‹ Étude sur la filiaire de wuchererChapitre 24 sur 29 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Objections opposées à la théorie du parasitisme.

Telles sont les diverses théories émises pour expliquer le mécanisme par lequel la filaire agit sur l'organisme et produit les diverses maladies que l’on peut réunir sous le nom de Fslariose. Cette idée du parasitismea certainement trouvé dans les expériences et dans les travaux des observateurs distingués qui j’ont émise et défendue,june série d’arguments incontestablement favorables. Mais néanmoins, des objections sérieuses ont été opposées à la théorie parasitaire, trop exclusive peut-être, objections de grande valeur, surtout si l’on considère qu’elles ont été émises sans parti pris et avec toute l'honnêteté des discussions purement scientifiques. Dans son article intitulé : « Hématurie tropicale, son étiologie et sa pathogénie, » M. Le professeur Guès énumère et discute les objections que l’on peut opposer à la théorie parasitaire; nous citerons les principales.

Pourquoi une même maladie est-elle produite en Afrique

par un trématode (Bilharzia hœmatobia), ailleurs par un nématoïde (Filaria sanguinis hominis)?

Pourquoi, si la filaire est la cause de la maladie éléphan-

toïde. ne trouve-t-on pas invariablement des embryons dans le sang, et pourquoi lorsque ceux-ci existent réellement, ne sont-ils pas toujours associés à l’une des manifestations de Wucherer?

Pourquoi observe-t-on la suspension ou la guérison de l’hémato-chylurie, après une simple émigration dans les pays froids ?

(Dans les cas que nous avons observés à la Réunion, ce fait s’est incontestablement vérifié. Observations VII, VII.

Comment se fait-il que le parasite se retrouve dans diverses sécrétions, larmes, humeurs de Meïbomius (Lewis)?Ilfaut donc admettre qu’il traverse mécaniquement les parois vasculaires et les autres tissus, parois des acini, conduits glandulaires, etc., que, ni les globules blancs, ni les globules rouges ne franchissent. Puisque l’éléphantiasis, les lym- phorrhagies, les érysipèles, la chylurie, etc.,sont des maladies dues à la présence de la filaire, pourquoi l’éléphantiasis ne s’observe-t-1l toujours que chez des noirs ou les sujets créolisés, tandis que {a chylurie frappe surtout les blancs.

La fréquence de l’éléphantiasis est aussi loin d'être tout jours en rapport avec la distribution géographique du moustique. On rencontre certainement le moustique de la filaire dans tous les pays torrides et chauds, mais l’éléphancie ne s'observe très communément qu’en Chine, dans l’Hindoustan et en Océanie.

Enfin, on a observé des cas d’éléphantiasis vrais, dans des contrées où la présence de la filaire n’a jamais encore été signalée, au Japon, en Espagne par exemple.

Toutes ces objections ont certainement de la valeur, elles ne détruisent pas la théorie parasitaire, mais il faut aussi avouer qu'elles ont assez de poids pour inspirer une certaine réserve.

Quelques-unes, du reste, d’après P. Manson, sont faciles à réfuter. Pour ne citer qu’un exemple : si la filaire est la cause de la maladie éléphantoïde, nous dit-on, pourquoi ne trouve-t-on pas invariablement des embryons dans le sang et pourquoi lorsque ceux-ci existent, ne sont-ils pas toujours associés à des manifestations de Wucherer. A cette objec tion P. Manson répond : « Les filaires sont en effet la cause « de l’hémato-chylurie du lympho-scrotum; mais nous ne « trouvons pas toujours ces maladies chez tous les individus « filariés. Tous ceux qui ont des artères athéromateuses «n'ont pas fatalement des anévrysmes, tous ceux qui ont « du rhumatisme n'ont pas fatalement une maladie de cœur, « tout individu qui est alcoolique n’a pas fatalement une « Cirrhose du foie cirrhosed liver. Ces maladies sont des « accidents, accidents caractéristiques. Il en est de même « pour la filaria sanguinis hominis : la chylurie, le Iympho- « scrotum, les glandes variqueuses, l’éléphantiasis, sont la « conséquence de la présence de l'hématozoaire parasite « dans l’organisme, mais n’en sont pas des conséquences « nécessaires (1). »

Quant à l’absence des filaires dans le sang, la périodicité démontrée par P. Manssn est une raison suffisante pour expliquer cette absence assez fréquente il est vrai. |

Néanmoins, 1l faut l’avouer, la théorie parasitaire exclusive est loin d'entraîner la conviction. Voyons donc maintenant si, mieux que le parasitisme, la physiologie pathologique peut à elle seule nous rendre compte de tous les phénomènes observés dans ce groupe morbide, hémato-chylurie, éléphantiasis, lymphangites partielles et généralisées que nous avons vus réunis dans nos observations.

(1) Zmpérial maritim customs, p. 32.

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