MARCHE
La folie puerpérale a, comme toutes les maladies, une période d’augment, d’état et de déclin. Ces trois stades sont loin d’offrir une marche régulière. Chaque malade a son cachet ; toutefois, on peut dire d’une manière générale, que la période d’augment est très-courte, surtout dans la manie. Dans la lypémanie, il faut quelquefoisplusieurs semaines avant que la maladie soit parfaitement constituée.
La période d’état a une marche également très-irrégulière ; mais il est cependant assez facile, dans la plupart des cas, de juger approximativement cette partie de la maladie, si l’on connaît parfaitement l’histoire hygide et pathologique du sujet que l’on a à traiter. Ainsi, une malade surlaquelle ne pèse pas une hérédité puissante et qui n’a pas de diathèse, guérira en général d’un premier accès de manie puerpérale. Il est loin
d’en être de même, si l’on se trouve en présence d’une femme qui a eu plusieurs accès d’aliénation mentale ; la question est beaucoup plus douteuse, et ce qui est à peu près certain, c’est que l’accès actuel sera plus long que les accès antérieurs. Une lypémaniaque guérira plus difficilement qu’une maniaque; mais, en revanche, un rétablissement sera plus complet et une rechute moins à craindre.
Lorsque les malades entrent en convalescence, on voit, petit à petite l’agitation devenir moins intense, et en même temps les différents organes reprendre leur fonctionnement habituel. Des malades qui avaient été violentes pendant leurs accès, qui déchiraient et brisaient tout ce qui leur tombait sous la main, sont maintenant timides, douces, baissent les yeux lorsqu’on leur parle et rougissent dès qu’on fait allusion à leurs extravagances.
Pendant les périodes d’état, les pertes subies par l’économie sont plus considérables que les gains, et pourtant les fonctions digestives, surtout chez les maniaques, s’accomplissent généralement très-bien. Certaines malades mangent avec avidité tous les aliments qu’on leur présente; mais cela ne les empêche pas de maigrir, et l’on doit prescrire‘un régime tonique et reconstituant, si o*n ne veut pas voir certaines femmes tomber dans un épuisement qui peut les conduire jusqu’à la phthisie.
A oe point de vue, le séjour de cette catégorie de malades dans un asile d’aliénés est une garantie certaine pour l’avenir : tandis que, chez elle, la pauvre folle gouvernait en maîtresse et bravait les volontés de son entourage , ici, au contraire, il faut avant tout obéir aux ordres intelligents du médecin. Combien, hélas ! n’avons-nous pas vu de malheureuses aliénées devenir incurables, par cette fausse idée qui règne encore dans nos pays, et qui considère la présence d’une malade dans un asile comme une honte qui doit rejaillir sur la famille entière !
Qu’on nous pardonne cette digression; mais nous serions heureux si notre voix pouvait être entendue, et si les masses pouvaient enfin se rendre à cette idée, que la folie ne diffère en rien des autres maladies, et que, comme elles, on peut l’améliorer, la guérir..
Habituellement, la peau des malades est sèche et chaude ; cependant,
un thermomètre placé dans le creux axillaire, n’accuse pas une élévation de température bien considérable : 37"5, 37°8 en moyenne.
Le pouls bat 80 à 90, et est ordinairement plein et rebondissant.
La maladie se termine en général chez les malades incurables par la démence, le délire aigu, la méningite, par la production de gangrène pulmonaire, de troubles cardiaques, etc.