‹ Étude sur la langue des Essais de Michel de Montaigne, présentée à la Faculté des lettres de LundChapitre 10 sur 14 · VIII. De la Construction · texte numérisé non relu

VIII. De la Construction

La grande liberté syntaxique — héritage du vieux français — dont on jouissait aux XIY:e et XV:e siècles, n'a pas beaucoup diminué au XVLe, et nous allons voir que la langue de Montaigne, à cet égard, ne connaît guerre plus d'entraves que celle de ses devanciers dont nous avons parlé dans l'introduction.

Voyons d'abord l'ordre du sujet et du prédicat. Le sujet, substantif ou pronom, est très souvent rejeté après le verbe, sans que dans bien des cas, nous en puissions comprendre la raison.

Ex. Mais mal-aysement le feroy ie. 1, 5. Mais surtout leur preste beau ieu le parler obscur. I, n. •

Depuis souffrirent pareille punition tous les gentils-hommes. 1, 15.

Lors exprime elle sa dernière force. 1, 33. Partant l'ay-ie choisi parmy plusieurs telles conditions. II, 8.

Si m'en desprins-ie de belle heure. III, 1. L'inversion a très souvent lieu après la conjonction et. Ex. Et disent les médecins. 1, 17. El fut esteincte en luy une très belle enfance. II, 5.

Et nous l'ordonne Ion principalement en ce

temps. III, 3.

Dans les propositions dont le prédicat est un verbe auxiliaire accompagné d'un adjectif ou d'un substantif, la notion prôdicative se met parfois à la tète de la proposition, ou bien le sujet se place entre le verbe et le prédicatif. Dans ce cas, Montaigne ne connaît pas les restrictions du français moderne qui ne permet pas que le sujet soit un pronom, ni que le prédicatif en tète de la proposition soit un pronom possessif ou un participe.

Ex. Et l'a l'estranger descouverte parfois avant moy. I, 10.

Et fut cette rude sentence exécutée à Lyon

Et nostre estoit il à très bonnes enseigner

Vice n'est ce pas, mais certes c'est malheur.

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