‹ Étude sur la langue des Essais de Michel de Montaigne, présentée à la Faculté des lettres de LundChapitre 9 sur 14 · VII. De La Négation · texte numérisé non relu

VII. De La Négation

L'ellipse du complétif pas est beaucoup plus fréquente dans la langue de Montaigne que dans le français actuel, et a lieu non seulement après les mêmes verbes qu'aujourd'hui, mais aussi après vouloir, devoir, laisser, suivis d'un infinitif. On trouve cependant ces verbes aussi souvent avec la négative complétive.

Ex. Il s'en est trouvé qui n'ont voulu abandonnerleur raillerie en la mort mesme. I, 40. Que le dire humain a ses formes plus basses et ne se doit servir de la dignité du parler divin. I, 56.

Pourtant ils ne lairront de ioindre leurs

mains vers le ciel (mais ibm: ils ne lairront pas de se revenir). II, 12.

Faillir et daigner peuvent aussi se dispenser de la négative pas.

Ex. Xe faillez sur vostre vie à me confesser. 1, 23.

Quoy, celuy qui ne daigna interrompre la lecture de son livre pendant qu'on l'incisoit. 1, 40. Xe s'emploie seul surtout dans des expressions impersonnelles. Cet usage s'est conservé dans n'importe, u< vous déplaise.

Ex. Il ne fut en sa puissance. 1. 1 Il n'y a remède. 1, 25.

C'est chose où il n'est besoin de s'estendre. II, 12.

L'ellipse de pas a lieu régulièrement devant les substantifs qui n'ont pas d'article, étant suivis d'une proposition relative explicative.

Ex. Il n'est homme qui etc. 1, 9. Il n'est lieu d'où elle ne nous vienne. I. 19. L'ellipse du complétif j>us a souvent lieu, contrairement à l'usage actuel, dans des propositions subordonniez qui ne représentent que l'idée d'une personne parlant ou agissant, et surtout dans les propositions infinitives.

Ex. Et que ce ne fust une obstination apostee contre son sentiment, cela le monstroit. 1, 20.

(Epaminondas) qui iugeoit meschant homme .. . celuy qui entre les enemys et en la liataille n'espargnoit son amy et son hoste. III, 1, Le secret que i'ay iuré ne deceller à un aultr. 1, 27.

Il est grand dommage n'estre occupé a meilleur subiect. 1 1, 32.

L'ellipse de La négative ne devant pas ou point m peul guère être admise dans la prose moderne, si le verbe ji est pus sous-entendu dans la proposition même où se trouve lu négative. Montaigne, au contraire, en fait souvent usage, surtoul dans de- propositions interrogatives

ai

Ex. Et Crassus — sembloit il pas entrer en conférence de sa délibération? I, îe.

La raison que ie cherchois tantost, seroit elle point aussi de là? I, 24.

Des mots négatifs ont quelquefois une signification affirmative, p. ex. le pronom nul (v. plus haut) et la particule ni, sans que la phrase renferme la négation ne.

Ex. Ce seroit une grande simplesse à qui

se lairroit amuser ny au visage ny aux parolles

de eeluy qui fait estât (Testre tousiours aultre

au dehors, qu'il n'est au dedans. II, iï.

L'expression non <i"< devant un infinitif, analogue à

celle des Latins avec nedum, doit s'expliquer par l'ellipse

d'un verbe qui signifie: »je ne veux point parler de» ou

autre chose semblable.

Ex. Qui me voudroit employer à mentir, à trahir, et à me pariurer — non que d'assassiner ou empoissonner: ie diroy. . . III, 1.

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