CHAPITRE II
Orléans. — Bourges.
Orléans était, à cette époque, une des universités les plus célèbres de l'Europe. Des jeunes gens venus de toutes les parties de la France et de l'Allemagne y suivaient l'enseignement de professeurs illustres, en particulier celui de Pierre Taisan de l'Estoile, « le plus aigu jurisconsulte de tous les docteurs de la France. > Ce savant était né en 1480, à Orléans, où il professa le droit depuis Tannée 1512. Après la mort de sa femme, il devint homme d'Eglise ; il assista, comme vicaire de Tévêque d'Orléans (1528), au concile provincial de Sens. Dans les premiers mois de l'année 1532, il fut nommé conseiller au parlement de Paris, où nous le retrouverons plus tard. On l'appelait communément le prince des jurisconsultes. Calvin lui-même lui donne ce titre dans une lettre du 6 mars 1531 (1), où il rend témoignage à la sagacité d'esprit, à l'habileté et aux vastes connaissances juridiques de son maître.
Calvin apporta à ses nouvelles études toute l'ardeur qu'il avait mise à apprendre la philosophie et le latin, à Paris. Ses progrès furent remarquables. Aussi bien le jeune étudiant ne perdait-il pas un instant. Voyons-le
(1) B. C. R. Lettre 3.
se contentant, le soir, d'un frugal repas, travaillant jusqu'au milieu de la nuit ; s'éveillant de grand matin, et, trop fatigué encore pour se lever, réfléchissant à ce qu'il avait appris la veille, le digérant en quelque sorte (ce sont les expressions de Théodore de Bèze) ; si absorbé dans ses méditations, qu'il s'irritait de la moindre interruption, el nous pourrons nous faire une idée de l'érudition à la fois vaste et solide qu'il parvint à acquérir dès sa jeunesse. Sa mémoire, bonne de tout temps, devint remarquable.
Dès ce moment, on dirait, à voir avec quel soin jaloux Calvin s'applique à mettre à profit tous ses moments, que, s'il n'a pas encore conscience du rôle qu'il doit jouer plus tard, il se rend du moins compte, plus que tout autre, du sérieux de la vie. Sa santé, du reste, souffrit beaucoup de ce régime austère et de ces veilles continuelles. Très-jeune encore, il fut sujet à de fréquentes migraines qu'il cherchait à guérir en jeûnant , et la faiblesse croissante de son estomac fut cause de ses nombreuses maladies et de sa mort prématurée.
Selon Florimond de Raemond, ce qu'il y avait de plus remarquable en lui, c'est « un esprit actif et une forte mémoire, avec une grande dextérité et promptitude à recueillir les leçons et propos qui sortoient èsdisputes de la bouche de ses maîtres, qu'il couchoit après par écrit, avec une merveilleuse facilité et beauté de langage, faisant paraître, à tous coups, plusfeurs saillies et boutades d'un bel esprit. >
Des dispositions aussi heureuses, jointes à tant de travail et tant d'ardeur, ne tardèrent pas à signaler
Calvin à l'attention de ses professeurs ; souvent il dut occuper leurs chaires à leur place. Il en résulta qu'on le considéra comme un maître plutôt que comme un élève, et quand il quitta Orléans, en 1 529, âgé de vingt ans, c on lui offrit le bonnet de docteur pour rien, ce que toutefois il refusa. »
Calvin fit, à Orléans, de nombreuses connaissances; mais il se lia particulièrement avec trois jeunes gens, étudiant comme lui le droit : de Connan, François Daniel et Nicolas du Chemin. Ces deux derniers se préoccupaient, comme Calvin, des questions religieuses, qui alors excitaient l'intérêt de tout le monde.
