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L'ANCIENNE FRONTIÈRE ENTRE LA FRANCE ET LA SAVOIE

L'ancienne frontière entre la France et la Savoie a subsisté de 1601 jusqu'en 1860, sans autres modifications que des échanges de territoires opérés en 1760 dans le but de donner à

chacune des puissances limitrophes la possession de Tune des rives du Rhône. Cette frontière conserve encore aujourd’hui son intérêt au point de vue militaire, parce qu’elle n’est autre que la ligne de défense du Rhône et du Dauphiné.

Depuis le défilé du fort de l’Ecluse, dont nous avons indiqué la situation, la limite suivait le cours du Rhône, dont la direction est à peu près parallèle à la courbure de la chaîne des Alpes.

Le fleuve, qui a un volume d’eau considérable, coule rapide et fortement encaissé dans une sorte de couloir, semblable à toutes les vallées longitudinales du Jura. Il est côtoyé, sur la rive droite, par la route et par la voie ferrée de Genève à Lyon, qui sont souvent taillées dans les pentes de la montagne.

Bellegarde. — Le lit du Rhône se resserre audessous de Bellegarde jusqu’à n’avoir plus que quelques mètres de largeur, là où il disparaissait dans un canal souter rain qu’on a mis à découvert aujourd’hui pour- faciliter le flottage des bois. Le pont de Gresin m’est qu’une planche jetée en travers du cours d’<3au.

Bien que le Rhmne ne soit jamais guéable dans aucune saison, il faudrait des retranchements pour défen dre cette partie de son cours, en raison des fac alités qu’elle offrirait à un passage. C’est ce pohntqu’a choisi, en 1815, une colonne de l’armée autrichienne pour se porter de Genève sur Lyoi i.

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Seyssel. — Seyssel, où aboutit la roule la plus directe venant des Alpes par le bassin du lac d’Annecy, a un pont permanent et forme un point de passage important.

En 1700, la France, qui était maîtresse des deux rives du Rhône, songea à fortifier ce poste; on renouvela ce projet en 1720; mais à peine le travail était-il commencé qu’il fut abandonné.

ce Ce serait, dit le général Bourcet, auquel nous cc empruntons ces détails, une place très-bien « située ; elle s’approvisionnerait facilement au ce moyen du Rhône ; elle donnerait l’entrée en « Savoie et ôterait celle de la France aux en- « nemis par ce côté-là ; la circonvallation en ce serait extrêmement difficile, à cause des deux ce ponts qu’il faudrait jeÆer sur le Rhône. »

Par suite de l'ouverture des voies ferrées, le centre de la ligne de défense du Rhône se trouve transporté aujourd’hui à Culoz; mais Seyssel n’en serait pas moins, en c as de guerre, remplacement indiqué d’une tête de pont. Elle donnerait la liberté de manœuv. re et assurerait une ligne de retraite à l’aile gauc *he de l’armée des Alpes, chargée de couvrir la partie nord de la Savoie contre une agression v enant de la haute vallée de l’Isère. Cette tête c le pont aurait en outre l’avantage de couvrir les abords de Culoz du côté du nord, par où cette pc >sition importante paraît être plus facilement attaq uable.

Culoz et le molard de Vions, , *— A partir de

Seyssel, le Rhône redevient navigable, s’élargit jusqu’à occuper près de 1 kilomètre, et forme des îles à la hauteur de Culoz, où il est traversé par la voie ferrée allant de France en Italie. Du côté de la Savoie, il est digué et bordé de vastes marécages par lesquels il se déverse, en cas de crue considérable, dans le lac du Bourget. Au milieu de ces marécages, surgit la hauteur du molard de Yions, qui commande le débouché du chemin de fer, et d’où l’on battrait à bonne portée la sortie du canal de Savières, qui sert d’écoulement au lac du Bourget.

Ce poste serait utile à retrancher en cas de guerre ; il concourrait, avec celui de Chanaz, à s’opposer au passage du Rhôpe et à couvrir Culoz, qui a acquis aujourd’hui une grande importance stratégique comme nœud des voies ferrées de Genève et de Lyon.

Culoz est situé au débouché des gorges de l’Ak barine, par lesquelles on se porte sur Pont-d’Ain et sur Bourg en Bresse, où l’on rejoint les voies de communication qui. traversent le Jura aux défilés de Saint-Claude et de Nantua.

Après la sortie du canal de Savières, le Rhône, contenu sur la rive gauche par les têtes des contre-forts montagneux, qui forment comme autant de digues transversales, s’élargit et se resserre tour à tour ; son cours est obstrué de bancs de sable et d’îles boisées. Il pénètre ensuite dans un défilé sauvage, où il est réduit à un simple

canal formé par deux parois de rochers escarpés.

Picrre-Châtel. — La forteresse de Pierre-Châtel, qui n'était au moyen âge qu’un grand monastère crénelé, s’élève sur la rive droite, à 400 mètres d’altitude; plusieurs enceintes et terrasses, superposées en étages, couronnent tous les escarpements. Cette position commande l’ancienne route de Savoie en Bugey, qui franchit le Rhône an pont de la Balme.

Après ce défilé, le fleuve serpente librement entre des rives boisées ; arrivé au pied du château de Cordon, où il a dépassé l’extrémité des derniers contre-forts du Jura, il change brusquement de direction vers le nord-ouest, et coule jusqu'à Lyon au milieu d’une plaine qui n’offre plus aucun obstacle militaire important.

