‹ Étude sur la langue des Essais de Michel de Montaigne, présentée à la Faculté des lettres de LundChapitre 11 sur 14 · III · texte numérisé non relu

III

Contrairement à l'usage moderne, il y a inversion

aussi dans les propositions subordonnées, avec la mémo

liberté concernant les parties prédicatives que celle dont

nous venons de parler.

Ex. Le danger estoit que mal-aysement peut on establir bornes certaines à ce désir. III, 9.

Estant cependant le père et la more tenus d'assister à cet office. II. u'.

Aristote dit appartenir aux beaux le droid de commander. III, 12.

Quant à l'inversion qui consiste à mettre le régime direct immédiatement avant le verbe, MONTAIGNE nous en offre bien des exemples.

Ceci ay ie reconnu de mes yeux. [,11, Au conseil qu'elle luy donnoil à ce faire,

— le moyen de ce faire. II, 35.

Fut longtemps sans mot dire. III, s. Et ne fait on rien pour celuy pour qui on ne fait qu'autre chose faisant. III, 9.

Passant où Ion avoit crucifié quelques Juifs, trois iours y avoit. III, 10.

Lorsque le régime . direct est à la tête de la proposition, sans précéder immédiatement le verbe, il se répète par un pronom personnel.

Ex. Les opérations de l'âme -- nous n'aurions que faire de les tenir en reijle et en ordre.

Les qualitez mesmes qui sont en moy non reprochables, ie les trouvois inutiles en ce siècle.

Quant à la place d'un pronom personnel régi d'un infinitif dépendant d'un autre verbe, MoNTAIQNE fait ordinairement précéder le premier verbe de ce pronom.

Ex. Il les alla charger tous endormis. I, g. Qu'on le puisse rappeler. 1, 11.

Pour luy aller demander miséricorde. I, ie. Les adverbes en, y ont généralement le même ordre que dans la langue actuelle, quoiqu'il y ait aussi des exemples du contraire.

Ex. Et en y eut -qui passèrent la nuict ensemble. 1, 44.

Plus qu'il n'en y a. III, 5.

Entre le verbe régissant et l'infinitif régi se placent souvent les compléments prépositifs du verbe.

Ex. Il vault mieux d'une belle asseurance se préparer à tout. 1, 23.

Son fils essayoit par présents .de gaigner la volonté des Macédoniens. III, c.

Les adverbes de quantité et d'intensité sont souvent séparés des mots qu'ils déterminent.

Ex. Que si à pleine bouche nous appelons Barbares. I, 5.

Que beaucoup moins est Camillus coin] (arable à Themistocles. IL 32.

Les adverbes de manière se placent parfois aujourd'hui, mais beaucoup plus souvent dans le vieux français et chez Montaigne, entre le sujet et le verbe de la proposition.

Ex. Qui luy peuvent le plus servir. I, 25. Qui plus disertement et consciencieusement pourroit remarquer leur? différences? 11,32. L'adverbe ici prend souvent la même place.

Ex. le veulx ici entasser aulcunes façons

anciennes. 1, 49.

Les différentes parties des temps composés sont souvent

séparées par des adverbes de temps et de lieu ou par

d'autres membres de la proposition qui sont de nature

adverbiale.

Ex. Il s'estoit plus hault monté. III, 2. Il a ce matin enterré son père. III, 11. Albucilla . . . s'estant pour se tuer frappée trop mollement. II, 13.

Pour s'estre à escient couppé le poulce de la main gauche. II, 2c.

Et a esté par sa mère esleué. III, 5. le t'avoy, Paulina, dit il, conseille. II, 35. Entre les prépositions de, à, pour et l'infinitif, on peut intercaler dans le français moderne des pronoms personnels ou indéfinis, certains adverbes, tels que bien, mieux, plus, proprement = à proprement parler (l'Acad.) etc., ainsi que les négations. Cette intercalation se fait dans le vieux français et dans Montaigne sans aucune restriction. Les expressions de ce faire, >) ce faire, pour ce faire sont très fréquentes. . On intercale en outre: des adverbes, des prépositions avec leurs compléments, (seulement après^owr), le pronom relatif lequel (après pour), et toute une proposition (seulement après pour).

Ex. De fidèlement représenter. 1, 16. Cette coustume de si exactement poiser et mesurer les parolles. II, îs. .

Pour, par L'opinion de leur fuitte, faire

rompre et dissouldre cette musse. 1,12.

Pour de tour en iour les perdre. II, 27.

Des ordonnances de la raison, pour lesquelles maintenir il faille que . . . II, u. Le génitif possessif et partitif précède quelquefois le substantif qu'il détermine.

Ex. De ceulx là est la liberté peu suspecte.

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