JEANNE
hernies musculaires et de savoir à quelle affection nous avions exactement à faire. .
Le 16 août, je pratique l'opération sous chloroforme, avec les précautions d'usage. Longue incision cutanée suivant l’axe du moyen adducteur. Le tissu cellulaire divisé, je tombe sur une sallie musculaire indiscutable, constituée par un gros faisceau du moyen adducteur, du volume du doigt. Ce faisceau n’est pas recouvert d’aponévrose, celle-ci ne présente pas aon plus de boutonnière nette, elle est manifestement amincie, et on voit seulement sur les bords de la tumeur, quelques faisceaux fibreux qui témoignent de l'usure aponévrotique incontestable.
Je résigne le faisceau hernié sur une étendue de six à sept centimètres, 1l a le volume de lindex et ne présente aucune trace de rupture, aucune lésion microscopique apparente. Il est seulement plus long que les faisceaux voisins. Les deux extrémités de ce faisceau sont liées au catgut. La résection terminée, je me trouve en présence d’une petite gouttière muscujaire, et pour donner de la solidité à la cicatrice, j'en enserre largement les deux bords dans une suture en surjet continue avec un gros fil de soie plate
qui se trouve ainsi rapprocher et même recroquevil-
ler en dedans les deux bords de la solution de continuité opératoire.
Le résuitat immédiat est idéal. Je prends ensuite largement l’aponévrose, et j'en rapproche les deux lèvres par un autre surjet à la soie, suture superficielle au crin de Florence.
Malheureusement, malgré Pébullition préabable, la soie que j'avais employée Drovoqua un abcès qui fut ouvert le 20 août à la partie inférieure de la plaie première et nécessita même une contr'ouverture plus haut et plus en dedans. Pendant quelque temps, il persista un peu de suppuration, et le 15 septembre on retira tout entier le fil qui avait servi au surjet musculaire et qui avait été l’origine de tous les accidents.
Dans les premiers jours d'octobre, le malade nous quittait pour aller à Vincennes. Je lai repris dans le service pour étudier les résultats de l’opération.
I! présente à l'heure actuelle une cicatrice de dix à douze centimètres, occupant l’axe du moyen adducteur. Au repos, il n’y a pas d’autre saillie qu'un peu de plissement par froncement cutané, plus accusé au point où s’est ouvert l’abcès d'évacuation du fil de
soie.
Le malade couché, l'épreuve de la distension pas-
RE OR NME ET Ne
sive provoque la disparition de la faible saillie cutanée, et même détermine la formation d’une dépression répondant à la région opérée. La contraction active, libre, du moyen adducteur se fait irrégulière-. ment, par faisceaux qui se dessinent successivement sous la peau; en même temps apparaît une saillie musculaire faible, plutôt molle que résistante, et en somme nullement comparable à ce qui existait entièrement. Lorsque la coñtraction active est empêchée, la saillie que je viens de signaler m’a paru un peu plus dure, mais pas beaucoup plus grosse.
J’ajoute que le malade marche bien, qu'il ne souffre plus et que le résultat est très satisfaisant ; n’était cette légère saillie persistante, je dirais qu’il
est parlait.
Hernie du moyen adducteur de la cuisse droite.
(Opération. Résultats incomplets.) Nous devons cette observation à la bienveillance de M. le docteur Daricarrère médecin-major à l'hôpital militaire de Vincennes, mais nous pensons qu’il s’agit d’une pseudo-hernie par
rupture musculaire.
Sén-Pierre, 2° can. cond. au 13° d’artillerie, 22 ans, entré à l’hôpital militaire de Vincennes le 19 septembre 1893.
Pas d’antécédent morbide. Sujet vigoureux, bien musclé, bien portant.
Le 15 septembre, dans son exercice, il saute à cheval de pied ferme : il saisit la crinière de la main gauche; mais l’animal se dérobe au moment où il porte la main droite sur le troussequin qu’ilétreint mal, ce qui rend le saut beaucoup plus difficile. En s’enlevant il ressent une vive douleur à la partie supérieure de la cuisse droite et comme une sensation de déchirement. Cependant il parvient à se mettre en selle et il y reste environ une demi-heure, sans trop souffrir, mais ne pouvant serrer des genoux, ni reposer sur la fesse droite qu’il soutient par une main engagée audessous. En descendant de cheval, il éprouve de la difficulté à marcher, On le soigne à l’infirmerie pendant 3 jours : résolutifs et compression, Il entre à
hôpital le 19 septembre, en vue d’une opération reconnue nécessaire par le médecin du corps.
EXAMEN ET DIAGNOSTIC. — [l présente à la partie supérieure, antérieure et interne de la cuisse droite, le membre étant en abduction, une tumeur du volume d’un œuf de poule, oblongue du haut en bas et de dedans en dehors, naissant à 2 travers de doigt audessus de l’épine du pubis etse dirigeant vers le tiers moyen de la cuisse : elle mesure de 7 à 8 cent. de longueur, 5 de largeur et fait saillie en avant de 2 à 3 cent. Si l’on rapproche le membre en adduction, elle s’efface en grande partie et devient molle et pateuse. Si, au contraire, on porte le membre en abduction, en recommandant au malade de s'opposer à ce mouvement, elle devient dure, résistente, d’un relief plus accusé. Pas d’ecchymose à son niveau. Elle est irreductible, peu douloureuse à la pression. Elle n'offre pas de pulsations ; elle est silencieuse à l’auscultation. Les téguments glissent sur elle. La palipation ne permet pas de reconnaître une lésion, un trou de l’aponévrose. Le malade, nous l’avons dit, marche avec peine ; le membre droit fléchit parfois sous lui et refuse de le porter; il lui est surtout difficile de monter et de descendre des escaliers, Le diagnostic
est évident : il s’agit d’une hernie du moyen adducteur. |
Opération faite le 22 septembre au matin.
La cuisse est placée en abduction et légère ratation en dehors pour faire saillir la tumeur. 2 centigrammes de chlorhydrate de cocaïne- sont distribués dans le tissu cellulaire sur le trajet de la ligne qui doit suivre l’incision ; 2 autres centigrammes sont injectés dans la partie herniée du muscle. La peau est divisée suivant le grand axe de la tumeur, à égale distance de ses bords (1). Arrivé à l’aponévrose, on en décolle de chaque côté le tissu cellulaire : cette membrane ne montre pas de solution de continuité , mais, au point culminant de la tumeur, sur une hauteur de 5 centimètres et 2 à 3 centimètres de largeur, elle est amincie, éraillée, distendue, laissant mieux voir par transparence le muscle sous-jacent. Elle est incisée directement sur ce dernier dans toute la hauteur de la tumeur : chaque lèvre est tendue au moyen de la pince et les ciseaux en retranchent une bande d’un centimètre correspondant à la zone affaiblie. Le moyen adducteur, libéré de son enveloppe, est saisi par les doigts de chaque côté, au-
(1) Sur 10 centimètres de longueur.