‹ Etude sur la folie puerpéraleChapitre 3 sur 17 · HISTORIQUE · texte numérisé non relu

HISTORIQUE

Les anciens décrivaient sous le nom de phrenitis ou de phrénosique, toutes les maladies dans^ lesquelles il y avait du délire. Cette phrase suffit, croyons-nous , pour prouver combien on connaissait peu , à cette époque, les-maladies nerveuses , et Hippocrate est complètement dans la confusion lorsqu’il étudie cette classe de maladies.

Les troubles psychiques que l’on observe chez les femmes en couches n’échappaient pas pourtant à l’esprit investigateur du Père de la médecine, et dans son troisième livre des Épidémies , il consacre un passage-assez long à l’étude de l’étiologie du délire chez les nouvelles accouchées.

Pour cet auteur, la manie puerpérale serait provoquée par la suppression des lochies et par une congestion de sang dans les mamelles ; doctrines sur lesquelles le monde médical a vécu pendant près de deux mille ans.

Celse, Arétée de Cappadoce n’ajoutèrent rien aux descriptions données par Hippocrate.

Les progrès que Galien et son éèole firent faire à l’anatomie et à la physiologie n’éclairèrènt pas d’un jour nouveau l’étude de l’aliénation

mentale, et à ce moment, il n’y avait qu’une seule cause qui fût regardée comme essentielle dans la production de la folie : c’étaient les changements de quantité,-de qualité et de position de la bile dans l’organisme.

A partir de cette époque, les sciences psychologiques tombèrent dans la défaveur la plus grande et leur étude ne fut reprise sérieusement qu’au dix-septième siècle.

Tout le monde sait de' quelle manière fut comprise la folie pendant tout le moyen-âge, et les châtiments barbares auxquels furent soumis les insensés pendant cette longue période, démontrent malheureusement d’une façon trop convaincante combien étaient peu scientifiques les idées qui avaient cours sur l’aliénation mentale. « La croyance aux démons , dit Flemming ( 1 ), domine pendant plusieurs siècles toutes les imaginations; les couvents qui couvricent l’Europe entière, contribuèrent à propager cette croyance superstitieuse, et les moines qui prêchaient la crainte du diable y croyaient réellement eux-mêmes et le craignaient plus que les autres. » On comprend, dès-lors, comment l’observation des maladies mentales , non-seulement fut séparée de la médecine , mais absolument soustraite aux méditations des savants.

Comme nous le disions plus haut, il nous faut arriver au dix-septième siècle pour avoir des descriptions scientifiques de la folie puerpérale : ici nous allons nous trouver en présence des différentes doctrines qui ont occupé si longtemps et qui agitent encore le monde médical. Suivant que nous aurons affaire à des auteurs iatro-mécaniciens , iatro-chimistes , humoristes , etc., nous verrons le même fait interprété d’une façon toutà-fait opposée ; mais les symptômes , la marche de la maladie n’en sont pas moins étudiés sérieusement, et par suite des progrès réalisent.

L’étiologie de la folie puerpérale a été étudiée avec beaucoup de soin, et voici, d’après Weill (2), les causes qui ont été invoquées par les différents auteurs, comme pouvant provoquer des troubles cérébraux chez les nouvelles accouchées :

(1) Flemming, Path. et thérap. des maladies mentales.

(2) Weill, Considérations générales sur la folie puerpérale; thèse de Strasbourg, 1851.

1“ Engorgement des mamelles;

2“ Rétention des secondines ; '

3° Acreté des humeurs ;

4° Dépôts laiteux dans le cerveau ;

5“ Métastase lochiale ;

6“ Excitation nerveuse ;

7° Douleurs violentes du travail ;

8° Congestion cérébrale et anémie.

Toutes ces causes , comme d’ailleurs nous le verrons dans notre chapitre étiologie, peuvent avoir une certaine action dans la production de la folie puerpérale ; mais, ce qu’il est intéressant de remarquer au point de vue historique, c’est que la plupart des auteurs qui ont travaillé à cette question n’ont examiné qu’une ou un nombre restreint des causes que nous venons d’énumérer, et leur ont fait jouer un rôle primordial dans la production de l’affection qui nous occupe.

