‹ Étude sur la langue anglaise au xive siècleChapitre 9 sur 51 · livre à écrire une copie · texte numérisé non relu

livre à écrire une copie

je le prie de l'écrire correctement

comme ce livre le lui indique,

et de bien prendre soin d'écrire deux fois une lettre partout où elle est sur ce livre écrite de cette manière.

Qu'il prenne garde de l'écrire car n ne peut autrement [ainsi, en anglais écrire correctement

le mot : qu'il le sache bien, en

[vérité.

Il serait aisé de trouver dans l'Ormulum des passages plus remarquables que celui-ci pour le style autant que pour la pensée ; nous l'avons préféré seulement parce

^ Il y a deux textes différents du Brut de Layamon. Le plus ancien (vers 1200) n'a pas cinquante mots d'origine française ; l'autre n'en a guère plus. Voir l'édition de sir Frederick Madden (1847).

* Edit. de M. Robert Meadows White, D. D., d'après le manuscrit de la Bodléiennet Oxford, 1852, 2 vol. in-S^'.

qu'il montre combien la prononciation de ce dialecte primitif préoccupait déjà les écrivains soucieux de son avenir. Il prouve, de plus, que les différences dialectiques n'étaient pas toutes dans les formes grammaticales : la prononciation en contenait aussi.

Bien que ces ouvrages de longue haleine ne présentent pas encore de trace sensible du mélange des deux idiomes parlés en Angleterre, ce mélange avait pourtant commencé ; seulement il ne se manifestait guère que dans des locutions où le terme français n*avait pas de correspondant exact en anglais. Nous rencontrons, par exemple, même avant la conquête, dés 1051, des locutions comme celles-ci : « The Frencyscan the on tham Castelle », allusion au château de Douvres. En 1086 : « Se cing dubl)ade his sunu Henric to ridere ». Duddade^ dit M. J. Kemble, n'est autre chose que le verbe français adouber (employé encore au jeu d'échecs, et conservé dans les patois du Languedoc) changé en verbe faible anglais. En 1135 : « Païs he makede men and dœr ». — « Balduin accordede. » En 1137 : « He hadde get his trésor ». On pourrait encore citer les mots : cancelere, neus (neveu), prisun^ Justise, martyr, castle, tensérie (de tancer), carited, renies, in prisun, privilégies^ miracles. En 1140, nous trouvons en outre : candies^ quarteres, cuntesse in Anjou * .

Aussitôt que la confiscation de la Normandie eut isolé les Anglais dans leur île, le mélange des deux idiomes rivaux fit delà progrès visibles ; car, par suite de cette séparation d'abord, et, plus tard, à cause du traité signé entre Henri III et Louis IX «, l'affluence des étrangers cessa, et

^ Thommerel, Recherches sur Vanglo-saxoni p. 88 ; et Alex. Ellis, ISarly Snglish pron^ F° part., p. 84.

* Ce traité interdisait à chacun des deux rois d'autoriser ses sujets à posséder des terres sur le domaine de l'autre. (Matth., Paris. Ad ann,, 1244.)

l'Angleterre reprit enfin possession d'elle-même. L'effrayante mortalité des barons normands, pendant les guerres intestines qui ensanglantèrent les règnes de Jeansans-Terre et de Henri III, ouvrit aux vaincus le chemin des honneurs. Ils avaient déjà pour eux, outre une indomptable énergie, le nombre et la richesse, produit de leur travail. Longtemps fidèles à leurs mœurs et à leur idiome, ils avaient repoussé, comme une trahison, toute alliance avec les vainqueurs. Mais, depuis la conquête, les événements avaient marché, les circonstances s'étaient singulièrement modifiées. Les rois normands, sous peine de livrer toutes leurs prérogatives à une aristocratie remuante et ambitieuse, avaient dû s'employer eux-mêmes à relever la classe sujette et méprisée, afin de pouvoir s'appuyer sur elle. Les Anglais ne pouvaient plus que se prêter de bonne grâce à une manœuvre qui leur était si favorable; car l'assimilation des deux races sous un joug commun, c'était le renversement de l'ordre établi par la conquête, c'était la revanche de Hastings *.

