‹ Étude sur la langue anglaise au xive siècleChapitre 10 sur 51 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Etat de la langue à rayènement d^Edouard III. — Portrait d'Edouard, sa politique. ^- Prédécesseurs immédiats et eontemporaius de Chanoer. — Poèmes politiques en français, en latin, en anglais. — Lawrence Minot. — Poème sur le siège de Calais. — Langue cte Minot. — Le public anglais divisé en deux camps. — John Wiclef. — Sa biographie. — Wielef homme politique, — réformateur. — Pourquoi il est protégé par le roi et par Jean de Grand. — Lutte de ce dernier centre PEglise. — Wielef écrU en langue vulgaire — Sa traduction de la Bible. — Pourquoi sa langue est presque exclusivement saxonne. — The vision of Piers Plownian ; the Creed. — Ce qu'était probablement Tauteur anonyme de ces poèmM ; son style archaïque. — Enet des écrits populaires en langue vulgaire.

La confiscation de la Normandie et, plus tard, les luttes soutenues contre la royauté par les seigneurs et les svjets^ alliés dans ce but, avaient, nous l'avons dit, favorisé la fusion des deux idiomes, en nécessitant le rapprochement des deux races. L'œuvre d'unification était cependant loin

^ Sujets (suhjectij. < Ce mot ne signifiait pas la soumission en politique,

* mais la soumission aux vainqueurs. Cinq cents ans après la conquête, on » faisait encore la différence. La reine Elisabeth, dans son discours au Par-

> lement, n'appelait pas sujets les hommes sur qui elle n'avait que la préé-

> minence de l'autorité; mais elle donnait ce nom aux membres des

* communes pour exprimer qu'elle avait sur eux une autre sorte de pou- » voir. La formule était : < My right loving Lords, and you, my right

* faithful and obedient subjects >. Aug* Thierry, Dia ans é^éûtdsa^ p. 38.

d'être complète en 132'7 , lorsque le jeune et ardent Edouard III monta sur le trône.

Le nouveau roi avait les qualités qui convenaient aux circonstances difficiles où l'Angleterre se trouvait. Aux dons les plus brillants de Tesprit, il joignait un grand courage et un grand sens politique. Il avait compté au nombre de ses précepteurs les deux savants les plus illustres de l'époque, Richard Bury et Walter Burleigh *, mais il avait étudié, ailleurs que dans, les livres, son métier de roi. Son fils, le célèbre Prince Noir, était moins bien doué ; il avait plus des qualités qui font le parfait chevalier, moins de celles qui font l'homme d'Etat. Heureusement peut-être pour sa gloire, la mort ne lui permit pas d'atteindre l'âge où il aurait eu besoin des secondes *.

Le grand objet de la politique des premiers rois normands avait été la fondation d'un empire continental. Edouard renoua la tradition avec des chances sérieuses de succès. Il ne parvint pas, il est vrai, à réaliser ses rêves ambitieux, — et ce fut un grand bonheur pour l'Angleterre ; — mais ses victoires produisirent un résultat bien plus considérable que celui qu'il en attendait. Elles complétèrent réellement le mélange des deux races qui avaient combattu et vaincu sous un même drapeau. Il n'y eut désormais plus rien de commun entre l'Angleterre du roi Jean et celle d'où les armées d'Edouard s'étaient élancées à la conquête de la France ^ Après Crécy, il n'y eut plus en Angleterre que des Anglais.

L'homme d'Etat sut alors tirer parti des victoires du général. Sentant qu'une suite de revers pourrait anéantir ce que venait de fonder une suite de victoires, Edouard voulut

* Godwiu, Li/e of Chaucer^ II. p. 01.

* G.-P.-R. James, Hist, of l^dw. III and the Black PrincCy II, p. 47. ^ Macauloy, Hist. ofSngland, I, p. 17.

rendre indissolubles les liens glorieux qu'il venait d'établir entre les vainqueurs et les vaincus de Hastings. Pour cela, il fallait avant tout faire disparaître la distinction que la différence des dialectes formait encore entre les deux races. L'unité politique ne pouvait exister sans l'unité de langage.

Edouard s'employa donc aussitôt ^ encourager, par tous les moyens possibles, les jeunes écrivains en langue vulgaire. Son influence, s'exerçant dans le sens populaire» devait être puissante, il est vrai ; mais elle pouvait n'être pas suffisante. Il y avait à compter, en effet, avec la résislance aveugle des représentants des préjugés de race, c'està-dire avec l'immense majorité de l'aristocratie ; il y avait surtout à compter avec les hasards du génie. Il s'agissait bien plutôt de créer une langue, que de la polir et de la cultiver. La jeune école des novateurs en langue vulgaire se trouvait en présence du problème redoutable que Dante, en Italie, n'avait résolu qu'au moyen d'un chef-d'œuvre.

Mais la fortune ne devait pas abandonner l'Angleterre sur ce nouveau champ de bataille : un poète lui était né.

Avant d'étudier la vie et les œuvres du premier écrivain de génie en langue vulgaire, nous examinerons les travaux de ses prédécesseurs immédiats et de ses contemporains, afin d'établir, avec plus de justice, la part qui revient à chacun d'eux dans l'œuvre nationale de l'unification de la langue anglaise.

Une curieuse publication de M. Th. Wright* nous montre que, dès les premières années du xiv® siècle, les écrits en langue française ou en langue latine étaient devenus très rares en Angleterre, surtout les premiers. Nous en donne-

^ Political poems and sougs relating to English historj, composed during the period from the accession of Edw. III to that of Rich. III. Edited hy th. Wright Esc,, 2 vol. London, 1859.

rons cependant quelques exemples afin de caractériser plus complètement Tépoque littéraire qui nous occupe. Le recueil de M. Wright ne contient que deux poèmes en français, tous les deux composés à l'étranger, quoiqu'ils soient intimement unis à l'histoire politique de l'Angleterre. Voici un passage du plus remarquable :

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