‹ Étude Sur La Fabrication Du Savon De Marseille: SynthèseChapitre 4 sur 12 · DES CORPS GRAS · texte numérisé non relu

DES CORPS GRAS

EMPLOYÉS A LA FABRICATION DU SAVON DE MARSEILLE. Huile d’olive.

Cette huile est extraite par expression des fruits de l'olivier d'Europe (olea europea, famille des Jasminées).

L'olivier est originaire de l’Asie-Mineure; de là il aurait été transporté en Europe par les Romains. Cet arbre, symbole de la paix et de toutes les vertus paisibles, était regardé par les Anciens comme un des dons les plus précieux que les hommes eussent reçu des dieux.

La culture de l'olivier est aussi ancienne que celle de la vigne : l'Histoire Sacrée et Diodore de Sicile en font mention.

Il abonde en Grèce, en Italie, en Espagne et dans tous les pays que baigne la Méditerranée : en France, pourtant, sa culture ne dépasse pas les départements du Midi, car un froid trop rigoureux le fait périr. L’[talie fournit principalement des huiles d'olive presque incolores, comestibles, mais d'un goût peu marqué; elles servent à faire des coupages avec les huiles de Provence, dont Aïx et Salon fournissent les plus estimées.

Dans les départements méridionaux, les olives arrivent à maturité dans les mois de novembre et de décembre ; leur couleur est alors d’un bleu noir. Elles sont cueillies, soit à la main, soit à la gaule, et portées au moulin. Elles sont broyées sous des meules verticales qui respectent le noyau,

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et la pâte qui en résulte est introduite dans des sacs de sparterie, puis pressée. Cette opération se fait à froid. On obtient ainsi l’huile surfine ou vierge qui est généralement d’un jaune verdâtre et d’un goût de fruit très manifeste. Les tourteaux sont alors retirés des sacs, dégrumés, arrosés d'eau bouillante et reportés sous la presse. L'huile qui s'écoule est recueillie dans un réservoir dans lequel elle se sépare de l’eau qui la souille et constitue alors l’huile comestible ordinaire.

Les fabriques de savon n’emploient pas ces huiles d’un prix beaucoup trop élevé; les industriels ont recours aux huiles inférieures provenant de l’écrasement complet du fruit et obtenu par le traitement à chaud des tourteaux d'olives : on les nomme, par décroissance de valeur, huile à fabrique, huile de ressence, huile tournante et huile d'enfer.

On a monté depuis quelque temps des usines dans lesquelles les tourteaux sont traités par le sulfure de carbone qui est ensuite régénéré par distillation. Ces huiles portent le nom spécial d'huiles de grignons.

Les huiles inférieures dont nous avons parlé précédemment, nous arrivent d'Italie, d'Espagne et du Levant : c’est par millions de kilogrammes qu’elles sont versées dans les docks de Marseille. Les fabricants n’achètent sur place que -des ressences.

Toutes ces huiles varient dans leur composition ; celles du Levant, par exemple, sont plus chargées de stéarine que celles de Tunis, et par cela même sont saponifiées par des lessives moins fortes. C’est le contraire pour celles qui sont riches en oléine.

Le mérite du négociant est de savoir reconnaître les huiles qui fournissent le plus de savon, tout en économisant les lessives de soude.

L'huile d’olive rancit facilement à l’air, mais ne s’épaissit

100 pe

pas. Elle n’est pas siccative. D’autres huiles, au contraire, jouissent de la propriété d’absorber l’oxygène, et finissent par se dessécher en formant une véritable résine. Elles sont dites siccatives. Parmi ces dernières.nous citerons les huiles de lin, d’œillette, de glaucium luteum, de chénevis, de noix, ete. L’oléine des huiles siccatives est désignée sous le nom de linoléine.

Beaucoup de procédés ont été donnés pour reconnaître les falsifications de l'huile d'olive. Nous les passerons très rapidement en revue, sans les apprécier, laissant à des chimistes plus compétents le soin de discuter leur valeur.