C'est ainsi que la politique, après avoir cherché à élever une barrière infranchissable entre les deux races et, par conséquent, entre les deux idiomes, en arriva, par la force des choses, à favoriser leur rapprochement et à précipiter leur mélange. L'intégrité des dialectes anglais, longtemps sauvegardée par la fierté des vaincus et le dédain des vainqueurs, fut laissée sans défense à partir de 1205, et la langue subit l'invasion normande cent cinquante ans après le pays !

Nous allons suivre, dans une série de citations, les progrès de cette inviasion tardive. Voici d'abord la traduction anglaise d'un petit poème anglo-normand intitulé : « La

* Aug. Thierry, Diaf ans d'études historiques, p. t58.

prière du prisonnier. » Nous donnons l'original et la traduction de ce curieux morceau, tel qu'il est au folio 160 b. du Liber de antiquis legibiis, conservé au Guildhall de Londres. Les paroles et la musique sont probablement de la seconde moitié du xni« siècle.

Eyns ne soy ke pleyntc fa Ore plcyn dangusse tressu Trop ai mal et conlroyre Sanz decerte en prisun sut

Car m'aydez très^pius ihésu Duz deus et deboneyrc.

Ihesu crist veirs deu veirs hom, Prenge vus de mei pite.

Jetez mei de la prisun

Y ie sui a tort gete.

Jo c mi autre compaignun Deus enset la uerite Tut pur autre mesprisun

Fumes a hunte liucre.

Sire Deus

Ky as mortels Es de pardun ueinc

Sucurez

Deliuerez Nus de ceste peine.

Pardonez

Et assoyiez Icel' gentil sire

Si te plest

Par ki forfet Nus suffrun tel martirc.

Ar ne Kuthe ich sorghe non, Nu ich mot namen min mon.

Karful welfore ich syche.

Geltles ihe sholye muchele

[schamc Help God for thin swete name Kyng of Hevene riche.

Jesu crist sod God sod man Loverd thu rew upon me Of prisun thar ich in am Bring me ut and makye free.

Ich and mine feren sume God wot ich ne lyghe noct For othre habbet mis nome ben In this prisun ibroct.

Al micti

That wel lictli Of baie is halo and bote

Ilevene King Of this woning

Ut us bringe mote.

Foryhef hem

The wykke men God yhef it is thi willc

for wos gelt

we bed ipelt In thos prisun hille.

Fous est ke se afio En cesle morten vie Kc tant nus contralic

Et u nad fors boydio Ore est boem en leesso Et ore est en tristesse Ore le garist ore blesce

fortune ke le guie.

Virgine et mère au soucrein Ec nus ieta de la mayn Al mauffe ki par cuayn Nus ont trestuz en sun heinc

A grant dolur et peine, requérez icel seignur Ke il par sa grant dulcur Nus get de ceste dolur U nus sumus nuyt et jor

Et doint ioye certeyne.

Ne hope non to bis livo lier ne mai bc bilive Ilegbe tbegb be stigbe

Dcd bim felled io grundc.

Nu bad man wcle and bliscc Ratbe be sbal tbar of misse Worldes wele midywisse

Ne lasted buten on stundc.

Maiden tbat bare tbe beven king Bisecb tbin sonetbat swete tbing Tbat be babbe of bus rewsing And bring bus of tbis woning

For bis mucbele milse.

Ile bring bus ut of tbis wo and bus tacbe wereben swo In tbos live go wu sit go Tbat we moten ey and o

Ilabben tbe ecbo blisce.

On remarquera que la traduction n'a guère emprunté à Torlginal que le mot pristm. Le mélange, déjà actif dans la langue familière de la bourgeoisie, n'arrive encore que très affaibli à la langue littéraire.

