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L'histoire maçonnique de ce temps, telle que la retrace le Fr.-. Pike *, n'a rien de bien flatteur pour la Fraternité. « La Maçonnerie, dit-il, s'égara longtemps dans l'erreur. Au lieu de se perfectionner, elle dégénéra de sa simplicité première, et rétrograda vers un système dénaturé par la stupidité et l'ignorance, qui, au lieu de construire un beau mécanisme, en fit un plein de complication. Il y a moins de deux cents ans, son organisation était simple, et tout à fait morale, ses emblèmes, ses allégories, ses cérémonies faciles à comprendre, le but et l'objet en étaient aisés à voir. Elle était alors limitée à un fort petit nombre de grades. Ses constitutions étaient semblables à celles d'une société d'Esséniens, écrites au premier siècle de notre ère. On pouvait y voir le Christianisme primitif, organisé en Maçonnerie, l'Ecole de Pythagore débarrassée de détails incongrus ou absurdes; une Maçonnerie simple et significative, où il n'était pas besoin de se mettre l'esprit à la torture pour découvrir des interprétations raisonnables ; une Maçonnerie à la fois religieuse et philosophique, digne d'un bon citoyen et d'un philosophe éclairé ».
Et il reprend : « Les innovateurs, les inventeurs bouleversèrent cette simplicité primitive. L'ignorance se lança dans la création de grades ; des bagatelles, des riens, de prétendus mystères, absurdes ou hideux, usurpèrent la place de la vérité maçonnique. La description, le tableau d'une horrible vengeance, le poignard, la tête ensanglantée, voilà ce qu'on vit dans le paisible Temple de la Maçonnerie, sans qu'on en expliquât d'une manière satisfaisante la signification symbolique. Des serments absolument disproportionnés avec leur objet choquèrent le candidat ; dès lors ils devinrent ridicules, et furent un objet de dédain. Les acolytes furent soumisàdes épreuves, obligés d'accomplir des actes qui auraient été abominables, s'ils avaient été réels, mais qui, n'étant que de pures chimères, semblaient absurdes, et ne produisaient d'autre effet que de provoquer le mépris et le rire. On inventa huit cents grades d'une nature ou d'une autre ; on enseigna l'incrédulité, et même le jésuitisme sous le masque de la Maçonnerie. Les rituels de grades dignes de respect, copiés et mutilés par des ignorants se transformèrent en œuvres de sottise et de trivialité ; les mots en furent si corrompus qu'il a été impossible jusqu'à ce jour d'en retrouver un grand nombre. L'on obligea les candidats à se dégrader euxmêmes, à subir des affronts qu'un homme intelligent et honorable ne supporterait pas ».
De là vint, reprend le Fr.*. Pike, que, dans la pratique, la partie
L Morals and Dogma, pp. 325, 326, 327.
la plus considérable des grades revendiqués par le Rite Ecossais Ancien et Accepté, et avant lui, par le Rite de Perfection, tombèrent en désuétude, furent simplement communiqués, et que leurs Rituels devinrent étriqués et insignifiants. Ces Rites ressemblèrent à ces vieux palais ou châteaux de barons, dont les dilTérentes parties construites à des époques différentes que séparaient des années, sur des plans et d'après des goûts qui avaient beaucoup changé, formaient un tout discordant et mal assorti. Le judaïsme et la chevalerie, la superstition et la philosophie, la philanthropie, la folie de la haine et du désir de vengeance, une morale pure, et une revanche injuste et illégale s'y rencontrèrent en un accouplement étrange, se donnèrent la main dans les Temples de la Paix et de la Concorde ; l'ensemble tout entier devint un mélange grotesque de choses incompatibles, de contrastes et de contradictions, d'extravagances choquantes et fantastiques, de détails qui blessaient le bon goût, de belles conceptions surchargées et défigurées par des absurdités qu'avaient fait naître l'ignorance, le fanatisme^et un mysticisme dépourvu de bon sens.
« Une pompe vide et stérile, dit-il encore, et qui d'ailleurs est impossible à réaliser, à laquelle on ne peut attacher aucune espèce de signification, des explications amenées de bien loin, et qui se rédui.^aient à autant de platitudes stupides ou qui avaient ellesmêmes besoin d'un interprète, des titres ambitieux, qu'on s'attribuait arbitrairement et auxquels leurs inventeurs n'avaient pas daigné attacher une explication qui pût les disculper d'avoir follement prétendu à une dignité temporelle, à du pouvoir, à des titres de noblesse, tout cela fit rire les gens et rougir l'Initié. »
La voilà, l'histoire de la Maçonnerie, écrite par un des plus grands interprètes, un de ses admirateurs les plus profonds. Et que dire des Maçons qui pendant toutes ces années ont confié leurs ames,-4eurs destinées éternelles à l'ignorance, ù la superstition, à des mystères hideux ou absurdes, à des serments révoltants, à une haine folle, au fanatisme, à un scepticisme absurde et même à l'incrédulilé ? Lise/, l'acte d'accusation dressé par le P^r.-. Pike, et jugez de la pureté des canaux par lesquels la religion et la moralité primitive de notre race sont parvenues jusqu'à notre époque !
Voilà, lésumée brièvement, l'histoire de la Maçonnerie. "Grâce à lu douzaine d'origines que ses discii)les lui attribuent, il n'est pas étonnant qu'elle soit restée dans les ténèbres de l'ignorance au sujet (le ses ancêtres. Adam et Selli, et Enoch, et Noé, et Salomon, et Iliram, et Euclidr. et Pythagore, sont, comme ^L^çons, des personnages |)urein('iil niylliiques.
La Maçonnerie moderne a pour mère l'année 1717. 11 existait probablement quelques Loges avant cette date, bien qu'on n'y distinguât point les grades qui sont en usage aujourd'hui. A la vérité, elle contenait le germe du Naturalisme, cultivé parmi les festins de taverne et de comptoir; mais, pour se développer en Angleterre, ce germe dut attendre l'époque de Preston et de Hutchinson, de même qu'il lui a fallu grandir sur le continent avant d'y produire les hauts grades.
La Maçonnerie est. en réalité, la renaissance du mysticisme païen, l'application religieuse des principes des humanistes qui tentèrent de ramener le monde aux époques païennes. Organisée en x\ngleterre, elle se répandit rapidement sur le continent européen et dans les colonies d'Amérique, vraiment une par l'esprit, une dans le projet que nourrissaient les cœurs et les intelligences des Maçons ésotëriques, c'est-à-dire de défaire ce que l'Eglise catholique avait fait dans le monde.