‹ Étude sur la langue anglaise au xive siècleChapitre 42 sur 51 · LE GÉNIE DE CUAUCBR · texte numérisé non relu

LE GÉNIE DE CUAUCBR

quarante ans, et suivait ses penchants naturels à sa guise, comme les oiseaux qui sont des séculiers. Lorsqu'il eut passé la soixantaine, — était-ce la religion ou bien le radotage ? je ne sais ; — mais il fut pris d'une si belle envie de se marier, qu'il passait ses nuits et ses jours à chercher le plus sûr moyen de la satisfaire '.

Il a suffi à Chaucer de souligner, pour ainsi dire, quelques traits essentiels dans une exposition des plus simples, pour nous mettre au courant de toute l'affaire et nous intéresser, dès le début, à un dénouement que tout nous fait prévoir. Nous connaissons déjà parfaitement le digne chevalier et nous savons qu'il va faire une folie avec toutes les apparences de la sagesse. Notre intérêt est éveillé dès les premiers vers ; nous ne perdrons plus un mot du récit.

Rabelais nous présente son Panurge dans une situation analogue à celle du sage Janvier, le chevalier de Pavie ; et Molière, de son côté, nous offre un second terme de comparaison dans le Sganarelle vieilli de son Mariage forcé. Or, il n'y a pas eu imitation, car si Molière a pu songer à Rabelais, il est évident que ni l'un ni l'autre ne connaissait Chaucer. Il sera d'autant plus intéressant d'examiner la manière dont ces trois grands écrivains ont compris et traité le môme sujet.

Janvier, Panurge et Sganarelle sont tous les trois décidés à se marier ; mais redoutant, pour des motifs particuliers, les railleries de leurs amis, ils songent tous les trois à rejeter sur un autre la responsabilité des malheurs à venir. Ils vont de tous côtés solliciter des conseils qu'ils sont décidés à ne pas suivre, s'ils ne flattent et n'excusent leur folie. Nous ne suivrons point Panurge depuis les « sorts homériques et virgilianes » jusqu'à Triboulet et à la « divo Bouteille ». La satire et la comédie peuvent parfois s'en-

^ Œwtm de Ckaueert II ; TAe Mêrehaundet TaU, p. 1-14.

198 ÉTUDB SUR LA LAN0UB ANaLAISB AU XrV« SIÂCLB

tr'aider, mais elles n'en demeurent pas moins distinctes. Rabelais multiplie à loisir les tentatives de Panurge, parce qu'il augmente en même temps les occasions d'exercei* son humeur satirique ; mais il n'étudie pas un caractère, ou môme un côté de ce caractère. Molière nous fournira un terme de comparaison plus complet.

Mais voyons d'abord ce que fait Janvier. Après s'être payé d'excellentes raisons, il s'en va consulter ses amis.

Divers Individus lui parlèrent diversement du mariage et lai citèrent de nombreux exemples d'autrefois. Les uns blâmèrent ; d^autres louèrent, il est vrai ; mais enfin une discussion s'éleva entre ses deux fjrères, dont l'un se nommait Placebo et l'autre Justin. Placebo lui dit : « Mon frère Janvier, tu n'avais guère besoin, mon cher seigneur, de demander conseil à aucun de nous ; mais tu es si plein de sagesse que, dans ta haute prudence, tu n*as pas voulu t'écarter des paroles de Salomon. »

Le nom du frère indique assez qu'il approuvera tout, et nous attendons avec confiance la conclusion de son petit discours :

« Fais donc, dans cette affaire, comme tu le trouveras bon, car, en un mot, je te déclare que ce sera pour le mieux. »

Mais Justin, comme l'Ariste de la comédie, sera plus franc et, par conséquent, moins écouté.

« Maintenant, mon frère, soyez patient, je vous prie, puîsq[ue vous avez parlé, et écoutez ce que j'ai à dire. Sénèque nous apprend, entre autres choses sages, qu'un homme doit bien examiner à qui il confie sa terre et son bétail. Si donc je dois considérer à qui Je livre mon bien, avec combien plus de soin ne devrai- je pas examiner à qui je livre mon corps ; car ce n'est pas un jeu d'enfant dQ se charger d'une femme sans mûres réflexions. »

Et il continue à lui donner ainsi, avec onetion^ une fbule

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