Robert de Gloucester , qui écrivait en 1230, ne fait que de très rares emprunts au vocabulaire normand ; mais la plupart de ses contemporains se montrent beaucoup moins scrupuleux. Adam Davie (1280), dans sa vie d'Alexandre le Grand, insère, un peu au hasard, tous les mots qui lui paraissent faciliter son vers et, parfois même, des locutions tout entières :

In tbis time, fair and Joli/ Olympias, tbat fair wife,

Would makc a riche fest

01 Knigtes and ladies honest.

That telleth the maistres saunz faite

Ily ne ben no more verreyment And lo hâve horses avenaunt To hèm stalworth and asperaunû Toppe and rugge and croupe and cors Is semhlabel to an hors*.

On rencontre aussi, vers la même époque, de singuliers exemples du mélange burlesque des trois idiomes du temps [latin^ français^ anglais). Cette confusion contribuait puissamment à les altérer tous les trois :

Quant homme deit parleir, videat quœ verba loquatur, Sen covent aver, ne stultor inveniatur.

Quando quis loquitur, bote resoun reste thcrynne, Derisum patitur, aut lutel so shall he wynne '.

Le célèbre poème satirique The land of Cohayne^ écrit vers 1300 et attribué à Michael de Kildare, contient aussi beaucoup de mots français :

Thete is a wel fair abbeij Of white monkes and of çrei/, There beth bowris and halles :

Of pasttiis beth the waUes, Of fleis, of fisse and rich met, The likfuUest that man may et.

Fluren cakes beth the schingles aUe, of cherche, clotster, boure and halle. The pinnes beth fat podinges rich met to princes and kinges

* Éllis, Barly Engl, pronunc, part. I, p. 140; et Earle, The phiL of the Bngl, tongue, p. 64.

' Marsh, Macaronic poetry, p. 247.

Though paradis be miri and bright, Cockayn is of fairir sight...

when tho monkes gecih to mass^ Ail tlio fienestres that beth of glass Tur/ieûh into crystal bright, To give mondes more light*.

Nous pourrions y souligner encore les mots : fruit, floure, serpent, vile, joy, rivers, oil, finCy servéth, pillarsj capital, jaspe, coral, odour, cartel, girofle, rose, lily, etc.

Tout cela ne constitue pourtant encore qu'une sorte de juxtaposition grossière, plutôt qu'un mélange, une fusion d'idiomes. Mais Tart ne va pas tarder à se faire jour dans le choix et dans l'arrangement des mots. Le Handling Synne • de Robert de Brunne est d'une facture plus élégante ; on y voit déjà clairement ce que pourra devenir cet idiome, quand il aura été cultivé et assoupli par des écrivains de talent. Ce poème contient une quantité considérable de mots français, ce qui ne saurait nous surprendre, puisque nous approchons sensiblement de l'époque de Chaucer ; mais les mots purement anglais qui s'y trouvent, et c'est là le côté particulièrement intéressant de cette œuvre, n'appartiennent pas à un dialecte unique ; ils semblent venir de tous les points de l'Angleterre pour concourir à une œuvre commune. Les formes du dialecte central y dominent pourtant, et nous pouvons déjà prévoir que l'anglais littéraire les adoptera aussi, mais sans négliger les ressources qui lui seront fournies par les autres dialectes. Il saura seulement leur imposer une discipline plus puis-

* EUis, ^arly BnglisK pronunciation, part. I, p. 84.

^ Ce poème, avec son original français, a été édité par M. Fumival pour le Roxhurgh Club* Le Manuel des péchés avait été écrit par Guillaume WaddingtOQ seulement 30 ans plus tôt.

44 éTUDB SUR LA LANGUE ANGLAISE! AU XIV» SIÈCLE

santé qui leur donnera plus de cohésion et de personnalité.

