ARTICLE PREMIER
DE LA GREFFE PAR RESTITUTION § I. — Historigw.
Cette opération est plus connae dans la chirargie dentaire sous le nom de réimplantation de replantation ou de repose de dents.
Gomme nous l'avons déjà dit, Hippocrate parait ne point l'avoir méconnue. Mais c'est à Pierre Dupont que revient Thonneur de l'avoir chirurgicalement pratiquée le premier.
Le fait qu'il rapporte est relatif à une dent cariée qui occasionnait de violentes douleurs. Dupont, sur la demande de son malade , consentit à l'arracher, puis il eût Tidée de la réintégrer dans son alvéole, où elle se consolida parfaitement. Il ne s'en tint pas à cet essai. Enchanté de son premier résultat, il érigea cette opération en méthode de traitement dans le but d'intercepter les filets nerveux des dents et de mettre celles-ci pour toujours à l'abri des douleurs. (1633).
Quelques années plus tard, cette opération se trouve mentionnée à plusieurs reprises dans un ouvrage que fit paraître à Genève (1670), un docteur-médecin anonyme.
Le second fait publié avec certaines garanties d'authenticité appartient i Dion Pomaret (1694). '
Cette fois, il s'agit d'une dent qui, ayant été arrachée
par mégarde pendant l'extraction d'nne Toisine, fat immédiatement remise en place et y reprit sa solidité normale.
Dès lors, la réimplantation semble parfaitement acquise à la science et à la pratique. Nous la voyons eu effet recommandée par Schelhammer, par Fischer (1726), Mouton (1744), L'Ecluse (1755), Pfaff (1756), Bourdet (1757), Jourdain (1761) et surtout par Fauchard (1786), qui paraissent pour la plupart l'avoir pratiquée couramment soit pour insensibiliser une dent cariée, soit dans les cas d'obturation difficile. Ce dernier auteur en a rapporté quatre observations qu'il a fait suivre de commentaires très-intéressants sur les symptômes inflammatoires qui peuvent accompagner l'opération. Il parle en termes très-précis de la périostite qui peut venir la compliquer. Son autorité eût une grande influence sur la pratique de ses contemporains qui ont été jusqu'à lui attribuer la priorité de la réimplantation. A vrai dire, s'il ne fût pas l'inventeur de celle-ci, il en fut le parrain.
a J'ai entrepris, dit Lecluse, de faire cette opération à plus des 300 soldats des Flandres. J'ai fait aussi cette opération à plus de 80 pauvres gens. Toutes ces dents subsistent sans causer la moindre douleur : elles étaient si bien raffermies le huitième jour qu'elles coopéraient aux fonctions des autres. »
Bourdet a rapporté, lui aussi, des observations fort intéressantes de réimplantations et nous aurons même l'occasion d'en citer une en son lieu et place.
A une époque moins éloignée de nous, la greffe par restitution trouve encore de nombreux partisans, citons : Meyer- Lewis (1772), Brunner (1766), Hunter (1780), Wooffendale
(1783), Blumenbach (1786), Callisen (1794), Richter (1797); EttmûUer (1798), Arnemanh (1802), Benjamin Bell (1806), Galette (1813), Wiesemann (1834), Linderer (1834), Lomnitz (1840), Twist (1842), Franz (1848), Joux (1851), Al(iuié (1860), Taft (1860),> Coleman Lyons (1860), MitscherKch (1864),.Magitot (1865-1876), Dop (1876).
Malgré Tautorité de plusieurs des noms ^ue nous venons de citer, des doutes se sont cependant élevés, en tout temps, sur la possibilité de la réimplantation. Le premier auteur qui ne voulut pas l'admettre fut Dionis (1707), dont l'autorité servit à abriter la méfiance de la plupart des médecins à regard de cette opération.
Portai (1767), Thomas Beedmore (1770), Courtois (1775), Laforgue (1802), Serre (1804), Garriot (1806), Henri Bass (1728), Oudet (1835), sans nier absolument la possibilité de voir reprendre une dent replantée, contestaient la valeur des résultats obtenus. Ils accusaient l'opération de laisser souvent après elle des accidents ou des complications inflammatoires susceptibles d'amener des nécroses, des maxillaires, des fistule?, etc.
