ANATOMIE PATHOLOGIQUE
L’anatomie pathologique de la folie des femmes en couches est presque inconnue, et cela pour plusieurs raisons: d’abord, les auteurs ont peu insisté sur ce point; ensuite la bénignité de cette maladie n’a pas permis de faire beaucoup d’examens anatomiques chez les femmes filles, mortes de couches, lesquelles du reste sont presque toujours réclamées par les parents.
On n’a pas encore pu trouver, dans le cerveau des aliénés (si l’on en excepte la paralysie générale et l’épilepsie) de lésions constantes et caractéristiques des troubles de l’intelligence ; aussi les désordres que nous allons signaler sont-ils insignifiants et de peu de valeur.
Dans quelques observations de Selle, Puzos, Julius, Weill, Stoltz , où on a constaté une altération du cerveau ou des méninges, il est impossible de conclure à une lésion prédominante, susceptible par sa fréquence ou son importance de nous rendre compte des phénomènes observés pendant la vie.
Cependant notons un ramollissement du corps calleux, de la voûte et des pédoncules du cervelet, un épaississement de la dure-mère, une injection très-forte du cerveau et des méninges, une infiltration sanguine dans le canal vertébral ; dans «d’autres cas, la substance cérébrale était particulièrement dure.
On a signalé aussi (fait digne de remarque) l’éburnification des os du crâne, l’augmentation d’épaisseur de la boîte crânienne ( Rokitanoky, Ducrest, Moreau). Cette production anormale a été attribuée à la nutrition plus active déterminée par la gestation. Stoltz a observé, non plus des plaques, mais une sorte de cristallisation, de véritables stalactites qui avaient nécessairement comprimé, irrité la substance cérébrale.
Du côté du sang, on a cru reconnaître les caractères d’une véritable dissolution ; on a vu se former une couenne assez forte, qui se détachait facilement.
L’analyse a fait voir une diminution des éléments protéiques et en
même temps une quantité moins considérable des principes salins. L’urine présente parfois de l’albumine, des phosphates, urates alcalins (Byasson).
D’après Lallemand, le délire serait dû à une inflammation du cerveau, exempte de complications.
On a trouvé aussi souvent un épanchement péritonéal abondant. Chez les lypémaniaques, en particulier, on a observé un rétrécissement de f estomac ; cet organe n’est plus coloré par l’injection des capillaires , il est atrophié, ratatiné; la vésicule du fiel est remplie d’une bile très-noire, et la rate, les vaisseaux mésentériques contiennent un sang dont la couleur est très-foncée. Dans d’autres cas, on constate des troubles du côté des organes génitaux : ulcérations, déchirures du col, procidence, version, etc. ; la matrice dilatée, flasque; les ligaments larges et la partie du péritoine qui recouvre l’utérus paraissent enflammés.
Que conclure de tout ce qui précède, sinon « qu’il n’y a rigoureusement rien de particulier qui puisse faire reconnaître la cause matérielle de l’aliénation ni en faire découvrir le siège » (Esquirol).
Lorsque la mort arrive à la suite de troubles pulmonaires, cardiaques, etc., on trouve alors des'tubercules, de lagangrène pulmonaire, fréquente chez.les aliénés, etc., et dans les cas de délire aigu ou de méningite, les lésions classiques de ces maladies.