‹ Etude sur la folie puerpéraleChapitre 11 sur 17 · OBSERVATION I · texte numérisé non relu

OBSERVATION I

Manie puerpéi’ale. — Convalescence.

( Service de M. le docteur Dauby. )

Le 4 septembre 1875, entrait pour la première fois à l’asile des aliénés de Saint- Alban , la nommée Victorine P...., accompagnée de sa mère et de son mari. Cette malade, âgée de 28 ans, présente des signes d’aliénation mentale depuis près d’un mois, et c’est huit jours après un accouchement que l’on a constaté les premiers troubles psychiques.

Renseignements pris auprès de la mère et du mari. — Actuellement la malade est très-agitée, elle crie, chante, se lève la nuit, déchire ses vêtements, etc. On constate aussi des perv.èrsioris sensorielles: ainsi, elle entend des voix et aperçoit pendant la nuit des personnages-autour de son lit ; de plus , elle croit que Ton veut l’empoisonner et refuse très-souvent les aliments qu’on lui présente.

Antécédents. —Pendant sa jeunesse, Mme. P..i. a toujours joui d’une bonne santé, elle était très-intelligente et en même temps très-active. Elle a commencé à être réglée vers l’âge de 14 ans et demi, et cette nouvelle fonction physiologique s’établit sans provoquer de troubles soit physiques soit intellectuels.

A l’âge de 21 ans , elle eut des relations plus qu’intinies avec un garçon qui se trouvait depuis quelque temps dans le-pays comme ouvrier et qui lui avait promis le mariage. Un beau matin , elle apprit que ce jeune homme avait quitté la localité pour ne plus y revenir et cette nouvelle produisit une telle impression sur l’intelligence de notre malade, que quelques jours-après elle fut atteinte d’un accès de manie qui ne dura que huit jours. Mme. P... revint rapidement à la santé et elle put se marier deux ans après cet accident, c’est-à-dire à l’âge de 23 ans. Elle a toujours vécu en bonne intelligence avec son mari et a deux enfants. Le premier accouchement se fit sans accidents ; la nière désira nourrir son enfant, qui a toujours joui d’une bonne santé.

Le deuxième accouchement s’était fait dans des .conditions analogues à celles que nous venons de signaler pour le premier. La grossesse n’avait présenté rien d’anormal et le travail de l’accouchement s’était accompli d’une façon très-naturelle ; la fièvre de lait était terminée et le retour des lochies s’était effectué, lorsque tout-à-coup , sans pouvoir en connaître la cause , la malade se trouva en proie au délire dont nous avons indiqué les principaux caractères au début de cette observation.

État de la malade dans l’asile. — Pendant quinze jours environ, la malade fût • très-agitée : elle criait à en perdre la voix, déchirait ses habits et se mettait à grim-

per sur les arbres de la cour , dès que la gardienne qui était chargée de la surveiller la quittait un instant. Les nuits étaient très-mauvaises, et on dut faire coucher Mme. P. dans une chambre particulière, car sa présence dans un dortoir n’était pas tolérable pour les autres malades.

L’état physique laissait aussi beaucoup à désirer : on constatait une maigreur assez considérable, les traits de la face étaient tirés, les yeux enfoncés, les narines étaient sèches, les lèvres couvertes de fuliginosités, la langue avait un aspect noirâtre au centre et très-rouge sur les bords. En somme, on se trouvait en présence d’un état adynamique assez profond.

Le traitement institué dès l’arrivée dè la malade à hasile a consisté à modifier l’état général, et nous pouvons dire qii’il a dépassé nos espérances.

Vin de quinquina 100 grammes par jour ; fer réduit par l’hydrogène 0,25 centigrammes à prendre chaque jour, au moment du repas.

Pour combattre l’état de paresse du tube digestif, on a donné de temps en temps de l’eau de Sedlitz — un verre chaque matin. Potion : chloral, 1 gramme, le soir en se couchant ; bains et affusions froids sur la tête

Après ce traitement, qui dura une quinzaine de jours environ, une amélioration se produisit au point de vue physique : la malade devint plus tranquille. Un mois et demi après son arrivée, elle commençait à travailler et se souvenait de ce qu’elle avait fait quand elle était agitée.

Après trois mois de séjoiçr dans l’asile, Victorine P... retournait chez elle, sinon complètement guérie, du moins beaucoup améliorée.

D’après les renseignements qui nous parviennent à l’heure où nous écrivons ces lignes, Mme. P... se porte très-bien et n’a plus de son affection que le souvenir.

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