Robert de Brunne prend de tous côtés, mais un peu au hasard : au sud, il emprunte le changement de a en o, de en ou^ de g en n ; l'aspiration de c en ch (moche, eche, whyche, swyche) et de se en sU. Il adopte la corruption occidentale du participe présent en ing, sans oser pourtant renoncer entièrement à la forme en and. Il conserve aussi un grand nombre de formes septentrionales (thethen au lieu de then, mykel au lieu de mochil, cMlder^ ylka, iane, ire, gatte, Tiauh, slagfieter^ handmayden, lighten, wreccfied, àbye^ fie seys, thou sweres, etc. Il manifeste, en outre, une grande prédilection pour le digramme gh ; il écrit non seulement sygh, lagheier, doghe, nighe, neghbour, mais encore hneugh (knew), nagheer (nowhere), etc., ce qui tendrait à prouver que l'aspiration gutturale du gh avait déjà disparu de plusieurs mots ^

Le passage suivant, relatif au grand évéque de Lincoln, qui mourut peu d'années avant la naissance de notre poète, n'est pas traduit du français :

Y shall yow telle as y hâve herde Of the bysshope seynt Roberde

Hys to-name ys Gros leste surname

Of Lynkolne, so seyth the gest. history

He lovede moche to hère the harpe, For mannys wyt hyt makyth sharpe ; Next hys chaumbre, besyde hys stody, His harpers chaumbre was fast therby.

Many tymes be nyghtys and dayys, He had solace of notes and layys.

One askede hym onys, resun why He hadde delyte yn mynstralsy ; , He answerde hym on this manere, why he helde the harper so derc '-

* K. Oliphant, Old and middle jEnglishy p. 447 et suivantes.

the vertu of Ihe harpe thurghe skylle and ryzt right

wyl destroye the fendes myzt might And to the croys by Gode skylle

y s the harpe lykencde weyU *. weîl

Il convient de signaler aussi l'œuvre de Richard Rolle, Termite de Hampole, qui mourut vers 1349. Son poème « The prihke of Conscience » ne fut composé, dit-il, que pour ceux qui comprennent sa langue, observation remarquable à une époque où l'on n'écrivait guère que pour ceux qui parlaient français. Son ouvrage ne compte pas moins de dix mille vers rimes :

Now I hâve, first as I undertoke,

FulfiUed the sevene matières of thisboke,

And oute of latyn I hâve hem idrawe ;

The whlche to some man is unknawe.

And namely to lewed men of Yngelonde,

That konneth nothing but Englisshe understonde.

And therfor this tretys outedrawe I woldo

In Englisshe ; that men understonde hit sholde.

And prihke of conscience is this tretys yhote,

The whiche to mannes soûle isbest bote*.

Cette langue ne contient presque plus de formes archaïques , et on peut la lire sans le secours d'une traduction.il ne faudrait pas croire cependant qu'elle fût généralement acceptée en Angleterre à cette époque ; elle avait encore bien des résistances à vaincre, beaucoup d'obstacles à surmonter, pour les Normands, habitués à considérer le nom d'Anglais comme une grossière injure 3, c'était déroger gravement

' Kingt. Oliphant, Old and middle Mgl. (emprunté à l'édit. du Bow^ hurgh Club), p. 467.

* Sh. Turner, The ffist. of Sngl. during ihe middle âges, d'après le ms. (BibL reg., 18, A. 5).

* The EngUsh were termcd barbarians, and a Norman could not

que de renoncer à l'idiome, qui était encore et demeura longtemps le privilège de la noblesse, le dernier signe de la victoire. Heureusement toute résistance avait cessé du côté des vaincus. Ils s'efforçaient même de se rapprocher des vainqueurs en étudiant leur langue, ou plutôt en mêlant à leur idiome tous les mots qu'ils pouvaient en retenir, Dans les villes, où la population des deux races se coudoyait sans cesse, le travail d'assimilation était facile; mais dans les hameaux, les paysans ne pouvaient que continuer à faire usage de leur dialecte primitif. La distance qui existait entre ces dondmen et les bourgeois des villes était encore très grande sous Edouard III. Froissart, que Ton ne saurait accuser d'une sensibilité trop grande, ne peut s'empêcher de plaindre leur situation malheureuse, en la comparant à celle des serfs en France *. Il est évident que pour pénétrer jusqu'à ces couches inférieures de la société, l'idiome anglo-normand avait beaucoup plus à faire encore que pour s'élever jusqu'au sommet : du côté des NoMands, il y avait mauvais vouloir, il est vrai; mais de l'autre côté, il y avait impuissance.