Avec Mercatus (1570), Zacutus Lusitanus (1640), Sydenham (^1683), Van-Swiéten, la théorie' hippocratique est reprise. D’après ces auteurs , la suppression des lochies et de la sécrétion mammaire seraient les causes de la folie puerpérale, en allant former un dépôt dans le cerveau.

A la fin du dix-septième siècle, la théorie hippocratique perd de sa faveur pour faire place à la métastase laiteuse. Ainsi, pour Sennert (1631), ce sont des humeurs viciées, accumulées pendant la grossesse, qui se répandent dans l’organisme, surtout vers le cervau, au moment de l’accouchement, et qui provoquent des perturbations intellectuelles. La même théorie se trouve en partie reproduite par Bordeu (1770) et Leroy, de Montpellier (1771).

Daguin, et enfin Doublet, qui est le premier médecin français qui ait • publié un travail sur la fièvre puerpéraledéveloppent aussi des idées analogues.

Puzos (1686), dans un mémoire sur les dépôts laiteux, a cherché à démontrer mécaniquement l’action de ces dépôts sur le cerveau. « La compression , dit-il, qui fait obstacle à l’action mécanique du cerveau ,

produira la démence, et la tension excessive des fibres, rendant cette même action trop vive, causera la folie (1) ».

Tissot, dans un Traité des maladies des nerfs, publié en 1778 , fait jouer un rôle assez’ important à l’anémie provoquée par la grossesse, comme cause de folie.

Parmi les nombreux auteurs que nous venons de citer, nous n’en voyons aucun chercher à appuyer les idées qu’ils avancent par des faits d’anatomie pathologique.

C’est à Chaussier et Bichat (1801) que revient l’honneur d’avoir démontré qu’il n’existait pas de lait épanché dans l’abdomen des femmes mortes de fièvre puerpérale, et qu’il n’en existait pas davantage dans le cerveau des nouvelles accouchées mortes aliénées.

A partir de cette époque, de nombreux travaux sont faits sur la puerpéralité, et pendant les.'dix premières années du dix-neuvième siècle, la doctrine de Bichat est admise par la plupart des médecins.

Nous arrivons maintenant à la période contemporaine, et nous mentionnerons simplement, sans les discuter, les principales opinions qui ont été émises sur l’état puerpéral. Noua dirons cependant, avec Trousseau , que les efforts considérables que l’on a tentés pour décrire l’état puerpéral , n’ont abouti qu’à montrer combien est étendue , variée, la pathologie de la femme récemment accouchée (2). Ainsi, pour Dance et Duplay, c’est la phlébite utérine qui est la seule cause essentielle dans la production des accidents puerpéraux ; c’est l’angioleucite utérine , au contraire , que Cruveilhier incrimine.

La théorie de l’inflammation compte parmi ses principaux partisans, Cazeaux, Beau, Velpeau, etc., tandis que celles du traumatisme puerpéral et des plaies exposées sont soutenues par West et Jules Guérin.

Nous voyons également s’ouvrir de longues discussions au sujet de l’idée d’une fièvre pqerpérale essentielle, ainsi que la croyance à un empoisonnement puerpéral.

(1) Puzos, 3e Mémoire sur les dépôts laiteux.

(2) Trousseau, Clinique médicale, t. III.

Enfin, nous terminerons ce chapitre, en désignant parmi les auteurs modernes qui se sont le plus particulièrement occupés de l’étude de la folie puerpérale: Esquirol, qui dans son immortel Traité des maladies mentales décrit longuement les troubles psychiques des nouvelles accouchées et des nourrices ; — la thèse inaugurale de Weill, — le traité classique de Marcé sur la folie des femmes ''enceintes, — et l’ouvrage d’Hervieux sur les maladies puerpérales.

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