‹ Étude sur la filiaire de wuchererChapitre 25 sur 29 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Nature de l’hémato-chylurie.

L'hémato-chylurie, chylurie endémique des pays chauds, hématurie graisseuse, diabète laiteux ou graisseux, cette maladie des climats torrides, si fréquente à la Réunion, en Egypte et au Brésil, se présente, nous le savons, sous deux formes bien distinctes suivant la période à laquelle il est permis de l’observer. Dans une première période, il y a hématurie simple; dans une deuxième période, qui arrive plus ou moins longtemps après la première, il y a émission de l'urine lympho-graisseuse. |

Restreinte ou à l’hématurie simple, ou à l'émission d'urine lympho-graisseuse, cette maladie procède toujours par accès. Nous le voyons, au début de l'affection, il y a hématurie simple et c’est là, nous pouvons le dire, l’occasion d'essais nombreux de diagnostic, En effet, il nous a été permis d'observer, à Tamatave, des cas d’hématurie qui n'avaient rien de commun avec l’hémato-chylurie, et encore moins

RAT PT, Ur Ven oies 2 ME TE | SR tu

avec la fièvre biieuse hématurique. Cette hématurie était simplement occasionnée par l’absorption de doses ordinaires de sels de quinime. Nous avons, en effet, remarqué que dans le cas de cachexie paludéenne avec hypertrophie de la rate, l’ingestion d’une dose ordinaire de quinine (0,50 c. de bromhydrate de quinine par exemple), provoquait l'apparition du sang dans les urines. C’est un fait absolument connu dans ce pays où le paludisme règne en maître, aussi est-ce avec quelque raison que les malades préférent de beaucoup à l'administration des sels de quinine, les macérations de poudre de quinquina.

Cette hématurie quinique n’est pas, du reste, spéciale à Madagascar ou à la Réunion, Car nous trouvons dans le Bulletin de thérapeutique du 30 juillet 1879, une note de M. Karamitsas, professeur à l’Université d'Athènes, qui donne des observations à l’appui de l’hématurie quinique.

Nous citerons ici les renseignements personnels qu’il nous est permis de fournir. :

a) M. D..., quarante-cinq ans, cachexie paludéenne assez avancée. Habite Tamatave depuis longtemps. Revient d’un des points de la côte. M’avertit que la sulfate de quinine lui donne de lhématurie. J’insiste pour lui donner une injection de 0,30 cent. de bromhydrate de quinine. Huit heures après, apparition d’urines franchement hématuriques.

b) Mi D.., âgée de quinze ans. Habite Tamatave depuis sa naissance. À eu de nombreux accès de fièvre. Anémie très prononcée. Règles très abondantes. Le 15 octobre 1885 est prise, à cing heures du soir, d’un accès de fièvre violent. Administration du sulfate de quinine par la voie buccale (1 gr. en deux fois). Le lendemain matin, à 8 heures, les urines sont franchement hématuriques. L’hématurie disparaît dans la nuit du 16 au 17.

C) M. T... (communication orale du D’ Frimet), pour démontrer

.à un médecin la corrélation manifeste qui existe chez lui, entre

DRE 7 PE l'administration d’une dose de quinine et l’apparition du sang

dans les urines, prend une faible dose de sulfate de quinine (0,50 à 0,70 c.). Apparition de l’hèmaturie dans le courant de la journée.

d) Me X..., (communication orale du D Frimet), demeurant à Tamatave depuis longtemps, atteinte de cachexie palustre, suppliait de ne pas administrer le sulfate de quinine. Chaque chose, disait-elle, provoquait chez elle l’apparition de l’hématurie. |

e) M" P... (communication orale du D' Frimet), impaludée, sans cachexie véritable, refusait d’être traitée par le sulfate de quinine dans la crainte d’hématurie. Sur l’insistance du D' Frimet, la malade prend 0,75 c. de sulfate de quinine, apparition de l’hématurie.

f) G..., artilleur de marine, huit mois de séjour à Tamatave, a eu de nombreux accès de fièvre à la Réunion et à Tamatave. Huit entrées à l’hôpital pour fièvre paludéenne. Le 15 août 1885, à 4 heures du soir, accès de fièvre violent. Administration de 0,50 c.

de bromhydrate de quinine par la voie sous-cutanée. Le lende-

main matin, à trois heures, apparition du sang dans les urines.