François de Connan (1508-1551), natif de Paris et fils d'un maître de la chambre des Comptes, a mérité jadis une certaine célébrité par ses Commentant juris civilis (Paris, 1533). Après avoir étudié la jurisprudence à Orléans, sous Pierre de TEstoile, puis à Bourges, sous Àlciat, il revint à Paris, et fut successivement avocat au Parlement, maître des comptes et maître des requêtes de l'Uôtel du Roi (1). Calvin entretenait avec lui une correspondance active qui a été perdue, sauf une lettre, et lui témoignait une considération particulière. Il disait de lui en 1 532 : « Valuit praesertim Connani mei au- « thoritas, viri prudentissimi ac disertissimi, cui uni c s tant et cadunt mea consilia. »
François Daniel, natif d'Orléans, fut plus tard avocat dans sa ville natale, et resta pendant longtemps en correspondance avec Calvin. Il suivit son ami à Bourges,
(i) Herminjard.
vers la fin de l'année 1 530 ou au commencement de Tannée suivante.
Quant à Nicolas du Chemin, il semble avoir été plus âgé que Calvin. Au moment où celui-ci arrivait à Orléans, du Chemin avait étudié le droit depuis plusieurs années. Calvin s'attacha beaucoup à lui ; voici dans quels termes il s'exprime à son sujet, dans une lettre déjà citée (2) : « Cheminus noster homo ut scis c lucubrationum patientissimus, perspicacis ingenii, et, « quod est inprimis egregium exactissimi judicii. » C'est ce dernier trait du caractère de du Chemin qui semble avoir particulièrement frappé Calvin. Il y revient plus d'une fois. Du Chemin écrivit, en i 529, une Apologie pour Pierre de l'Estoile, contre un certain Albucius, disciple d'Alciat. Elle parut deux ans après, précédée d'une introduction de Calvin. Ce qui manquait à du Chemin, c'était l'énergie. Calvin, dans une de ses lettres, lui reproche une certaine mollesse, grâce à laquelle, en plus d'une circonstance, il manqua l'occasion favorable d'agir. Cependant Calvin l'aima profondément ; c'est à lui qu'il adresse ces paroles, où perce la tendresse, sentiment bien rare dans ses premières lettres : « Adieu, mon cher du Chemin, mon ami, toi qui m'es plus cher que la vie. » Du Chemin n'était pas riche; « aussi tenoit-il escholiers en pension. > Claude Hangest, que Calvin continua de fréquenter à Orléans, fut l'un de ses pensionnaires ; peut-être Calvin luimême logea-t-il chez son ami.
(2) Lettre à de Connan, 8 mars 1531.
C'est à Daniel et à du Chemin que s'adressent les premières lettres de Calvin qui nous aient ètè conservées (1 ) . , Le fils de Daniel, Pierre Daniel, en fit plus tard une collection, et c'est grâce à lui qu'elles ont subsisté jusqu'à ce jour.
Qu'est-ce qui poussa Calvuisur ces deux jeunes gens? *w Parlant d'eux 1 , l'auteur de l'Histoire ecclésiastique, Théodore de Bèzeou Colladon, a dit qu'ils connaissaient tous deux, vers 1 530, la vérité chrétienne. Est-ce à dire qu'ils aient été ce qu'on appelait encore à cette époque des luthériens? Nous ne le pensons pas. Ils appartenaient sans doute à la tendance mystique de Le Fèvre d'Etaples et de la reine Marguerite, ayant le sentiment de la misère générale et quelque notion de la vérité ; mr.is ne comprenant pas encore qu'il était désormais impossible de « purifier la maison de l'Eglise, » qu'il la fallait détruire pour en élever une autre à sa place. La nécessité d'une réforme dans la doctrine et dans le culte n'avait pas encore frappé leurs yeux. Calvin, à l'époque dont nous parlons, devait en être à peu près au même point.
