TRAITEMENT
Le traitement de la folie puerpérale est tout aussi incertain que celui de la folie qui survient sous l’influence de toute autre cause, et il serait bien difficile, dans les guérisons, de faire la part qui revient à la nature et celle qui est due aux efforts de l’art.
La médecine n’atteint malheureusement trop souvent que le fait accompli, l’effet qui se reproduira demain, après-demain, dans un temps plus ou moins éloigné, sans remonter à la cause qui lui donne naissance. Nous chercherons donc à atteindre la source du mal, et comme Jaumes, nous dirons : « le traitement doit avant tout être prophylactique. » •
Contre l’hérédité et les prédispositions individuelles, le médecin combattra autant qu’il lui sera possible par l’hygiène, ce moyen de prévention par^excellence. Disons en passant que le médecin , consulté sur l’opportunité d’un mariage, devrait avoir assez d’influence pour empêcher l’union de deux aliénés, d’un aliéné, d’un homme ou d’une femme enfin entaché d’hérédité.
L’excellence des produits naîtrait de la bonté des producteurs. Hélas ! il n’en est que trop peu souvent ainsi. Nous croyons qu’il faut réagir, et lorsque par ses antécédents héréditaires ou personnels, une femme sera prédisposée à la folie, nous ne craindrons pas de formuler à propos de son mariage des conseils importants : notre opinion est qu’on ne doit pas la marier. Si on le fait pourtant, on se gardera bien d’agir d’une manière hâtive, et on attendra que l’organisme ait atteint tout son développement ; si elle devient grosse , elle sera entourée, pendant tout le temps que durera la gestation et au moment de l’accouchement, de précautions infinies.
L’éducation de la jeune fille soupçonnée d’hérédité, doit être l’objet d’une attention toute particulière : on lui donnera sur les choses et sur les personnes des idées saines. On développera surtout le côté pratique de son esprit, non le côté idéal et mystique, qui entraîne trop souvent les femmes ; son corps travaillera autant (Jue son esprit. La gymnastique, la promenade, la vie à la campagne , paisible, sans émotions violentes et sans passion sera conseillée. On surveillera surtout l’époque critique et on empêchera la chlorose, l’anémie de s’établir par les moyens appropriés. On se gardera bien de laisser la jeune fille faire de mauvaises connaissances , on surveillera l’entourage ; on ne laissera pas s’enraciner des défauts de caractère ; le côté poétique et sentimental ne doit jamais s’éveiller plus qu’il ne faut. Une mère intelligente, aidée d’un médecin intelligent, doit toujours donnera ses enfants une éducation excellente. Le médecin, en effet, qui a la confiance d’une famille, doit mériter l’estime qu’on lui accorde, avertir les pai'ents de l’imminence du danger et les guider par ses conseils sur les moyens efficaces pour prévenir le mal.
Celui qui n’aura pas pu employer ces moyens préventifs et qui sera appelé tout-à-coup dans une famille qu’il ne connaît pas, cherchera l’indicatfon dans chacune des causes que nous avons énumérées. 11 s’élèvera contre les grossesses trop nombreuses et trop rapprochées ; il arrêtera promptement l’hémorrhagie pendant l’accouchement, combattra toutes les autres causes d’épuisement, s’opposera à la lactation dans certaines circonstances, surveillera l’apparition du retour des couches , enfin évitera les émotions morales et combattra toutes les autres causes déterminantes. Le médecin doit être pénétré de l’importance de sa mission et s’en montrer digne : il doit tout voir et tout prévoir ; il doit avoir jugement, tact, patience. Dans ces circonstances, en effet, le médecin est le seul maître de la situation: les malades n’écoutent personne et pourtant obéissent presque toujours au médecin (voir l’observation N" IIl).
Etablissons ici un principe capital en thérapeutique: avant tout, il faudra traiter l’état général. L’anémie, l’albuminurie, les diathèses scrofuleuse, tuberculeuse, arthritique, etc., etc., doivent être combattues
par les agents appropriés, à côté de l’état général, nous plaçons la constitution indi-viduelle : le traitement, en effet, peut varier suivant le sujet.
