III. De l'Adjectif
Xous avons remarqué plus haut que le vieux français n'avait qu'une seule terminaison pour les adjectifs qui avaient dans le latin la même forme pour le masculin et le féminin. Cette règle, qui se perdit déjà au XIV:e siècle, a laissé dans MONTAIGNE une trace dans le mot composé gentilsfemmes, ainsi que dans l'adjectif grand, qui se trouve devant un plus grand nombre de substantifs féminins que dans le français moderne. La forme publique se trouve au lieu de public, ex. debvoir publicque. (1,25). L'adjectif sauf, employé aujourd'hui comme préposition, accorde avec le nom: saulve ma conscience III, 1. (Cf. Rabelais saulve l'honneur). Mol, bel, fol, vieil n'ont encore que cette ancienne forme. — On trouve parfois l'adjectif employé substantivement.
Ex. Mais depuis on y employa des serfs innocents, et des libres mesme, qui se vendoient pour cet effect. 1 1, 23.
Les adjectifs ordinaux sont toujours employés par Montaigne pour qualifier, par rapport à l'ordre, un individu dans la série des empereurs, des rois etc. Ainsi Henry septiesme, Charles cinquiesme, Louis onziesme. A
côté des formes premier, troisième, quatrième, cinquième, Montaigne a aussi prime, tiers, quart, quint. Un s'emploie au pluriel comme prédicatif.
Ex. Toutes heures luy seront unes. 1, 25. On le trouve aussi au superlatif.
Ex. Il multiplie en confrairie la chose la plus une et unie. 1, 27.
Le vieil usage de compter par vingtaine n'est pas sans exemple :
Un harnois complet du poids de six vingts
liures. II, y.
Vingt et cent prennent souvent le signe du pluriel,
alors même qu'ils ont après eux un autre adjectif numéral.
Ex. Elle avoit passé quatre-vingts dix
ans. II, a.
L'an mil cinq cents quatre vingts. III, 9.