxyde de carbone et l’acide carbonique.
Ils sont onctueux au toucher et tachent le papier.
Le acides énergiques les détruisent peu à peu et en séparent les acides gras.
L’acide azotique concentré les attaque avec violence, à tel point que quelquefois la matière prend feu.
L’acide azotique étendu agit d’une manière plus calme; il finit, à la longue, par convertir les corps gras en acide oxalique.
Les alcalis, les terres alcalines et les oxydes, isolent la glycérine et se combinent aux acides gras pour former des savons.
GE
Oléine ou éther trioléique de la glycérine (du latin oleum, huile.)
OCHHSO C'H | OCFH°0 | 0.C'#H350
L'oléine ou élaïine est le principe prédominant des huiles d'olive ; elle entre aussi dans la composition de la plupart des graisses. Elle reste liquide jusqu’à 4. Sa densité est comprise entre 0,90 et 0,92. Elle est incolore, inodore et insipide, lorsqu'elle est pure. Elle est insoluble dans l’eau et soluble en toutes proportions dans l’éther. Soumise à la distillation sèche, l’oléine fournit, outre des produits gazeux, des hydrocarbures liquides, de l’acide sébaciqueet de l’acroléine. Mise en contact avec l’azotate mercureux ou le peroxyde d’azote, elle se convertit en un corps gras solide, cristallin, fusible à 52°, appelé par M. Boudet élaïdine.
L’oléine peut s’obtenir de plusieurs manières, mais le meilleur procédé est celui de M. Péclet. On traite l'huile d'olive par une lessive de soude d’une concentration moyenne et on fait bouillir le mélange pendant 24 heures. La margarine et la stéarine sont seules saponifiées et l’oléine reste à l’état de pureté. On peut aussi opérer à froid.
Acide oléique.
C'8H340? (série allylique).
L’acide oléique pur est, au-dessus de 14°, un liquide incolore, limpide, inodore, de consistance huileuse, et ne rougissant pas lateinture de tournesol. Ils’altère à l'air rapidement. Vers 4° il se solidifie. Lorsqu'on le distille, il se décompose en donnant du gaz carboné, de l’acide carbonique, des acides acétique, caprylique, caprique, ete. Au contact des acides nitreux et nitrique, l'acide oléique se transforme en acide
nt
élaïdique. Fondu avec un excès de potasse, il subit la même transformation que les autres acides de la série allylique et se dédouble en donnant de l’acide palmitique et de l'acide acétique.
On l’obtient dans l’industrie, sous le nom d'huile de suif, comme accessoire de la fabrication des bougies stéariques: c’est l’acide oléique de saponification calcaire. A cet état, il contient encore beaucoup d’oléine ; on le purifie par le procédé de M. Varrentrapp ou par celui de M. Gottlieb qu'il serait trop long de décrire ici.
L’acide oléique de saponification calcaire, d’une importance exceptionnelle, est généralement employé et donne un très beau savon, dit savon oléique. Il existe encore l’acide oléique de distillation provenant de la fabrication de la stéarine par saponification sulfurique avec distillation, mais il n’est pas utilisé en savonnerie à cause de son odeur forte et empyreumatique due à l'emploi des graisses les plus inférieures. |
Stéarine ouéther tristéarique de la glycérine (du grec areas, suif.) (HOGISH3E0) CHOCO ROC EHSO
Découverte par M. Chevreul, cette substance fut préparée
pure par M. Braconnot.
C’est un corps solide cristallisant en lames nacrées et brillantes par solution dans l’alcool et surtout dans l’éther. Elle existe dans presque toutes les graisses solides, dans le beurre d’Ilipé (bassia longifolia, Sapotacées) et le beurre de cacao (theobroma cacao, Byttnériacées). Elle s’extrait principalement du suif de mouton ou de bœuf, en traitant 7 ou 8 fois ce suif par l’éther et faisant cristalliser.
y ee La stéarine presque pure est recueillie finalementsur un linge.
Acide stéarique.
C'8H360° (série grasse).
L’acide stéarique pur est blanc, sans odeur, ni saveur. Il cristallise par fusion en aiguilles britlantes, solubles en toutes proportions dans l’alcool et l’éther. Il fond, d’après M. Chevreul, à 75° et se décompose, lorsqu'on le distille, en acide carbonique, en un carbure d'hydrogène et en stéarone.
On l’obtient en saponifiant la stéarine pure à laide de la potasse ; on décompose ensuite le stéarate alcalin au moyen d’un acide: l'acide stéarique qui est insoluble dans l’eau se précipite et on le purifie par des cristallisations dans l’alcool.
L’acide azotique transforme l'acide stéarique en acides margarique, succinique et subérique.
Palmitine ou éther tripalmitique de la glycérine. OC'$H3'0 CSH5 | OC'6H5'0 P'OC'HHO Découverte par M. Frémy dans l’huile de palme, la palmitine est un corps inodore, incolore et d’apparence cristalline. Elle se liquéfie vers 60°. Presque insoluble dans l’alcool froid, elle se dissout très bien dans l’alcool et l’éther bouillants.
On la retire de l’huile de palme en traitant cette huile par l'alcool bouillant et faisant cristalliser dans l’éther. La margarine, d’après les recherches de M. Heiïntz, n’est qu’un mélange de palmitiue et de stéarine. Il en est de
même pour l’acide margarique qui est formé d’acides palmitique et stéarique.
Acide palmitique.
C'SH#207 (série grasse).
Cet acide cristallise en paillettes brillantes; il fond à 62. __ A l’état de palmitate de cétyle, il constitue le blanc de baleine.