Passons maintenant*en revue quelques-unes des indications : le délire pendant l’accouchement indique la nécessité de terminer rapidement le travail ; le médecin surveillera la malade, préviendra les actes fâcheux auxquels son état mental pourrait l’entraîner. Il s’abstiendra de toute intervention si l’accouchemenl est naturel ; mais si le travail, en se prolongeant aggravait d’une manière inquiétante les désordre cérébraux, il ne faudrait pas hésiter à le terminer par la version, le forceps ou la rupture des membranes, suivant les indications.
Lorsque la folie survient après l’accouchement, on a conseillé un grand nombre de traitements dont l’efficacité n’est pas parfaitement démontrée.
Burns n’hésitait pas à pratiquer la saignée dans les cas de manie : cela semble indiqué, en effet ; mais l’expérience a prouvé que, même chez les femmes robustes , à tempérament sanguin, les émissions sanguines étaient constamment suivies d’un redoublement dans les accidents nerveux, et que la durée de la maladie n’en était jamais abrégée (Esquirol ). Nous tenons à insister sur ce fait; car, dans le pays où nous exerçons la médecine, à coté d’un mystique sorcier, ennemi juré delà médecine et des médecins, s’élève le trépied d’une matrone, qu’un zèle intempestif pousse trop souvent à saigner ses malheureuses clientes.
Guislin a préconisé le tartre stibié à doserasorienne,.et n’est pas arrivé à de meilleurs résultats.-
Les purgatifs rendent parfois quelques services, mais plutôt comme adjuvants. Scolt a employé la belladone; les antispasmodiques, le camphre dans les formes érotiques, médicament qu’Avenbrugger regardait comme le spécifique de toutes les formes de délire, ont été préconisés tour-à-tour.
Brières de Boismont a conseillé les bains tièdes, et Baillarger déclare avojr obtenu plusieurs succès par l’emploi de la diète lactée.
Nous réservons une mention spéciale, surtout dans la manie à forme expansive , aux réfrigérants et à l’hydrothérapie.
Nous avons été à même déjuger les excellents effets de ces méthodes,
pendant notre stage à l’Hôpital-général de Montpellier : les bains froids prolongés, les affusions froides sur la tête, sont un moyen calmant énergique, mais efficace.
« Tous ces moyens, dit Hervieux, peuvent rendre des services, suivant les indications ; mais aucun d’eux ne saurait devenir la base d’une méthode exclusive. L’indocilité et la résistance des malades en rendent souvent l’application fort difficile (1); c’est au tact du médecin qu’il appartiendra d’approprier ces différentes ressources à chaque cas particulier. »
Le traitement de la folie puerpérale à forme monomaniaque s’écarte peu du précédent.
Dans la forme mélancolique, Esquirol recommandait les larges vésicatoires volants; Marcé, les reconstituants et les affusions froides. On a conseillé aussi l’opium; mais son emploi doit êtrejudicieusement surveillé.
Quel que soit le traitement mis en usage , on ne devra jamais omettre les soins spéciaux qu’exigent, chez les femmes en couches, l’écoulement des lochies et la sécrétion lactée.
On devra donc faciliter l’écoulement des lochies. L’épuisement et l’anémie jouant un rôle considérable dans le développement de la folie des nourrices, il est indiqué d’établir de bonne heure une médication reconstituante et réparatrice : quinquina et fer sous leurs différentes foi’mes.
Tels sont les moyens que nous conseillerons toujours d’employer, et si notre voix a quelque chance d’être écoutée, nous donnerons pour avis de ne jamais provoquer de grossesse chez une femme aliénée.
' Nous ne nous arrêterons pas davantage au traitement conseillé par Darwin, c’est-à-dire l’allaitement.
En résumé : combattre la cause , et si on ne le peut pas , attaquer les symptômes, telle est selon nous la base d’un traitement rationnel.
(1) Nous avons dit ce que nous pensons sur ce point : il est très-peu de malades indociles dont un bon médecin ne puisse venir à bout Cavalier, Leçons cliniques. Montpellier.)