OBSERVATION III
Manie avec érotisme. — Guérison.
Mme. A. R., de Gallargues, âgée de 28 ans, d’une bonne constitution, est douée d'un tempérament lymphatique et présente un engorgement des ganglions cervicaux: elle n’a jamais eu d’autres maladies sérieuses.
Antécédents héréditaires. — La grand’-mère maternelle de la malade est nerveuse, très-impressionnable et migraineuse. Son père est d’une originalité poussée jusqu’à l’extravagance : esprit fort, sceptique et contradicteur, il ne fait rien comme les autres. La grand’-mère paternelle a présenté aussi pendant sa vie une bizarrerie de caractère très-manifeste : elle ne pouvait vivre en bonne intelligence même avec ses enfants.
Antécédents personnels. — Mme. A. R. est douée d’une imagination vive et. ardente : jeune fille, elle était habituellement rêveuse et mystique, aimant à s’occuper de lectures philosophiques. Elle recherchait la discussion et s’animait facilement ; son éducation était supérieure à sa position et surtout à son entourage. Aussi vivaitelle presque séparée des autres jeunes filles de son âge ; elle se plaisait dans la solitude et l’on peut dire qu’elle s’est fait elle-même son éducation. Elle s’est mariée à l’âge de 27 ans et a quitté le village pour aller habiter Paris.
La grossesse n’a rien présenté de saillant et a été relativement bonne. Il convient cependant de noter une hémorrhagie considérable, survenue vers le sixième mois et qui céda aux moyens ordinaires.
L’accouchement a été naturel et n’a présenté rien de particulier à noter. Mais, le
dixième jour après l’accouchetpent, les symptômes de folie se sont déclarés brusquement au milieu de la nuit.
Le 1®’^ février 1878, à une heure du matin., le médecin fut appelé auprès de Mme. A. R. Il trouva cette jeune femme assise sur le lit, les yeux égarés et dans un état d’exaltation extraordinaire. Tel fut le début de la maladie.
La folie de la dame R. était caractérisée par une exaltation excessive de l’imagination et une aberration complète du seiis moral : la malade oubliait parfois complètement les règles de la décence qui conviennent à son sexe ; elle se découvrait, se livrait aux actes érotiques les plus excentriques et insultait sa mère, en employant des termes bien peu parlementaires.
D’autres fois, elle faisait un sermon véritable et insistait pour qu’on Técoutât jusqu’au bout ; c’étaient des dissertations à perte de vue sur la médecine et la philosophie. D’autres fois encore, elle se croyait la reine de je ne sais plus quel empire. Elle fit revenir son mari de Paris pour le sacrer roi, et le lendemain elle ne pouvait pas tolérer sa présence. Elle se perchait sur la fenêtre la plus élevée de sa maison, chantant et déclamant ; il était ijn’possible d.e la faire descendre de ce trône improvisé, sans prendre de grandes précautions.
Dans cette situation, d’esprit, elle n’obéissait jamais à ses parents et elle était insensible à leurs menaces aussi bien qu’à leurs flatteries. Cependant, au plus fort de son délire, elle accueillait le médecin avec joie et le prenait pour juge des débats élevés entre elle et ses parents.
Tous ces phénomènes se déroulaient sans que le pouls accusât la moindre fréquence.
Enfin, la malade s’en alla convalescente chez une parente près de Montpellier : la folie avait duré près de deux mois. Elle revint bientôt à Paris ; nous la vîmes partir, et tout dans sa démarche et dans ses allures trahissait les troubles qui avaient occupé son cerveau. Cependant son étal était relativement satisfaisant et on pouvait prévoir une guérison prochaine. Eh effet, nous l’avons revue il y a un mois, elle était calme et raisonnait parfaitement. 11 n’est resté qu’un peu d’anémie.
Comme traitement, on s’est borné à combattre les symptômes , contre son état anémique, le fer sous forme de pilules Blaud et rhubarbe.
-Masse pilülaire de Blaud fraîche ... 0,15 centigrammes )
Rhubarbe en poudre. 0j05 — | pour une pilule.
Augmenter jusqu’à huit par jour : quatre le matin et quatre le soir. Quinquina, perchlorure de fer.
Perchlorure de fer. 15 gouttes
Eau... 30 grammes
mutin et soir ; une lasse de lait après. — Pour combattre l’agitation, affusions froides sur la tête.