PROCÉDÉS BASÉS SUR LES PROPRIÉTÉS PHYSIQUES DES HUILES. Dexsiré. — MM. Lefebvre, Gobley, Laurot, Pinchon, etc. ont construit des aréomètres à poids constant dont le réservoir d’air déplace un volume d’huile assez considérable et dont la tige est très mince et très longue. Malheureusement, la densité des huiles varie selon leur âge, leur provenance et le mode d’extraction qu’on leur a appliqué.

L’élaïomètre de M. Gobley est basé sur la différence de densité existant entre l'huile d’olive et celle d’œillette, de telle manière qu’à 125, température ordinaire des caves à huile, son point d’affleurement dans l'huile d’œillette est marqué O en bas, et son point d’affleurement dans l’huile d'olive, 50° en haut. L’intervalle entre O et 50 a été divisé en 50 parties égales, parce que s’il avait été partagé en 100 parties égales, les degrés auraient été trop rapprochés. Le degré obtenu devra donc être doublé; si on obtient par exemple 40°, on devra lire 80° représentant 20 °/, d'huile d’œillette.

Le tableau suivant donne quelques-unes de ces indications (M. Th. Chateau):

RE EE OR SR ARR A ES 50° — — contenant 6 p. 100 d'huile d’œillette 47° pe 10 Re 459 — — — 12 — — 44° — — — 18 — —- 41° = — — 20 — — 40° æ en AA M Cm — 30° 2" 3 — 40 — — 30° Sn Æ — 50 — — 2D°

M. Lefebvre assigne comme densité à l’huile d'olive le chiffre 0,9170.

Nous croyons pouvoir affirmer que ce chiffre varie souvent, car, dans de nombreux essais, nous avons obtenu tous ceux compris entre 0,914 et 0,917 sans jamais dépasser toutefois ce dernier nombre.

MM. Schubler et E. Marchand ont proposé l'emploi de l’alcoomètre de Gay-Lussac pour déterminer la densité des huiles.

M. Vogel a pensé que l’on pourrait consulter avec profit le degré de fluidité des huiles et à construit, dans ce but, un appareil auquel il a donné le nom d’élaïomètre-pachomètre.

On a également proposé de prendre le point de congélation des huiles comme moyen de reconnaître leur pureté. MM. Chevallier et Baudrimont, Braconnot, Chateau, Chatin et Massie en ont dressé des tables, mais il s’en faut de beaucoup que toutes concordent entre elles. Le point de fusion des diverses huiles peut aussi servir dans certaines mesures.

M. Rousseau a construit un instrument très sensible anquel il a donné le nom de diagomètre et qui est destiné à mesurer la conductibilité des huiles pour l'électricité. Il est basé sur ce fait, que l'huile d’olive conduit l'électricité 675 fois moins bien que toutes les autres. Instrument précis, mais peu por-

ON TES tatif et d’un prix trop élevé. L'idée de M. Rousseau vient d’être reprise par M. Palmieri.

MM. Maumené et Fehling ont utilisé l'élévation de température que produit l’acide sulfurique au contact d’une huile. D'après eux, les huiles siccatives s’échauffent toujours beaucoup plus que les huiles grasses non siccatives. Qu'il nous soit permis de faire remarquer que cela n’est vrai que pour quelques huiles; par de nombreux essais, nous avons pu constater, en effet, que l’huile de navette qui est siccative ne fait monter le thermomètre qu’à 57°, tandis que les huiles de colza, d’arachide et de sésame, qui ne le sont pas, peuvent, dans les mêmes conditions, faire atteindre au thermomètre les températures de 58°, 67 et 68°.

