ANIMAUX
Les expériences faites pour démontrer qu'une dent convenablement greffée reprend ses connexions nutritives avec l'organisme, ne sont pas encore très -nombreuses. Quoique pour la plupart fort incomplètes, elles sont cependant à ce point de vue très-concluantes.
Écoutons d'abord la parole autorisée de flunter :
^ J'arrachai à un homme une dent saine et, après avoir fait, avec une lancette^ une plaie assez profonde dans la partie la plus épaisse de la crête d'un coq, j'introduisis la racine de la dent dans cette plaie et je la consolidai avec des fils qui furen? passés au travers de la crête. Quelques mois après, le coq fut tué et j'injectai sa tête avec une injection très-fine. Ensuite la crête fut enlevée et mise dans un acide affaibli. La dent ayant été ramollie par l'action de cet acide, je divisai en deux parties égales la crête et la dent, suivant la longueur de cette dernière. Les vaisseaux de la dent étaient bien injectés et je remarquai aussi que la surface externe de la dent adhérait partout à la crête par des vaisseaux, présentant ainsi un mode d'union
semblable à celui des dents avec la gencive et les alvéoles. Je dois faire remarquer ici que cette expérience est loin d'être toujours suivie de succès. Sur un grand nombre de tentatives, je n'ai réussi qu'une seule fois. »
Cette expérience bien connue, refaite peu de temps après avec succès par A. Cooper, a été répétée par bien des auteurs qui n'ont pas obtenu les résultats annoncés par Hunter. Elle vient cependant d'être de nouveau réalisée par M. Philippeaux qui en a fait présenter la relation par M . Vulpian à la Société de biologie (1) :
ce Le 13 janvier 1853, M. Philippeaux, après avoir fait une incision dans la crête d'un coq, y introduit une dent incisive d'un cochon d'Inde, né depuis quelques heures. La dent, bien complète, est munie de son bulbe, et elle est placée dans la crête de telle sorte que le bulbe soit dans la profondeur de la plaie et l'extrémité libre vers l'extérieur. Cette dent avait, le jour de rexpérience, 8 millimètres de longueur sur 2 millimètres de diamètre. Le coq a été tué dix mois après l'opération. La dent qui le jour où elle avait été insérée dans la crête, était entièrement cachée dans la plaie, faisait au moment de la mort une saillie de 5 millimètres de longueur. M. Philippeaux a mis à nu, sur la pièce préparée, la partie de la dent cachée ou greffée dans la crête, et il a pu constater que cette dent, dans sa longueur totale, mesurait 13 millimètres : elle s'était donc accrue de 5 millimètres en longueur. Ce qui fait l'intérêt majeur de ces résultats, c'est qu'il s'agit dans ces cas de la greffe d'un organe de mara-
(I) H octobre 1869.
mi f ère sar an obeaa, c'est-à-dire mut an animal (Time classe zoologiqae différente.
L'expérience précédente trcave ane confirmation dans le fait saivant rapporté par Twist (1).
Celai- ci eat l'occasion de réimplanter ane dent chez an enCant, et non-sealement il la vit se consolider, mais encore continner à s'accroître comme son homdogae da côté opposé.
Wiesemann (2) a pratiqaé sar des chiens ane expérience capitale» en ce sens qu'elle paraîtrait démontrer le rétablissement des connexions vasculaires da balbe.
Il arrache ane dent à an chien et la remet en place an bout de quelques minutes. Au bout de trois jours, l'organe réimplanté était consolidé. Deux mois après, l'animal est sacrifié, et le maxillaire débarrassé de ses parties molles est mis à macérer pendant 14 heures dans l'acide chlorhydrique.
Voici ce que montra l'examen de la pièce :
La partie de la racine située hors de Talvéole était fortement adhérente à la gencive. De nombreux vaisseaux, rendus apparents par une injection très-fine, aUaient de celle-ci au périoste dentaire. Au sommet de la racine, un gros vaisseau rempli par la masse d'injection allait manifestement du fond de l'alvéole dans le canal radiculaire où on pouvait le suivre jusqu'à sa première bifurcation... Il était manifeste qu'il se rendait à la pulpe qui n'était nuUe-
(1) DubUnJournal, t. XXII, p. 113. 1842.
(2) De coalitu partium a reliquo corpore prorsus disjunctarum. Leipzig; 1824.
mest altérée. Cette pièce se trouve encore conservée au musée de Bonn.
On doit à Mitscherlich une expérience analogue : a Chez un chien âgé d'un an, j'arrachai la deuxième molaire inférieure gauche, et je la réimplantai. Je tuai l'animsiil au bout de six semaines; je coupai la tête et j'injectai les deux carotides. La dent réimplantée ne différait de la dent correspondante de Tautre côté que par une légère mobilité. Elle avait conservé sa couleur et son éclat naturels, et était parfaitement emboîtée de tous les côtés par la gencive. Après l'avoir sciée, je constatai que la pulpe n'était nullement altérée ; elle remplissait exactement la cavité de la dent et contenait les éléments normaux. L'injection n'avait rempli les vaisseaux qu'incomplètement. Le périoste adhérait partout exactement tant à la racine qu'à l'alvéole, et nulle part on ne voyait trace de suppuration. »
MM. Magitot et Legros ont fait tout une série d'expériences fort intéressantes sur la greffe de dents prises à rétat embryonnaire.
Elles viennent confirmer l'observation de Twist, de Philippeaux, et montrer que les greffes dentaires, nonseulement sont susceptibles de reprendre leurs connexions nutritives qui leur assure la vie, mais encore peuvent suivre, dans une certaine mesure, l'évolution physiologique de leur développement.
Voici le résumé de ces expériences :
6 follicules entiers ;
3 organes isolés de l'émail ;
1 bulbe séparé ;
Pris sur des chiens nouyeaux-nés rapidement tués par la section du bulbe, sont portéis sur des cobayes adultes sous la peau qui est immédiatement suturée. Ces greffes se sont toutes ou résorbées ou éliminées par suppuration.
78 greffes ont été pratiquées de chiens nouveaux-nés ou très-jeunes sur des chiens adultes :
Sur 26 follicules isolés et entiers, 7 ont repris leurs connexions nutritives et ont continué de s'accroître i peu près comme à Vétat normal pendant une durée de 54 jours ;
Sur 16 bulbes isolés, 3 seulement ont vécu et ont formé un véritable chapeau de dentines ;
Toutes les autres (portions de maxillaires avec follicules 5 — bulbes recouverts de leur ^chapeau de dentine 7 — chapeaux de dentine isolés 4 — organes isolés de Témail 19 — id. avec le chapeau de dentine sous-jacent 1) — se sont éliminées ou résorbées (1).
Conclusions : 1"* Seuls « les follicules entiers et les bulbes isolés peuvent continuer à vivre et à se développer. — 2* Dans certaines circonstances, Taccroissement s'effectue régulièrement et sans autre différence avec Fétat normal qu'une notable lenteur dans les phénomènes d'évolution. — S"" Dans d'autres circonstances, quelques troubles dans la formation de l'ivoire et de Témail se sont produits. . . »
Par ce que nous venons de voir dans ce chapitre, il n'est pas permis de mettre en doute la possibilité de la greffe dentaire.
(1) Comptes rendus de TAcadémie des sciences. 1874, p. 357.