L'avis et les écrits de ces auteurs eurent certainement une grande influence, puisque nous voyons la réimplantation être à peu près oubliée en France depuis le commencement de notre siècle. Les auteurs spécialistes contemporains n'en parlent que pour la combattre ; c'est à ce point que M. Magitot, dont les doutes ont cessé maintenant, écrivait en 1865 dans les Archives générales de médecine : (( Les difficultés qu'on rencontre dans les tentatives de restauration de dents saines ne sont pas faites pour nous
enl6V€r rincrédulité que nous inspire la relation de cas dé réimplantation de dents cariées. x>
Mais coupons court à un si long et si ennuyeux historique. Les recherches auxquelles nous nous sommes liyré à ce sujet nous ont montré :
l"" Que si la réimplantation a été, chez nous, un peu délaissée depuis le commencement du siècle jusqu'à nos jours, elle a été fort en vogue à une époque plus ancienne ;
2* Que ses partisans sont plus nombreux que ses adversaires ;
3^ Qu'elle a été souvent pratiquée avec succès, témoin les nombreuses observations rapportées par les auteurs, et dans lesquelles, rarement il est vrai, se trouve mentionné le maintien de la guérison après plusieurs années (Bourdet, 10 ans ; Taft, 16 ans).
§ 2. — Indications. Contre-Indications
La greffe par restitution trouve ses indications dans :
l^ la luxation ;
2* la carie ;
3* la périostite alvéolo-dentaire.
A. Luxation C'est, de toutes les indications de la réimplantation, le point sur lequel les auteurs sont le moins divisés. Tous, en présence d'une dent encore bonne, enlevée par erreur ou involontairement» conseillent de la remettre en place pour tenter la reconsolidation.
Les contre-indications à cette pratique seraient, à notre ayis : l^la durée trop longue de l'isolement; 2* un désordre considérable du côté du périoste dentaire et du côté de Talvéole.
B. Carie
Le principal, le seul symptôme que Ton est souvent appelé à combattre dans le cours de cette lésion est la douleur. Presque toujours on en vient à bout par les moyens ordinairement employés pour détruire la pulpe sur place. (Nous ne parlons pas ici des caries non pénétrantes dont le traitement est encore plus facile.)
Il arrive cependant quelquefois que la main la plus habile est impuissante à porter le caustique loco dolenti, soit par la mauvaise situation de la carie et Tétroitesse du pertuis de pénétration, soit par l'indocilité du malade qui ne se prête à aucune manœuvre. Lorsque dans ces cas, où d'ailleurs Textraction est généralement réclamée avec instance, les douleurs exigent une intervention, nous pensons qu'il faut recourir hardiment à l'extraction suivie de réimplantation. Si la carie était, par son siège, d'une obturation facile, on pourrait, à Pexemplede quelques praticiens, et suivant une méthode fort en usage chez les Américains, se borner, pour faire cesser les douleurs, à luxer incomplètement la dent, de façon à rompre le faisceau vasculo-nerveux radiculaire, tout en lui conservant ses adhérences avec la gencive. Mais pour peu que l'obturation de la cavité pathologique soit difficile sur place avec les chances de succès que présente Topération faite sur une dent à racine saine, il est préférable d'enlever complètement la dent et de la plomber hors de la bouche. Il
ne suffit pas, en effet, d'avoir traité le symptôme dovloureax ; il faut considérer Timportance que peut avoirs jine bonne obturation pour conserver le plus longtemps possible à Torgane malade sa solidité, et le soustraire à toutes les causes de périostite dont la carie pénétrante est la porte d'entrée.
Il est même des cas où, en dehors de toute douleur» la conservation d'une dent est au prix de la réimplantation. A ce point de vue, Bourdet insiste longuement sur les caries atérales des dents antérieures où il est si difficile de pratiquer des obturations à la fois dissimulées et durables, et il conseille fortement de mettre la grefie à profit pour faire hors de la bouche un plombage qui remplisse les meilUeures conditions. Avec la connaissance que nous avons des résultats et des chances de succès de la réimplantation, nous ne sommes pas opposé à ces idées ; nous sommes même convaincu que ses règles méthodiques une fois établies, cette opération constituera un moyen de traitement fort usité.
En résumé, pour ce qui concerne la carie, la greffe par
restitution doit être tentée lorsque l'extraction aura été effectuée pour détruire la pulpe insaisissable par les moyens ordinaires, ou pour faire hors de la bouche une obturation impraticable sur place
Les contre-indications de laréimjglantation dans la carie sont :
r La possibilité d'intervenir autrement, tout en arrivant aux mêmes résultats ;
2* Le mauvais état de la dent ; •
3* Enfin, de trop grands désordres produits pendant
l'extraction, soit sur la dent, soit dans la cavité alvéolaire.