OBSERVATION XXII
Grossesse ectopique. — Fœtus paraissant s'être développé dans la cavité abdominale et ayant conservé son enveloppe amniotique. (Communiquée par Lawson Tait à la Société Obstétricale de Londres ; Amer. Journ. of Obst., décembre 1892.)
La malade, âgée de 36 ans, a eu deux enfants, dont le dernier est âgé de 3 ans; pas d’avortement. Dernières règles mi-juillet 1890; depuis pas de règles jusqu’au 20 mai 1891 et pendant cette période, son ventre grossit, nausées le matin et poussées de lait en février 1891. En septembre 1890, on lui dit qu’elle a une «inflammation de l’enveloppe intestinale» et elle garde le lit pendant un mois. Elle sent pour la première fois les mouvements de l’enfant vers la Noël ; en janvier elle s’'évanouit en se levant, et on est obligé de la transporter dans son lit. Elle avait alors des douleurs comme celles du travail, qui diminuèrent graduellement, et après une semaine elle quitta le lit. Tout mouvement fœtal cesse brusquement le 8 mai et depuis jusqu’en octobre elle remarque que son ventre diminue; à l’examen je trouve l’utérus un peu gros, mais en élevant le siège je sentis une masse volumineuse, globulaire et molle. Par le palper abdominal je perçus une masse grosse et mobile,où je pus distinguer nettement les parties fœætales.
Opération.— Le 12 octobre, j'incise la paroi abdominale. Le cordon ombilical descendant vers la cavité pelvienne allait s'insérer sur la trompe, précisément là où on sentait la masse précédemment décrite. L'enfant était libre dans l'abdomen sauf sa partie supérieure ,qui adhérait tout entière à l’épiploon et au péritoine pariétal antérieur. Il était renfermé dans ses membranes, mais le liquide amniotique avait disparu. Le placenta fut enlevé facilement et je constatai qu'il venait de la trompe de Fallope droite. La malade guérit sans accidents.
Lawson Tait, se basant sur l’histoire de la malade et sur l'examen des pièces enlevées, conclut que la grossesse remonte au mois de juillet. En septembre, vers la dixième semaine, la trompe se serait: rompue, donnant lieu à ce que son médecin a appelé une péritonite.
Le fœtus dans l’amnios aurait été expulsé en entier à travers la rupture de la trompe de Fallope et le placenta retenu tout éntier dans la trompe.
Ce cas prouve qu'un fœtus vivant de dix semaines peut résister au pouvoir digestif de la cavité péritonéale si l'amnios est intact. Il rend bien compte de ce qu'on a appelé la grossesse péritonéale, et probablement donne la vraie solution de tous les cas de cette variété.