Ce fut donc par la classe moyenne que le mélange s'effectua d'abord. Les Normands avaient importé en Angleterre toute une civilisation nouvelle, et les bourgeois anglais, pour entrer dans leur société et jouir de leur civilisation, devaient naturellenient adopter le langage qui en était l'expression. D'un autre côté, les travaux de traduction qui avaient servi de littérature pendant toute la période qui nous occupe, avaient contribué, pour une large part, à augmenter les emprunts faits à la langue des trouvères. Adopter le terme à traduire simplifiait trop le travail

more grosslj ofTend one of bis countrymen than hy ctlling him an Snglishman >. £. Malcolm, Anecdotes on th$ manners and eust»i p. 54. ^ Froissait; vol* II, chap. L3(xiv, p. 133.

ennuyeux du traducteur pour qu'il négligeât toujours un secours si précieux. Le français, plus cultivé que l'anglais, se prêtait d'ailleurs bien mieux à la Yersification ; ses terminaisons plus sonores offraient une mine abondante de rimes riches et harmonieuses.

Ces nombreux emprunts faits au français des trouvères par les divers dialectes du vieil anglais n'affaiblirent pas les différences qui existaient entre eux, bien au contraire : ils ne firent que les augmenter d'abord. La prononciation et le sens môme de tous ces mots d'emprunt restaient livrés au hasard de la plus variable des choses humaines, l'interprétation de chacun. Tel mot était adopté au nord qui ne l'était pas au midi; tel autre, admis dans plusieurs dialectes, revêtait dans chacun une orthographe spéciale qui le défigurait partout, il est vrai, mais d'une manière différente. Enfin, les traducteurs ne se contentaient pas toiyours de puiser dans la littérature normande, ils mettaient à contribution des œuvres de toute provenance et, par conséquent, de tout dialecte ; et lorsque le mariage de Henri II avec Eléonore eut étendu jusqu'au sud-ouest de la France les possessions anglaises, les troubadours purent, comme les. trouvères, fournir leur contingent de mots aux dialectes issus de l'anglo-saxon.

Quant à l'idiome des Normands d'Angleterre, il est aisé de comprendre que, séparé du sol natal, torturé par des gorges 8axonne8,appauvri par des emprunts toujours renouvelés, il ne pouvait que dégénérer et périr. Les trouvères normands qui , jadis, fréquentaient l'Angleterre, avaient cessé d'y venir , et ceux qui s'y étaient fixés avaient dû chercher des élèves et des continuateurs parmi les Anglais eux-mêmes. Aussi, dès le début du xiv« siècle, aucun d'eux n'écrivait plus en français.

La Cour et la noblesse parlaient pourtant encore cette

langue * , et Edouard III qui, comme nous allons le voir, lui porta le dernier coup, n'en parla jamais d'autre. Dans une circonstance importante de sa vie politique, il fut incapable de mettre bout à bout trois ou quatre mots de l'idiome national ^. Il suffira de quelques exemples pour donner une idée de l'état de dégénérescence de la langue qu'on s'obstinait à parler à la cour. Voici en quels termes, Edouard III lui-même écrivait à son fils :

Tresch... et tresame filtz nous sauons bien ge vous desriez mult de sauoir bones nouelx do nous et de nrc estât vous faceons assauoir ge au partier du ccstes nous esteions boites de corps dieux ensoit loie '.

Voici, en outre, un spécimen du style des proclamations :

Corne en nostre parlement pur refriendrc la malice des servantz qi furent percionses nient voiUantz servire après la pestilence, saunz trop outrageouses lowors prendre *.

