‹ Étude sur la Langue et le Style de Leconte de LisleChapitre 2 sur 17 · L | É PR : = È · texte numérisé non relu

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C’Esr en toute humilité que nous présentons cette modeste étude sur la langue et le style de Leconte de Lisle.

Pour un étranger ce sujet présente des difficultés presque insurmontables, et il serait bien présomptueux de notre part de prétendre avoir apprécié toutes les beautés enchâssées dans Îles vers de celui qu’Anatole France se plaît à nommer un grand ‘prêtre de l’art”. Le plus grand charme d’un beau style poétique ne vient pas de la sonorité et de la cadence des vers, de la subtile magie des harmonies, de ces artifices exquis qui décèlent la grâce, la vigueur et la puissance de l’Orphée de la pensée; mais plutôt se trouve-t-il dans l’évocation de nouvelles beautés d’un attrait indicible ; parce qu’elles ont avec les pensées, les sentiments et les passions déjà cristallisées dans l’âme nationale des attaches mystérieuses mais puissantes, parce qu’elles sont l’épanouissement de tout ce qu’il y a de meilleur dans tout un peuple.

Une langue, si l’on veut bien nous entendre, a son propre parfum dont les nationaux seuls peuvent apprécier la délicatesse. Tout ce qu’il y a de subtil, de raffiné, d’évanescent dans ce parfum échappe à un étranger ; le plus grand charme d’une langue reste donc un mystère pour qui n’a pas vécu la vie de ceux qui la parlent. Tout au plus peut-il, tel un néophyte au seuil du sanctuaire, rester troublé, déconcerté, hanté par l’influence indéfinissable, mais sûre, d’une majesté, d’une beauté et d’une force dont il ne peut que deviner la présence.

Il nous était donc impossible, même après avoir recherché dans notre langue les œuvres de ceux de nos poètes qui semblent s’être inspirés de Leconte de Lisle, de découvrir le secret de son art, d’analyser le charme et la puissance de

sa poésie. Mais, si nous ne pouvions respirer le parfum de la fleur, du moins nous était-il permis d’en admirer les formes et les nuances, et de la comparer à d’autres que nous avons rencontrées dans le jardin littéraire. Nous avons donc essayé d’étudier le caractère nouveau de la poésie de Leconte de Lisle par opposition à la poésie des Romantiques. Nous montrerons comment la conception qu’il s’en fit l’amena à introduire dans la poésie des sujets nouveaux et à en enrichir le vocabulaire; nous verrons en lui le poète non pas des sentiments, mais des descriptions ; nous nous efforcerons de dégager son influence au point de vue du culte de la forme et de l'harmonie du vers. Enfin nous avons essayé de l’étudier comme réformateur, chef d’école, novateur, non pas en tant qu’unité isolée, mais comme un facteur actif dans l’évolution de la poésie française et, dans une certaine mesure, de celle d’autres pays.

Tous les poèmes dont il a autorisé la publication furent le fruit tardif, mais mûri, d’une vie de longues études, de hautes pensées et de nobles actions. Il ne convenait donc pas à notre avis d’essayer d’analyser le développement d’un poète qui a débuté par “ Hypatie ”, “ Midi”, etc., et qui a écrit les ‘* Hymnes orphiques ” et “ L’Enlèvement d’Européia ”” à l’âge de soixante-cinq ans. Nous avons donc plutôt parlé de ses descriptions en tâchant de montrer son souci extrême de la couleur locale et de la musique de ses vers ; car il nous semble que c’est dans la peinture et l’harmonie que réside le vrai secret de son style.

Comme une étude sérieuse ne va pas sans quelques reserves, nous avons risqué quelques critiques tout en restant conscient de la délicatesse et de la difficulté de la tâche. Nous nous sommes efforcés d’être aussi prudents que possible et d'appuyer toutes nos affirmations sur des exemples soigneusement choisis.

Nous avons commencé ce travail avec plaisir, nous l’avons achevé avec amour. ‘Trop sûr, hélas! de toutes ses imperfections, nous n’avons cherché qu’à faire œuvre sincère. Cela nous vaudra peut-être quelque indulgence.

On nous permettra sans doute d’attirer en ces pages Pattention des étudiants anglais qui se préparent aux examens de la licence et du doctorat des Facultés françaises sur ce qui, à nos yeux, leur sera le plus fécond encouragement. Tout Français à qui ils auront lieu de s’adresser se fera un plaisir de faciliter leur tâche dans la mesure du possible et de l’impossible par ses meilleurs conseils, ses plus chaleureux’ encouragements, ses témoignages d’estime et, mieux encore, par ses efforts désintéressés et de tous les instants. En ce qui nous concerne, nous nous faisons un plaisir de mentionner M. Le Braz, professeur de Littérature française à la Faculté des Lettres de Rennes, et M. Feuillerat, professeur de Littérature anglaise, qui ont bien voulu nous proposer le sujet de cette thèse et nous suggérer en cours de publication d’importantes modifications ; M. Pierre Louÿs et Mr. Edmund Gosse qui ont eu l’obligeance de nous autoriser à reproduire leurs poèmes: “ Pour la Stèle de Leconte de Lasle ” et “ Leconte de Lisle””’; et enfin nos bons amis M. Demolon de Tourcoing et M. Charlier, professeur au Gujarat College (Université de Bombay), qui nous ont aidé dans nos recherches. Nous les prions d'accepter nos plus chaleureux remerciements et l’expression de notre profonde gratitude.

SOUTHPORT, Ce 9 avril 1910.

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‘ROMANTIQUES Er PARNASSIENS.”

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