‹ Étude sur la langue anglaise au xive siècleChapitre 32 sur 51 · LA PRONONCIATION DE LA LANOUB DB CHAUGBR · texte numérisé non relu

LA PRONONCIATION DE LA LANOUB DB CHAUGBR

Les recherches de M. Ellis ont été basées sur les principes suivants :

1<> Quand peu de personnes savent lire, les rimes, pour être intelligibles, doivent être parfaites.

2* Toutes les fois qu'un mot, contenant un son de voyelle connu, rimera avec un mot contenant un son de voyelle inconnu, on peut en conclure que ces deux voyelles ont le même son.

3* L'orthographe, à laquelle la rime donne une certaine valeur, peut être considérée comme ayant la même valeur partout où elle n'est pas confirmée par la rime.

La question est de savoir jusqu'à quel point le premier de ces principes, dont les autres dépendent, est justifié par les manuscrits. Un examen attentif de toutes les rimes des n,368 vers dont se composent les Canterbury Taies (édition Wright) n'a constaté que cinquante rimes environ où l'orthographe indique une différence de son ; et, parmi elles, cette différence ne consiste souvent que dans l'omission d'un e final, tandis que l'on rencontre ailleurs de fréquents exemples d'une orthographe qui rendrait la rime parfaitement légitime. C'est ainsi que nous voyons rimer ensemble : born et biforne 1225 ; — Trace, Allas, 1953 ; — bere, messager, 5142; — eeke, leek, 6153; — potestate, estaat, 7599 ; — bringe, lyvyng, 8101 ; — hew, newe, 8253 ; — mighte, sight, 8556 ; — solace, allas, 9149 ; — laste, cast, 9827 ; — est, beste, 10,773 ; — witte, it, 8303 ; — hoste, wost, 11,007 ; — ever, dissevere, 12,802 ; — trésor, Nabugodonosore, 15,629 ; — may, aye, 17,105 ; — leye, way,

Ce ne sont, on le voit, que des erreurs de copiste, qui n'altéraient pas le son des mots, car les scribes étaient naturellement portés à représenter par l'orthographe leur propre prononciation. Chaucer ne l'ignorait

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pas, puisqu'il adresse à son scribe les plaintes suivantes :

Adam Scrivener, if ever it thee befalle,

Boece or Troilus for to write newe,

Under thy longe lockes maist thou bave the scalle,

But after my making thou write more trewe !

So oft a day I mote thy werke renewe,

It to correct and eke to rubbe and scrape ;

And ail is tborow tby necligence and râpe '.

Sauf dans certaines pièces dont les originaux sont, par cela môme, sans autorité, les fautes de rime sont très rares chez Chaucer *. Plusieurs de ses manuscrits ont recours à la réduplication de la voyelle pour indiquer qu'elle est longue (aa=à, ee=è, etc.), mais il n'en est pas toujours ainsi. Comme, d'un autre côté, on trouve souvent que a, e, i, longs riment avec a, e, i, o brefs, tandis que u long ne rime jamais avec u bref, on peut en conclure logiquement qu'il n'y avait qu'une différence de quantité entre les premières, mais qu'il y avait une différence de qualité entre les autres.

Ayant ainsi montré que, par voie de comparaison, on peut légitimement déduire d'une rime le son d'une autre rime et en arriver, de déduction en déduction, à établir le son réel de toutes les voyelles dans leurs diverses combinaisons avec les consonnes, M. EUis se trouve en présence de la plus grande difficulté de sa tâche. Tout son ingénieux système repose sur une base en apparence bien peu solide, car il dépend de la connaissance de cette première rime qui doit lui livrer le secret de toutes les autres de même nature. La comparaison lui permet encore de

* Chaucer, édit. Morris, VI, p. 307.

' Les manuscrits de Chaucer furent tous écrits an zv® siècle, mais heureusement, dans la première partie de ce siècle, et ayant lee troubles de It guerre des Deux-Roses.

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