Ici se place un fait dont la plupart des historiens de Calvin n'ont pas parlé, et qui, du reste, est loin d'être démontré : nous voulons parler d'un premier voyage que Calvin aurait fait à Strasbourg, au commencement
(i) Ces lettres, très-peu nombreuses, sont les débris précieux d'une correspondance très-étendue. Dans la première lettre à du Chemin qui nous soit parvenue (14 mai 1531).. Calvin s'exprime ainsi : « Hactenus
< nosti hominem in litteris missi tandis plus satis officiosum, ne dicam
< importunum. >
de l'année 1 528. Le premier mai de cette année, Bucer écrivait à Farel : c J'ai ici un jeune homme de Noyon, qui a quitté Orléans, où il étudiait les lettres, au moment où la persécution y a éclaté, pour venir ici. Ce jeune homme désire apprendre les langues anciennes, qu'il ne possède encore que fort imparfaitement, surtout pour ce qui est du grec et de l'hébreu.» De qui s'agit-il ici ? Certains auteurs pensent que ce passage s'applique à Olivétan. Nous ne lç croyons pas. Olivétan, en 1528, n'en était plus aux rudiments des langues grecque et hébraïque puisque, peu d'années après (1535), il publiait à Neufchatel sa traduction de la Bible. D'ailleurs, nous ne sachions pas qu'Olivétan ait jamais étudié les lettres à Orléans. Au contraire, la description du jeune homme de Noyon semble s'appliquer de tous points à Calvin. Ce qui milite en faveur de cette manière de voir, c'est le témoignage de Raemond, qui, parlant du voyage que Calvin fit à Strasbourg après avoir quitté la France, fait allusion à un séjour qu'il aurait fait, antérieurement déjà, dans cette même ville. D'autre part, quand nous lisons la première lettre que nous possédions de Calvin à Bucer (8 septembre 1532 ou 1534), nous sommes frappés du ton de familiarité qui y règne d'un bout à l'autre. Pour comprendre cette circonstance, il faut admettre que' Calvin a déjà écrit à Bucer, ou qu'il l'a déjà vu, en tous cas, qu'ils ont été en rapports antérieurement. Rapprochant tous ces indices, nous pouvons admettre que ce voyage a eu lieu, sans qu'il nous soit possible, toutefois, de conclure d'une manière définitive. Remarquons encore que l'histoire ne sait rien
d'une persécution qui aurait éclaté en 1528 à Orléans.
Vers la fin de l'année 1 529, Calvin quitta Orléans, où il avait séjourné pendant jjjoese" ans, et se rendit à ^~£ Bourges, où l'attirait la renommée d'un savant jurisconsulte italien, André Alciat, qui rivalisait de science et de célébrité avec Pierre de l'Estoiie. Ses contemporains rendent hommage à la générosité et à l'élévation de son caractère, ainsi qu'au respect qu'il avait de la vérité. Voici dans quels termes Calvin s'exprime à son sujet : « Tantum publicis commodis favet> tantum defert veri- « tati, ut nolit illi, auctoritatis suse praetextu, praescri- « bere. » Mais c'est à tort qu'Henri Martin a dit de lui qu'il inclinait à la Réforme. Bien au contraire, il évita toujours avec soin tout ce qui pouvait le faire soupçonner d'hérésie.
Calvin avait fait à Orléans la connaissance d'un savant professeur allemand : c'était Melchior Volmar, de Rothweil, en Wurtemberg (Erythropolitanus) (1496). Jeune encore, il suivit à Berne son oncle Michel Rôttli, qui allait y ouvrir une école latine ; il lui succéda dans cette institution. En 1 521 , il passa à Paris, se livra entièrement à l'étude de la langue grecque sous Glareanus ; Le Fevre d'Etaples, Bude, Jean Lascaris et Nicolas Bérauld. Sur cent candidats à la licence ès-arts, il fut reçu le premier. Mais Volmar, ami d'enfance de Berthold Haller, était protestant ; la liberté avec laquelle il exprimait ses opinions religieuses le força bientôt à quitter Paris. Vers 1 527, il fonda, dans la ville d'Orléans, un pensionnat qui fut l'un de ses meilleurs titres de
gloire (1). C'est là que Calvin avait appris à le connaître. Vers la fin de 1 530, la reine Marguerite de Navarre l'avait prié de venir professer à Bourges, qui faisait partie de ses Etats. La persécution qui éclata plus tard (1535) le força de quitter la France et de rentrer en Wurtemberg. Théodore de Bèze dit de lui : c Je me souviens d'autant plus volontiers de cet homme, qu'il fut l'unique précepteur que j'eus depuis l'âge le plus tendre jusqu'au moment où je devins homme; jamais je ne pourrai donner assez d'éloges à sa doctrine, à sa piété et à son admirable dextérité à élever les jeunes gens. »
Melchior Volmar, nous l'avons dit, était protestant. Calvin n'avait d'abord cherché en lui que le professeur de langues anciennes , mais bientôt il s'aperçut que dans son maître fl avait trouvé un ami et un conseiller. Melchior enseigna à fond le grec à son élève ; mais il fit plus : dans ses entretiens avec lui, il lui exposa la nouvelle doctrine, et contribua par ses paroles à jeter quelque lumière dans l'esprit inquiet et agité du futur réformateur. Ce serait toutefois une erreur que d'attribuer à Volmar la conversion de Calvin. Cette manière de voir n'a pour elle que le témoignage peu sûr de Florimont. Voici d'ailleurs la raison qui nous empêche de l'adopter : dans la préface qui précède son Commentaire sur la deuxième aux Corinthiens et qui est adressée à Volmar, Calvin ne dit pas un mot de sa conversion. Il se borne à exprimer à son maître sa reconnaissance
(i) Herminjard.
