Encyclopœdia. p
la Maçonnerie est bien une religion. Toutes ses cérémonies, ses symboles, ses allégories enseignent distinctement la doctrine maçonnique religieuse et ses pratiques, et rien de plus. Tout cela a été ins" titué expressément dans cette vue et enseigne tout ce qu'en matière de religion, un Maçon doit savoir ou pratiquer pour élever « l'édifice spirituel de sa vie éternelle ». Ce sont là des caractères distinctifs de la Maçonnerie, qui ne s'appliquent (juà elle. Or, des vérités religieuses, des pratiques complètes en matière de religion et particulières à une institution religieuse constituent bien, dans tous les sens du mot, une religion distincte.
« De plus, dit le Dr. Mackey.la Maçonnerie sous toutes ses formes est marquée au coin d'un véritable esprit de dévotion. Nous ouvrons et fermons nos Loges par la prière ; nous appelons la bénédiction du Très-Haut sur tous nos travaux; nous exigeons de nos néophytes une profession do foi confiante dans l'existence et la providence de Dieu ; et nous leur apprenons à se courber avec humilité et révérence en ententlant prononcer son nom terrible, tandis que sa loi sainte est largement exposée sur nos autels. La Franc-Maçonnerie est ainsi identifiée à la religion, et, quoique un homme puisse être éminemment religieux sans être Maçon, il est impossible qu'un Maçon soit « sincère et digne de confiance » vis-à-vis de son Ordre, s'il n'a pas le respect de la religion et s'il n'en observe pas les principes ».
Qu'entend le Dr. Mackey, en disant qu'un homme peut être éminemment religieux sans être Maçon? Veut-il dire qu'on peut avoir une idée de Dieu éminemment vraie sans être Maçon ? Qu'on peut avoir une idée éminemment vraie de la nature et de l'essence de Dieu et de l'àme humaine sans entrer dans la Maçonnerie? Qu'un homme peut pratiquer à un degré eminent la vraie morale qu'enseigne la Maçonnerie el cependant ne pas participer à la lumière maçonnique qui, en fait, n'a pas « été créée dans le chaos de .son esprit » ? Si l'on peut être « éminemment religieux » selon la vraie religion de la Maçonnerie sans entrer dans son sein, toutes les réclamations qu'elle fait entendre en faveur de son illumination n'ont aucune raison d'être; c'est à quoi le Dr. Mackey ne peut con.sentir. Il faut admettre alors que les mots ' êmineumieiil religieux » signifient, comme ils doivent évidemment le faire, l'éminence dans l'erreur (car pour la Maçonnerie, nous le savons, tout ce qui est hors de son sein est l'erreur). Nous imaginons que nos bons profanes éminemment religieux ne vont |>as remercier le Dr. Mackey de son compliment plus que douteux.
« Mais, conclut notre auteiir la religion de la Maçoimerie n'est pas sectaire. Elle donne asile dans son sein hospitalier aux lidèles
de toute religion, n'en rejetant ni n'en approuvant aucun en raison de sa foi particulière. Elle n"est pas le Judaïsme, quoiqu'elle ne contienne rien qui puisse offenser un Juif; elle n'est pas le Christianisme, quoiqu'il n yail en elle rien qui répugne à la foi du chrétien. Sa religion est la religion générale de la nature et celle de la révélation primitive qui nous a été transmise par quelque ancien collège sacerdotal — à laquelle croient tous les hommes, et dans laquelle ils ne peuvent pas ne point s'entendre. Elle inculque le principe de praliquer la vertu, mais elle ne fournit aucun système de rédemption pour le péché. Elle montre à ses disciples la voie du bien, mais elle ne prétend pas être « la voie, la vérité et la vie ». Elle ne peut donc p.is être substituée au Christianisme, mais elle y mène ; et, comme elle est la servante de la religion, elle peut remplir, ainsi qu'elle le fait souvent, le rôle du porche de l'église, qui introduit les élus dans le temple de la vérité divine.
« C'est alors que la Mai^onnerie est vraiment une institution religieuse ; et c'est sur ce point surtout, sinon uniquement, que le Maçon religieux peut Taffirmer ' ».
Nous avons déjà considéré la Maçonnerie comme servante de la religion ; par cet hymne que le Dr. Mackey a dû souvent chanter avec ses Frères dans l'enceinte de la Loge, vous allez juger à quel point il croit à cette théorie:
Salut ! divine Maçonnerie, Brille, gloire des siècles 1 Puisses-tu régner longtemps 1 Que partout où seront tes Loges Leurs ordres soient souverains ; Qu elles soient toujours l'ornement du pays. Tu es divine .' '
Cet hymne fait partie du rituel, et se nomme le chant du <( Maître Mark ». L'absurdité qu'il y aurait à admettre qu'une servante puisse « i"égner » est trop évidente pour que tout commentaire ne soit superflu ; et que dirons-nous des mots « divine maçonnerie » appliqués à « la servante » ?