Et ailleurs :

Soit ordeine covenablo remédie et cornent la pies purra meltz i estre gardez et le people de son roialmo vivre en ese et quioto ^.

Nous donnerons encore une curieuse définition de l'amour en trois langues, qui montrera clairement ce que le français avait perdu à cette époque et ce que l'anglais n'avait pas encore su acquérir. Ce précieux morceau, écrit au xiv« siècle, est emprunté au manuscrit Douce de la Bodleïenne (139 — folio 148).

' Robert de Avesbury, Histor. de mirai, gestis Bdwardi III, p. 130, édit. Hearne.

* Pauli, Pictures ofold Engîand, p. 208.

* Rob. de Avesbury, p. 98.

* Rymer, III, p. 469.

^ Rot. Pari., II, p. 268.

DIALECTES DU VIlilL ANGLAIS 49

Amor est quœdam mcnlis insania qu8B vagum hominem ducit per dévia ; Silit dclicias et bibit tristia, Crebris doloribus commisccns gaudia.

Amur est une pensée enragiée

Ke le udif (oisif) humme meyne par veie deveye,

Kc a seif de délices et ne beit ke tristesce.

Love is a selkud wodenesse

That tbe idel men ledeth by wildernesse

That thurstes of wilfulscipe (wilfUlnesse?)

And drinket sorwenesse

And with lomeful sorewes menget his blltbncsse.

M. P. Meyer, qui cite ce morceau • , observe que les deux premières lignes de la traduction française peuvent bien passer pour des vers, mais qu'il a des doutes sur la troisième. Quant à la traduction anglaise, elle est lourde et d'une gaucherie toute naïve ; mais du moins est-elle exacte et complète. Le mot wilfulscipe^ qui détruirait la rime, est probablement une erreur de copiste.

Nous ne saurions mieux terminer cet exposé que par une citation du traité intitulé : « La manière de langage qui enseigne à parler et à écrire le français *. Cet opuscule qui porte la date du 29 mai 1396, sans nom d'auteur, est destiné aux gens de qualité. Il contient des modèles de conversation sur différents sujets et montre, d'une manière

* Homania, 1875, p. 383, Mélanges de poésie angî(HMrfnande.

* Bévue critique d'histoire et de littérature (numéro complémentaire de 1870). Paris, 1873.

évidente, avec quel acharnement rarjstocratie anglo-normande s'attachait encore aux derniers lambeaux de l'idiome parlé par ses ancêtres.

Qu'ils pourront avoir sens naturel d'apprendre à parler,

bien soner et à droit escrire doulz français, qu'est la plus bel et la plus gracions language et plus noble parler, après latin d'escole, qui soit au monde, et de tous gens mieulx prisée et amee que nul autre ; quar Dieulx le fît si doulce et amiable principalement à l'oneur et loenge des angels du ciel, pour la grant doulceur et biaultée d'icel.

Mais des ouvrages de ce genre, quelque complets qu'ils fussent, ne pouvaient plus empêcher, ni même retarder, le dépérissement du français d'Angleterre, La langue vulgaire était victorieuse, et Edouard III n'avait plus qu'à sanctionner cette victoire par l'ordonnance du 13 octobre 1362*. Bien que, par une contradiction singulière, cette loi fût elle-même écrite en français * , elle n'en eut pas moins d'efficacité. Nous en trouverons une preuve évidente chez les écrivains dont nous allons examiner les œuvres.

' Voici comment fut motivée cette fameuse ordonnance : < The French longue is mùch uuknown, so that the people which do implead or be impleaded in the king's court, and in the courts of others, hâve no knowledge nor understanding of that which is said for them or against them by their serjeants and other pleaders >, Stat. §f the realmy folio, vol. I, p. 396 (36 Edward III).

^ lonsma»'^ Lift and Tims of Edward III ^ vol. II;, p. 71.

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