Nous donnons ici un tableau qu'a dressé M. Beaudoin, chef du laboratoire des usines Arnavon :

Nom des huiles. Chaleur produite par l'acide sulfurique. ATTACHE PE SONO TE PRE 46° Colza SR 49° CODEN AN ENEMNRENAE joe COLONEL AL Per 65° FANS TERRE En 104° Navette. : MA ER 56° OEM SPERE 2 A RÉ ARE 110 SÉSAMEN TS nl EE : 58°

PROCÉDÉS BASÉS SUR LES PROPRIÉTÉS CHIMIQUES DES HUILES. — Parmi ces procédés, nous devons citer en première ligne ceux qui sont basés sur la transformation de l’oléine de certaines huiles en élaïdine, et par conséquent sur leur solidi-

fication. Cette transformation a lieu au contact de l'acide

hypoazotique. Les huiles siccatives sont solidifiées, tandis que les huiles siccatives ne le sont pas.

C’est M. Poutet qui, le premier, a mis à profit cette réaction pour reconnaître la pureté de l’huile d'olive. Il préparait son réactif, au moment de s’en servir, en faisant dissoudre à la température ordinaire 6 gr. de mereure dans 7 gr. 50 d’acide azotique de densité 1,35. Pour faire l'essai d'une huile par ce procédé, on mélange 8 gr. du réactif avec 96 gr. de l’huile à examiner. Pendant deux heures, on agite ce mélange de dix en dix minutes, puis on le porte dans un endroit aussi frais que possible. On observe après 24 heures.

D’après MM. Soubeiran et Blondeau, qui ont étudié avec beaucoup de soin le procédé :

L'huile pure est ferme et sonore lorsqu'on frappe la surface solidifiée avec une tige de verre ;

L'huile moins pure est assez ferme ;

L'huile contenant moitié d'huile d’œillette ou de graines affecte une consistance qui varie entre celle du suif et de l’axonge ;

L'huile mélangée avec 1/10 d’huiie d’œillette a la consistance d’une huile d’olive figée. Avec moins de 1/10, le procédé ne présente plus de certitude.

Nous devons ajouter encore que certaines huiles d'olive pures présentent les mêmes caractères que quelques mélanges. Nous citerons parmi celles-ci les huiles de provenance de Syrie et surtout de Bougie.

M. Boudet ayant reconnu que l'action du réactif Poutet était due à la présence de l’acide hypoazotique, a proposé l'emploi d’un mélange de 3 parties d'acide azotique marquant 35° B et d’une partie d’acide hypoazotique. MM. Soubeiran et Blondeau ont reconnu que ce réactif était infidèle suivant les huiles, leurs variétés et leurs provenances.

M. Barbot emploie l’acide azotique saturé de bioxyde d'azote. M. Diésel a préconisé l'emploi de l’acide azotique ordinaire. D’autres chimistes, tels que MM. Heydenreich,

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Lefebvre, Cherke et Penot ont conseillé l’acide sulfurique qui, d’après eux, fournit certaines colorations caractéristiques.

M. Lipowitz s’est adressé au chlorure de chaux fraîchement préparé, M. Chateau au bisulfure de calcium et M. Crace- Calvert à l’eau régale, puis aux alealis.

Mais un des procédés les plus nouveaux et sur lequel, paraît-il, on peut compter, est celui que M. Audoynaud, professeur de chimie à l’école d'agriculture de Montpellier, a présenté le 19 octobre 1885 à l’Académie des sciences. Il est basé sur l'emploi du bichromate de potasse et de l’acide azotosulfurique.

Voicicomment M. Audoynaud conseille d'opérer: on prend un tube à essai de 0,15 de longueur et de 0,015 de diamètre divisé en centimètres cubes; on mesure 2° d'huile; on ajoute 0,1 de bichromate de potasse en poudre et on agite quelques instants le tube sans le fermer. On verse alors de l'acide azoto-sulfurique de façon à faire un volume égal à 4°; on agite de nouveau. La liqueur devient rouge brun; après un repos de une à deux minutes, on ajoute de l’éther ordinaire à 6° de manière à compléter le volume de 5*. Une dernière agitation mélange le tout. La liqueur verdâtre tend alors, par le repos, à se diviser en deux couches. Mais, après quelques instants, une vive effervescence se manifeste, d’abondantes vapeurs rutilantes se dégagent et enfin l’huile vient surnager à la partie supérieure du liquide avec une couleur particulière.

