PRONOSTIC
De tout le cadre nosologique, c’est la classe des vésanies qui est entachée du pronostic le plus défavorable; mais, dans cette grande classe, nous trouvons des divisions et des subdivisions. Ainsi, si la démence et toutes les aliénations mentales qui sont caractérisées par un affaiblisse- , ment radical des facultés intellectuelles sont incurables, d’autres peuvent avoir une issue favorale : la folie puerpérale entre dans ce dernier cas. La guérison en est la terminaison la plus ordinaire, l’incurabilité et la mort en sont l’exception. La durée de la maladie est en moyenne de deux à trois mois; exceptionnellement, elle peut atteindre, dans les cas de guérison, vingt et vingt-quatre mois.
Marcéa noté sur 26 malades 20 guérisons chez des maniaques. Esquirol, sur 92 malades atteintes de folie puerpérale, a rencontré 6 cas de mort; le docteur Webster, 5 cas de mort sur 111 ; Burrow, 10 morts sur 57. Mais ces auteurs, qui parlent de délire aigu, de folie passagère, paraissent avoir confondu, dans certains cas, le délire fébrile avec la folie puerpérale. Quant à nous, tous les cas que nous avons observés ont eu une issue heureuse, et nos informations dans les divers asiles nous permettent d’affirmer d’une façon générale la bénignité du pronostic.
Mais, si le pronostic n’est presque jamais grave, si même il ne l’est peut-être jamais quand il a vraiment son point de départ dans l’état puerpéral, il est cependant nécessaire d’établir certaines distinctions. '
Nous avons d’abord des distinctions relatives au genre de folie: ainsi, le pronostic de la monomanie puerpérale serait de tous le plus favorable.
11 n’est grave qu’en raison des actes dangereux que peut commettre la malade. Celui de la stupidité est le plus grave. En outre, le pronostic devientjie plus en plus fâcheux, si la malade est atteinte d’hérédité : l’empreinte fatale de l’hérédité aggrave, en effet, le pronostic de toutes les maladies et rend, en allongeant sa durée, le traitement difficile ou même absolument inefficace.
Chez la malade qui n’a pas d’antécédents héréditaires ou chez laquelle l’hérédité n’est pas bien enracinée, on peut dire qu’un premier accès guérit toujours : Ls statistiques sont là qui le démontrent suffisamment; mais le pronostic devient beaucoup plus fâcheux, si la malade a eu plusieurs rechutes , si elle est plus âgée ou si elle touche l’âge de la ménopause. Tout le monde sait combien cette période de la vie de la femme est féconde en production de maladies mentales.
Le pronostic variera encore suivant les causes : l’anémie, la chlorose, les hémorrhagies abondantes, un état général mauvais aggravent le pronostic. De même, une malade se trouvant déjà sous l’influence d’une diathèse verra souvent safolie résister à tous les moyens : personne n’ignore, en effet, quelle tournure les diathèses donnent à la marche d’une maladie. Leur influence sur le pronostic est donc bien évidente et mérite d’être signalée.
Le médecin devra donc tenir compte de tous ces éléments morbides. pour établir son pronostic ; il ne devra pas négliger non plus ce qui a trait au sujet lui-même , le tempérament, la constitution, etc.
Enfin, il nous reste à .rechercher qùel est le sort des enfants quj naissent dans de semblables conditions ; quel est ultérieurement leur développement physique et intellectuel. Beaucoup d’entre eux viennent au monde morts-nés ou vivent très-peu; ceux qui survivent, d’après M. Bouchet, de Nantes, restent imbécilles ou au moins doués d’une intelligence incomplète. Aussi ce médecin s’élève-t-il fortement contre le mariage chez les aliénés.