Le Guiers. — L'ancienne limite entre la Savoie et la France quittait le Rhône en face de Cordon et remontait le cours du Guiers, un de ses affluents, torrent fortement encaissé qui prend sa source dans le massif montagneux de la grande Chartreuse, près du château d'Entremont. Le Guiers est séparé du bassin de Chambéry et du lac du Bourget par l’arête escarpée du mont du Chat et de la montagne de l’Épine, qui a été occupée, comme ligne de défense, par le maréchal Suchet, en 4815. On ne la traverse que sur deux points : au nord, par le col du mont du Chat, dont l'échancrure profonde, au milieu d’une crête dentelée, frappe les regards du voyageur

qui parcourt la voie ferrée de Culoz à Aix-les- Bains ; au midi, par les défilés de la Grotte et des Échelles, où la route passe sous un tunnel pratiqué dans une paroi de rochers. Ces deux passages se prêtent à une défense facile; les autres ne sont que des sentiers à mulets.

Défilés de la Grotte et des Echelles . — Les défilés de la Grotte et des Échelles ont été, pendant bien des siècles, jusqu'à l’ouverture des voies de communication par Culoz et le mont du Chat, la véritable porte de la France sur cette portion de la frontière située entre le Rhône et l'Isère. Ils ont été disputés dans presque toutes les campagnes des Alpes, et ce serait encore aujourd'hui un poste utile à occuper en cas de guerre. Des Échelles, on peut se porter en effet sur Lyon par les encaissements du Guiers, et par la petite vallée de Saint-Laurent-du-Pont sur Voreppe, position située au bord de l’Isère, el qui est la clef de l’investissement de Grenoble du côté du Rhône.

Depuis les sources du Guiers, la ligne frontière descendait la falaise haute et escarpée qui termine les montagnes de la grande Chartreuse audessus de l’Isère, et elle coupait la riche et fertile vallée du Graisivaudan à la hauteur du fort Barraux, sur la rive droite, et des ruines de l’antique manoir de Bayard, sur la rive gauche. Elle remontait ensuite le torrent du Bredaz, et gagnait le faîte du rameau des Alpes, tout hérissé de pics

et de glaciers, qui va se rattacher, comme on Ta dit ailleurs, à la grande chaîne, par la haute sommité du mont Thabor.

La région du mont Thabor. — Ce dernier nœud de montagnes, remarquable au point de vue géographique, parce qu’il marque un changement de la courbure des Alpes et qu'il s’en détache des chaînons importants, offre également un intérêt militaire, parce qu’il domine les trois vallées de l’Arc, de la Durance et de la Doire- Suzine, et que dans sa région s’ouvrent trois passages qui mettent ces mêmes vallées en communication. Ce sont : le col du Galibier, dont nous avons déjà signalé le rôle dans la ligne de défense du maréchal de Berwick; le col de la Boue ; enfin le pas de V Echelle, situé au nord du mont Genèvre, sur la même chaîne, mais plus près du mont Thabor.

Ces deux derniers passages permettent de se porter, de la vallée de Briançon et de celle de la Maurienne, à la tête du vallon de Bardonnèche, où débouche, sur le versant italien, le nouveau tunnel des Alpes.

La région du mont Thabor commande ainsi la voie ferrée allant de France en Italie, au point où celle-ci franchit les Alpes, et son occupation, appuyée par les forteresses de Briançon et de Lesseillon, rend maître des communications des trois versants.

La frontière que nous venons de décrire, de-

puis le fort de l'Écluse jusqu’au mont Thabor, servait de limite, à l’ouest et au midi, à l'ancien duché de Savoie, qui s'étendait au nord jusqu’au lac de Genève et au bassin du Rhône, et à l’est jusqu’à la haute chaîne des Alpes.

Ce territoire formait, comme on le voit, un tout géographique, fermé par une ceinture de rivières et de chaînes de montagnes, et qui n'était accessible, du côté de la France, que par les ponts peu nombreux jetés sur le Rhône, par le défdé des Échelles et par la large ouverture de la vallée de l'Isère (1).

Ces frontières naturelles ont paru à un géographe distingué une explication suffisante de la conservation prolongée de l’autonomie de la Savoie.

(( La Savoie, ditM. Elisée Reclus, défendue et « garantie, comme la Suisse, par une chaîne « transversale de montagnes, a su, tout en su- « bissant l’influence française, garder son auto- « nomie jusqu’à la révolution.

c( Peut-être, si les ducs de Savoie n’avaient pas « abandonné leur citadelle de montagnes, se- « raient-ils restés les représentants de l'an-

(4) Il faut ajouter, en outre, que jusqu’à l’année 4 604 les dues de Savoie possédèrent la Bresse et leBugey, c’està-dire cette lisière de pays montueux et coupé qui couvre l’extrémité méridionale de la chaîne du Jura et son versant du côté de la Saône, formant ainsi une défense avancée du Rhône.

« tienne nationalité allobrogique et auraient-ils « réussi à fonder un royaume des Alpes; mais, « attirés par les magnifiques plaines du Piémont, « ils choisirent pour capitale de leurs Etats une « ville séparée de leur domaine héréditaire par « la gigantesque muraille des Alpes.

« La Savoie devait dès lors, par les lois ethno- « logiques et géographiques, devenir tôt ou tard « une province française. »

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