Avec l’huile d'olive pure, la couleur de l’huile surnageante est verte ; avec une huile contenant au moins 5 ‘/, d'huile de sésame, d’arachide, de coton, d’œillette, la couleur varie du vert jaunâtre au jaune et même au jaune rougeâtre, suivant la nature et les proportions du mélange. Pour mieux apprécier ces colorations, on ajoute de l’eau jusqu’à la dixième

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division du tube: l’huile s'élève en conservant sensiblement les mêmes caractères pendant plusieurs heures.

M. Audoynaud affirme que l’on peut reconnaître si l'huile d’olive est pure, dans la limite de 5 p. 100 du mélange.

Ce même chimiste vient de donner encore un autre procédé basé sur l’emploi du bichromate de potasse, de l'acide sulfurique et de l’alcool amylique.

Nous avons essayé le réactif azoto-sulfurique, préparé par M. Billault, de Paris, sur des huiles d’olive de Provence et de la rivière de Gênes, de provenance et de pureté absolnment certaines.

Les réactions ont été: caractéristiques. Elles nous ont fait défaut sur deux échantillons d'huile de Kabylie (Amokran).

Cela ne tiendrait-il pas à un changement d’état dans la chlorophylle? Nous laissons à d’autres le soin d'apprécier.

Certains négociants se contentent d’une épreuve par le goût et l’odorat et se trompent rarement sur la pureté d’une huile. |

Les huiles rances doivent être rejetées, parce qu’elles se combinent très difficilement à l’oxyde de sodium; il en est de même des huiles vertes, dont la matière colorante appelée viridine, altérerait la blancheur du produit.

Huile d'arachide.

Cette huile produite par les graines de l’Arachis hypogæa (Légumineuses), est une de celles quioffrent le plus d'intérêt pour la savonnerie. Elle se saponifie très bien et donne des savons doux et mousseux. .

L’arachide de l’Inde est réservée plus spécialement à l’industrie; celle qui arrive des côtes occidentales d'Afrique sert à la fabrication d’une huile comestible assez appréciée.

On estime à 18 ou 20 millions de francs l'importation annuelle des arachides en France. L'huile d’arachide se fait surtout à Marseille. Le produit de la première pression est généralementemployé à l'alimentation; celuides deux autres, dont la dernière se fait à chaud, sert à la fabrication des savons. Le rendement est en moyenne de 30 p. 100.

L'huile d’arachide pure est limpide et presque incolore; elle est douée d’une légère odeur de rave ; elle se solidifie complétement à — 3° et n’est pas siccative. Sa densité à L15C-est de 0,165.

Huile de coco.

Elle est fournie par la noix de divers cocotiers (Palmiers), mais plus particulièrement par le cocotier des Indes (coco nucifera) et par le cocotier du Brésil (Ælaïs butyracea).

On l’extrait en faisant bouillir dans l’eau les noix préalablement concassées, recueillant l'huile surnageante et soumettant à la presse le résidu; ou bien encore en broyant les fruits et les plaçant ensuite dans des sacs de laine que l’on exprime entre deux plaques métalliques chauffées. La masse de l’huile est alors purifiée par fusion et filtration. Rendement 60 p. 100.

Cette huile est généralement blanche, d’une odeur douce et agréable et presque toujours solidifiée dans nos climats. Sa densité est de 0,9225. Elle a la propriété de donner un savon très sec et moussant abondamment avec l’eau.

L'huile de copra ressemble singulièrement à l’huile de coco et provient probablement d’un arbre de la même famille.

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