CONCLUSION
Ainsi donc, la conclusion qui s'impose à notre étude, est que la situation de la filature française est si précaire qu’elle eût très probablement disparu, sans le secours que le système des primes est venu Jui fournir.
Nous avons montré, en effet, que pendant les quinze années qui s'étendent, de 1892 à 1907, l’excédent constant du prix de revient du kilo de soie sur le prix de vente a été en moyenne de 4 fr. 46.
Les primes lui ont donc permis à peine de vivre, puisqu'elles se sont entièrement fondues dans le prix de façon, au point que pendant ces quinze années, les filateurs qui ont touché en moyenne 5 fr. 37 par kilo de soie n’ont eu un bénéfice général moyen que de o fr. gr par kilo de soie produite, avec une année de perte pour trois années de bénéfices.
Cette triste situation va-t-elle changer avec les
nouvelles dispositions de la dernière loi sur les primes ?
La filature reconnaïtra-t-elle les nouveaux sacrifices que l’on a faits pour elle, et la verrons-nous faire des efforts sérieux pour développer autant son importance que son outillage ?
Nous devons le soubhaiter, car, comme le disait, il y a quelques années, M. A.-J. Malfour le premier ministre britannique, au moment de la crise cotonnière : « Les fortunes d'aucun commerce, ni d'aucune industrie ne peuvent être regardées comme d'intérêt privé et aucune classe ne peut souffrir sans que le mal dont elle souffre, ne s’étende au loin, en vagues concentriques, in far reaching wawes, à toutes les autres classes et à toutes les autres parties de la communauté. »
Il semble que le Parlement français ait été pénétré de cette idée, et ait voulu travailler à faire une France Économiquement plus grande, lorqu'il a voté la prolongation à vingt ans de la durée de la nouvelle loi.
C’est là une garantie de stabilité que la filature ne trouvait pas dans les lois antérieures lui accordant des primes. Désormais, les sériciculteurs pourront se remettre avec confiance et sécurité, à la plantation du mûrier et les filateurs pourront procéder à des transformations d'outillage, sans que les uns ni les autres puissent redouter par l'extinction trop
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rapide de la prime, de perdre le fruitde leur avancess et de leurs sacrifices.
D’autre part, le crédit mis à leur disposition n'étant plus limité, ils ne risqueront pas du moins pendant vingt années de compromettre par leur développement même, leur existence, puisque du maintien intégral de taux inscrits dans la loi dépend l'existence même de ces industries.
Aussi la prime de 1909 n’est plus comme celle de 1898 « une prime à la routine ». Il faut queles sériciculteurs plantent beaucoup de ces & arbres d’or» pour pouvoir fournir bientôt à la filature les 3 millions de kilos de cocons dont elle manque actuellement et les 5 à 6 millions dont elle aura besoin quand son outillage modifié et perfectionné lui permettra de produire davantage.
Les débouchés ne manqueront certes pas sur le marché extérieur à ces nouveaux produits.
En France, en 1909, les besoins de la consommation se sont élevés à 4.382.000 kilos de soie : mais la France ne file que 780.000 kilos de soie, il a donc fallu demander à l'étranger le complément.
Or, le goût du luxe qui va grandissant, pousse toujours à une consommation de plus en plus grande de la soie. D'autre part, les État-Unis existent, qui ne produisent pas 1 gramme de soieet qui en consomment cependant 7.500.000 kilos, sous forme de produits manufacturés, soit 40 0/0 de la production
mondiale de la soie. Sur cette énorme quantité importée en A mérique, la France entre en part seulement pour 3 0/0.
Enfin, pour dire un mot de la concurrence étrangère, on peut faire quelques remarques.
D'abord, rien n'indique que la production de la soie augmente dans des proportions inquiétantes en Chine et au Japon, parce que la main-d'œuvre asiatique pourra être utilisée ailleurs que dans de nouvelles filatures ; et puis, avec les progrès de la civilisation on emploiera dans ces pays beaucoup plus de soie : donc la concurrence trouvera des éléments pondérateurs de sorte qu’aujourd’hui, oubliant tous les mots pessimistes de ceux qui n’espéraient plus en la filature, nous devons, confiants dans l'avenir, espérer que cette industrie si française va revivre son passé glorieux.
Vu : Le Président de la thèse,
TRUCHY Vu : Le Doyen, CAUWÈS Vu et permis d'imprimer :
Le Vice-Recteur de l’Académie de Paris,