CHAPITRE XVII
Histoire de la .Maçonnerie
Pour prt^parér les voies à une l)rève exposition de Ihisloire de la Maçonnerie, nous ne saurions mieux faire que de rapporter ce qu'écrit sur le même sujet le F.-. Mackey. On ne laccusera certainement pas de prévention et de partialité.
« C'est l'opprobre de la Franc-Maçonnerie, dit-il, que son histoire n'ait jamais été écrite dans un esprit de vérité critique ; que toutes les recherches relatives à celle histoire reposent sur la crédulité et non sur l'esprit scientifique; que les jui^ements ont trop souvent été influencés par « les enchantements » de l'imagination ; que les chaînons manquants à la chaîne des preuves ont été fréquemment remplacés par ties inventions gratuites, et que des choses de la plus haute importance ont été étourdiment appuyées sur des documents dont l'authenticité n'était pas prouvée' ».
C'est parler clair et net, et encore peut-on dire que le F.-. Mackey gaze les cho.ses, Ce qu'il appelle « invention gratuite » est appelé, sans euphémisme, par d'autres Frères, comme par tout le monde en général, une fourberie pure et simple.
« Et ceci, continue le Docteur, m'amène à poser cette importante question : Comment l'histoire de la Franc-Maçonnerie doit-elle être écrite pour mériter le respect de ses ennemis et s'assurer l'approbation et l'assentiment de ses amis? ».
« Tout d'abord, dit-il, nous devons commencer par une définition précise du mot Maçonnerie. Si nous en faisons le synonyme de l'ranc-Maçonnerie, nous devons nous borner au récit des événements étroitement liés avec cette institution sous sa forme et organisation actuelle. Nous pouvons dire alors que la Maçonnerie a reçu une nouvelle organisation et a été restaurée au commencement du XVIII" siècle. Nous pouvons suivre la trace de cette Inslilulion sous une forme plus ancienne mais non dissemblable dans les guildes maçonnicpjes de l'Europe; dans les corporations de Tailleurs de pierre d'Allemagne ; dans les Francs-Maçons voyageurs du Moyen-
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âge, et la raf lâcher aux Collèges d'Architectes de Rome. Une histoire de ce genre ne manque pas de documents authentiques pour appuyer sa vérité ; et il n'y a aucune difficulté à attribuera l'Institution une respectable antiquité ».
Nous sommes d'accord en partie avec notre auteur lorsqu'il soutient que l'histoire de la Maçonnerie doit être en réalité l'histoire de la Maçonnerie et rien autre chose, et qu'elle doit, en conséquence, se confiner dans les événements qui sont étroitement liés à l'organisation présente de l'institution. Mais nous ne saurions lui accorder, jusqu'à plus ample informé, et nous refusons purement et simplement de croire qu'il puisse, à l'aide de documents authentiques, retracer l'histoire de la Maçonnerie moderne, comme il l'a fait. Pour cela, en effet, il ne suffît pas de trouver, aux différentes époques, différents corps d'architectes et de maçons, ni que ces architectes et ces maçons soient des architectes et des maçons religieux, ni qu'on remarque chez eux une certaine organisation; il faut prouver beaucoup plus : il faut prouver que ces différents corps d'ouvriers étaient religieux au sens Maçonnique du mot, et qu'eux seuls connaissaient « la vérité sur Dieu et sur l'âme humaine, la nature et l'essence de l'un et de l'autre » ; qu'ils étaient seuls à connaître et à pratiquer « la vraie morale » ; et que leur vérité divine et leur morale étaient identiques à la vérité et à la morale maçonniques. Tant que ces points n'auront pas été établis avec évidence (et ce sont en l'espèce les points essentiels), les prétentions de la Maçonnerie à une haute antiquité ne sauraient être reçues au tribunal d'une critique impartiale. Pour ne pas trop éplucher l'article du Dr. Mackey, contentons-nous ici d'exposer ce dont la Maçonnerie doit faire la preuve, et renvoyons pour une plus ample discussion à la dernière partie de notre chapitre.
« Mais, si nous confondons la Maçonnerie, dit le Docteur, avec la Géométrie, avec l'Architecture ou avec la Science morale, nous mettons dans l'esprit de l'écrivain, aussi bien que du lecteur, une telle confusion d'idées qu'il n'en saurait sortir aucun résultat pratique. Et cependant, ce fut l'erreur qui domina chez tous les écrivains anglais qui se sont occupés de la Maçonnerie au dernier siècle et même, à peu d'exceptions près, chez ceux du siècle présent. A un moment donné, ils parlent de la Maçonnerie comme d'une institution mystique qui, avec ses formes alors existantes, était familière à leurs lecteurs ; bientôt après, que dis-je? à la même page, ils s'étendent longuement, tout en conservant le terme de Maçonnerie, sur les progrès de l'Architecture ou de la Géométrie, et peutêtre même sur la condition des vertus morales »'.