pour les leçons qu'il a reçues de lui. « Je me rappelle, lui dit-il, comme tu étais prêt à me venir en aide, et sitôt que l'occasion s'en présentait, à me témoigner ton affection. Je n'ai pas oublié non plus le mal que tu te donnais pour m'instruire. Mais il est un temps auquel j'aime particulièrement à reporter mes souvenirs : c'est l'époque où mon père m'envoya étudier le droit, et où, sous ta direction, j'appris à connaître la littérature grecque. Si mes progrès n'ont pas été plus grands, la faute n'en est pas à toi ; tu eusses continué à m'assister, si la mort de mon père ne m'avait pas rappelé loin de toi. » .
Et cependant, il est impossible de nier l'influence que Volmar exerça sur Calvin, hiême au point de vue religieux. Il est probable que, frappé par les grands talents et les puissantes facultés de son élève, en même temps que par le sérieux et l'ardeur avec lesquels il cherchait la vérité, il fit tous ses efforts pour l'amener à la foi. Ce fut lui aussi qui, suivant l'expression de Raemond, le poussa à se jeter dans la théologie , la maîtresse science de toutes les sciences, et à laisser là le code de Justinien pour prendre l'Evangile de Jésus-Christ. Plus tard, lorsque Calvin fut retourné à Paris, Melchior ne cessa, par ses lettres, de l'exciter à suivre la nouvelle voie. Malheureusement, toute cette correspondance, qui eût pu jeter de la lumière sur bien des points restés dans l'ombre, est aujourd'hui perdue.
Au milieu de ses études, Calvin, comme il avait fait à Paris et à Orléans, ne cessait de lire la Bible. Théodore de Bèze ajoute qu'il était si avancé dans la connaissance des Ecritures que les personnes qui sentaient le besoin
d'une religion plus pure venaient à' lui, et admiraient sa science et son ardeur. Aussi sa renommée ne tardât-elle pas à se répandre, et plusieurs fois il parla dans des réunions qui avaient lieu dans les environs de Bourges. Un seigneur de Linières, village du Berry, situé à quelques lieues de la ville, le fit parler quelquefois dans son château et prit plaisir à l'entendre (1) . La première lettre de Calvin qui nous ait été conservée date de cette époque. Elle a été écrite à Meillant, petite ville du Berry, le 13 septembre 1550, et est adressée à François Daniel qui devait être arrivé à Bourges depuis peu. Cette lettre est très-obscure, remplie d'allusions à des événements qui nous sont inconnus, et que, par conséquent, nous ne pouvons pas comprendre. Il y est question, entre autres, d'un achat de vin que Calvin se charge de faire pour son ami , et d'un habit de voyage que Daniel lui avait prêté et qu'il lui renvoie. Le trait qui termine la lettre peint l'esprit soigneux, minutieux même, du jeune étudiant : « Tu diras à Sucquet (un de ses amis, étudiant flamand) que j'ai besoin de Y Odyssée que je lui ai prêtée; à moins toutefois que Roussard , que j'avais déjà chargé de la réclamer, n'ait fait la commission (2) . *
(i) Herminjard croit que Théodore de Bèze anticipe, ici comme en plusieurs .endroits des premières pages de sa Vie de Calvin. Il pense que ces prédications n'eurent lieu qu'en 1534, pendant le séjour que Calvin fit dans quelques villes du centre de la France.