L’hématurie simple, première période de l’hémato-chylurie, peut donc se produire comme manifestation morbide en dehors de toute relation avec l’hématurie chyleuse.

Voyons maintenant par quel mécanisme les théories physiologiques expliquent la production de l’hémato-chylurie.

En dehors de la théorie parasitaire, plusieurs théories sont en présence pour expliquer la nature de cette affection due à des troubles morbides qui sont la conséquence de causes diverses parmi lesquelles domine l’action de la chaleur selaire.

For Li ” LV dede” Let r AT .

Théorie du chyle.

Carter, de Bombay, a observé et décrit des cas dans lesquels ily avait communication directe entre quelques parties du système des vaisseaux chylifères et les voies urinaires. La matière chyleuse serait alors déversée directement dans ces voies par la rupture d’un vaisseau lymphatique et la persistance d’un trajet fistuleux (1).

Théorie de ia lymphe.

Gubler croit à une lymphorrhagie de l'appareil uropoiétique. L’urine offre plutôt l'aspect du chyle que celui de la lymphe. « Je ne nie pas qu’en général, dit le professeur Gubler, la Iymphe humaine ne soit moins opaque, mais je ferai remarquer que dans le cas de lymphorrhagie cutanée, étudié par nous, le liquide des vaisseaux blancs offrait justement une très grande opacité. On est donc porté à croire que, dans les régions tropicales, la lymphe prend ce caractère chez les sujets affectés de varices lymphatiques, en un mot, se trouve à la fois altérée.

Quant à l'hématurie, elle ne serait qu'un cas particulier de la lymphorrhagie, et ne représenterait pas une véritable exhalation du sang par les vaisseaux veineux ou artériels de Pappareil urinaire (2). >

Pour le docteur a le dépôt est de la eee dont l'écoulement par le rein est facilité par la dilatation générale des vaisseaux lymphatiques dans les pays intertro-

{1) Thèse de CassroN, Montpellier, 1870.

(2) Comptes rendus des séunces et mémoires de la-Sociélé de biologie, t. 111, 2e série, p. 98, 1859.

PNR UP ete PE PT Lt FE

picaux et leur réflétion par une lymphe surabondante et superflue (1).

Dans son étude sur l’hématurie tropicale, le docteur Guès compare, au point de vue étiologique, l'hémato-chylurie au diabète sucré d’une part, à la polyurie et à lalbuminerie de l’autre. Pour lui, l'hémato-chylurie ne serait,comme le diabète, comme la polyurie, comme l’albuminurie qu’un trouble de la nutrition

De même que le diabète est dû à une augmentation de la quantité de sucre contenue dans le sang, de même que Falbuminurie dépend d’un excès ou d’une modification de l’albumine que possède le liquide nourricier. « De même aussi l’hémato-chylurie doit provenir d’un excès ou d’une modification de la graisse ou de l’albumine du sang. Excès ou modifications qui sont attribuables à un trouble fonctionnel soit du foie (A. Bernard), soit du pancréas, car on aurait quelquefois remarqué la coïncidence des urines chyleuses durant la vie, avec des altérations du pancréas rencontrées à l’autopsie (Chomel, Moyse), soit du système nerveux, qui gouverne les fonctions des divers organes et des reins.

Ainsi, dans un cas, le sang charrie trop de sucre; dans l’autre, trop d’albumine ou une albumine modifiée ;'dans le dernier, trop de graisse ou une graisse anormale. Le premier occasionne la glycosurie, le diabète; le deuxième produit l’albuminurie; le troisième, la chylurie. N’y at-il pas là de quoi expliquer l'existence de cette maladie dans les pays chauds, où la graisse est nuisible, où elle doit être éliminée, où le foie, chargé en grande partie de cette ‘élimination, est si souvent malade? N'y a-t-1l pas aussi de quoi comprendre et linnocuité habituelle de ce trouble de la nutrition et sa cessation dans les pays froids? »

Poursuivant cette analogie morbide, le docteur Guès rappelle que la chylurie comme la glycosurie s'accompagne

() MazAË-A ZÉMA, Lymphangite endémique des pays chauds.

Page 1