Ibid., p
2Ô8 HISTOIRE DE LA MAÇ^ONNERIE
tout écrivain maçjonnique admettait, sans hésiter, que la Maçonnerie y reçut sa première organisation ; que là, Salomon, Hiram de Tyr et Hiram Abif présidèrent en qualité de Grands Maîtres des Loges qu'ils avaient établies ; que là, les degrés symboliques furent institués ainsi que les systèmes d'initiation, et que, depuis cette époque jusqu'à nos jours, la Franc-Maçonnerie a traversé tranquillement le cours du Temps dans une succession ininterrompue et sous une forme toujours la même. Mais la méthode moderne de recherche historique a balayé cet édifice élevé par l'imagination, d'une main aussi brutale et d'un efîort aussi puissant que l'a fait le roi de Babylone démolissant le temple sur lequel tout cela reposait. Aucun écrivain soucieux de sa réputation d'historien critique ne voudrait essayer de défendre cette théorie. Cependant elle a fait son œuvre. Durant la longue période dans laquelle l'hypothèse tenait lieu de fait, son influence s'est exercée à couler la Maçonnerie dans un moule étroitement relié à toutes les particularités du temple de Salomon et aux événements dont il fut le théâtre. Si bien que presque tout le symbolisme de la Franc-Maçonnerie dérive encore aujourd'hui du « Temple du Seigneur » à Jérusalem. Entre eux, le lien est si étroit qu'on ne saurait essayer de les séparer l'un de l'autre sans compromettre l'avenir de la Maçonnerie. Chaque Loge est et doit être un symbole du Temple juif; chaque Maître sur son siège représente le roi juif, et tout Maçon personnifie l'ouvrier juif.
« Il en doit être ainsi, continue-t-il, tant que durera la Maçonnerie. Nous devons accepter les mythes et les légendes qui la rattachent au Temple, non pas certes comme des faits historiques, mais comme des allégories ; non pas comme des événements réels, mais comme des symboles, et nous devons prendre ces allégories et ces symboles pour ce que leurs créateurs ont voulu qu'ils fussent : comme les bases d'un système de morale ».
Tout cela est « mythe, fable, construction de l'imagination et fiction )), et pourtant cela a été enseigné et accepté comme autant de faits « durant une longue période » par tous les écrivains maçonniques ; et c'est sur cette fiction, sur ce mythe, sur ce mensonge qu'est fondée la morale maçonnique. Je dis « mensonge »,car donner sciemment un mythe pour un fait, c'est mentir; et si la grande majorité des écrivains maçonni(jues y ont été trompés euxmêmes, et s'ils ont été les victimes plutôt que les auteurs de celte fraude, on n'en peut dire autant des inventeurs et de ceux qui les premiers enseignèrent ce qu'ils savaient être faux.
La légende d'Euclide vaut juste autant que la précédente. Toutes
les anciennes Constitutions manuscrites, dit le Dr. Mackey*, contiennent la légende bien connue d'Euclide,dont le nom de «Worthy Clerk Euclide » {Digne Clerc Euclide) s'y trouve altéré de toutes les manières imaginables. Entre ces vieux mémoires, je choisis ce qu'on appelle le « Dowland Manuscript » {Manuscrit Dowland), d'où est dérivée la forme de cette légende d'Euclide chezjles] vieux Maçons. Le manuscrit Dowland, quoique écrit [évidemment au XVIII* siècle, est considéré par des gens compétents comme une copie en style moderne et plus intelligible d'un manuscrit plus [ancien, de l'année 1530. Et c'est parce qu'il est plus facilement .intelligible des lecteurs modernes que je l'ai choisi de préférence à d'autres mémoires plus anciens, quoique, dans tous, la légende soit au fond la même. La légende est énoncée en ces termes «.J Le'lecteur me permettra de moderniser l'orthographe et de changer un mot ou deux pour rendre le récit plus intelligible.
« Lorsque Abraham se rendit en Egypte avec Sara, son
épouse, il enseigna aux Egyptiens les sept Arts ; là, il eut un disciple remarquable nommé Euclide, qui s'instruisit parfaitement bien et enseigna à son tour les sept Arts libéraux. Et, en ces jours, il arriva que le souverain et les grands du royaume eurent un grand nombre d'enfants, soit de leurs femmes, soit même d'autres dames dudit royaume, pour ce que le pays est chaud et très prohfique. Et ils n'avaient pas les moyens sufïîsants d'entretenir leurs enfants, et ce leur était à grand souci. Et alors le roi du pays tint un grand conseil et un parlement pour découvrir le moyen d'élever honnêtement les enfants, ainsi qu'il convient .à des gentilshommes. Et ils n'en purent trouver aucun de satisfaisant. Et alors ils firent publier par tout le royaume que si quelqu'un pouvait leur en enseigner un, il n'avait qu'à se présenter, et que, pour sa peine, il recevrait une récompense honnête ».
Euclide répondit à leur appel. « Et alors cet homme eminent prit avec lui les enfants des seigneurs et leur enseigna, avec la géométrie pratique, toutes les manières de travailler la pierre pour construire églises, temples, châteaux, tours et manoirs, et en général toute sorte de bâtiments
« Et ainsi la science fut implantée en ce pays, et l'excellent Maître Euclide lui donna le nom de Géométrie. Et maintenant, dans tout ce pays, elle s'appelle Maçonnerie ».
« Cette légende, explique le Dr. Mackey, considérée historiquement, est tout à fait absurde, et l'anachronisme qui fait d'Euclide