•(2) Merle d'Aubigné, par suite d'une inconcevable erreur, suppose que le mot Meillani signifie Meaux. Partant de cette méprise, et s'imaginant apparemment que l'esprit du futur réformateur ne pouvait être rempli que de préoccupations élevées, il affirme que Calvin eut, pen-
Dans les premiers mois de l'année suivante, Calvin fit à Paris un voyage projeté quelque temps auparavant. Il choisit probablement, pour s'absenter de Bourges, le temps où les cours étaient fréquemment interrompus par les examens, c'est-à-dire les mois de février et mars. Le motif de ce voyage nous est inconnu ; nous ne saurions même pas qu'il eut lieu sans une lettre de Calvin à de Connan, qui nous a été conservée avec l'opuscule dont elle est la préface. Un certain Attmcius, partisan d'Alciat, avait dirigé contre Pierre de l'Estoile des attaques auxquelles celui-ci avait dédaigné de répondre. Du Chemin s'était décidé alors à faire paraître une apologie composée depuis deux ans, et il avait profité du voyage de Calvin à Paris pour le prier d'en corriger les épreuves. De Connan était disciple d'Alciat ; Calvin, au C3ntraire, se déclare, avec une ardeur juvénile, partisan de Pierre de l'Estoile , ce qui ne l'empêche pas de rendre justice à Alciat, qu'il connaît, du reste, personnellement. De Connan, de son côté, aime et respecte le jurisconsulte d'Orléans : c De Stella, écrit Calvin, quam « belle sentias loquarisque honorifice, et nuper, famic liari sermone et, tuis antea multis litteris persaepe c cognovi, ut nullo modo dubitare debeam, etc. »
Quelque .temps après, Calvin retourna à Bourges en passant par Orléans. Il vit là du Chemin avec toute sa famille, et lui promit de revenir bientôt. Mais il devait
dant ce séjour à Meaux, des entretiens avec l'évêque Briçonnet, qu'il se serait efforcé de convertir, et que le vin dont parle la lettre n'est antre chose que l'Evangile, dont il aurait cherché à remplir lésâmes.
en être autrement. Il fut subitement rappelé à Noyon, en avril 1531, par la nouvelle que son père était malade. Peu de jours après, il était au milieu des siens. Dans les CDmmencements, on put conserver quelque espoir ; mais peu à peu, la maladie s'aggrava, et les médecins, consultés vers le milieu du mois de mai, déclarèrent que Gérard Calvin n'avait que peu de temps à vivre. Tous ces détails nous ont été conservés dans une lettre que Calvin écrivit le 1 4 mai à son ami du Chemin ; il y déclare que tout espoir est perdu. Les expressions dont se sert Calvin, en parlant de son père, trahissent peu d'amour filial. En tout cas, s'il éprouve ce sentiment, il s'efforce de le cacher, en se renfermant dans la narration sèche et brève des faits. La prédiction des médecins ne tarda pas à se réaliser. Le vendredi 1 6 mai 1 531 (1 ) , Calvin vit mourir son père. Deux jours auparavant, il avait-écrit à du Chemin : « Quelle que soit la tournure que prendront les événements, je vous reverraï. » Put-il donner suite à cette promesse ? Nous ne le croyons pas. Quoi qu'il en soit, profitant de la liberté que la mort de son père lui avait rendue, il se décida à renoncer pour tout de bon à la jurisprudence, et à suivre ses goûts, qui l'entraînaient vers l'étude des langues anciennes. Dans ce but, il revint à Paris, et c'est dans cette ville que nous le retrouvons un mois après lés événements que nous venons de raconter.
(i) Le Vasseur, Annales de l'Eglise de Noyon, 1633, p. 1134. Document cité par Herminjard.