‹ Étude sur la Langue et le Style de Leconte de LisleChapitre 4 sur 17 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

“LE Poire” : Son CARACTÈRE: SON INSPIRATION : SES SUJETS: SA PHILOSOPHIE,

LE poète, qui en 1862 devint par la publication des ‘ Poèmes Barbares ” le chef reconnu des Parnassiens, était une personnalité frappante. Il avait un caractère peu expansif, renfermé et hautain, dédaigneux des émotions vulgaires et méprisant la popularité et l’approbation de la foule. Bercé par l’Océan Indien, il avait eu sous les yeux, dès l’enfance, une nature splendide et calme dont il ne devait jamais oublier les horizons infinis. La splendeur et l’éclat de ses poèmes si brillants de chaleur et de couleur sont le reflet des cieux brûlants et des paysages tropicaux dont le souvenir remplissait son imagination. Il conserva toujours l’amour de la magnificence orientale et de l’étrangeté barbare. Ses poèmes sont une orgie de couleurs dont l’intensité aveugle parfois les yeux; il aima à se baigner dans la vive lumière des tropiques, à se remémorer le chant des oiseaux rares, les senteurs d’une flore luxuriante, la nature exotique qui charma son enfance. C’est pourquoi ses vers sont une symphonie, un parfum, une caresse autant qu’un éblouissement. Peut-être aussi son fatalisme oriental, sa rêverie immobile et son sentiment de l’impuissance humaine en face de la nature, doiventils en partie leur origine à la majesté écrasante et grandiose des régions tropicales.

D’autre part, son père étant Breton, Leconte de Lisle subit l'influence du caractère celtique et il sut merveilleusement exprimer l’esprit de cette race, rêveuse, mélancolique et taciturne. Dans ‘“ Le Massacre de Mona ” (B. 113), dans “Le Jugement de Komor ” (B. 107), dans tant d’autres poèmes il a évoqué avec un art parfait et une étonnante netteté de vision ces scènes terribles et étranges, qui ont pour décors les grands monts voilés d’ombre, les sombres nuées balayant les noirs escarpements, le fracas des torrents, les lueurs qui, parfois, zèbrent de traits de feu la lande stérile, la plainte du vent parmi les tombes et cette tristesse pénétrante qui imprègne les paysages celtiques.

Son éducation ajouta un dernier trait à son caractère ; profondément épris dès sa jeunesse des classiques grecs, il se baigna dans la lumière antique ; il trouva quelque chose d’adoucissant dans la clarté limpide de cette atmosphère ; des rêves de beauté sereine et calme pénétrèrent son imagination et l’étude des tragiques grecs explique son pessimisme amer et hautain ainsi que le caractère si nettement marqué de ses vers. Il se pénétra si entièrement de l'esprit grec que nul n’a peint d’aussi vivants tableaux du monde hellénique que ceux qu’il nous donna dans “ Hypatie” (A. 65), “ Hélène ” (A. 81), “ Les Plaintes du Cyclope ” (A. 174), “ Niobé ” (A. 142), “ Hèraklès au Taureau ” (A. 182). Il fit siens leurs types de beauté, leurs religions, leurs idéals ; à chaque instant, l’amour le plus ardent du monde et de la pensée antiques apparaît dans ses poèmes en dépit de l’impassibilité et de la froideur voulues de la forme, et dans quelques-unes de ses plus belles strophes, les trois dernières d’ “ Hypatie ” par exemple, l'émotion est si intense que le lecteur, à son insu même, s’en trouve bientôt pénétré.

Ses études de jeunesse lui révélèrent non seulement la beauté des vers grecs, mais elles contribuèrent à faire de lui un homme d’une nature exceptionnelle. Dans toutes ses œuvres d’adolescent, poèmes, articles de critique, etc., on peut déjà discerner comment elles aidèrent à former un cœur généreux, épris de tout ce qui est noble et beau, un penseur de rare mérite, un caractère ferme et désintéressé, un esprit net et incisif. Imbu des idées de Fourier et des Phalanstériens, il essaya d’adoucir le sort des humbles et il prit une part active au mouvement émancipateur de 1848. Ses déboires et ses désillusions ne le découragèrent pas, cependant il se retira de l’arène politique et, dès lors, comme le dit si bien Anatole France: “ Pour M. Leconte de Lisle, l’action, ce sont les vers’? Ildevient un “éducateur des âmes” s’occupant des “ principes éternels ” ; il se voue au service de la Beauté.

Selon lui le rôle social du poête est de faire revivre la beauté, et tout poète qui y manque est indigne du nom, et toute poésie

1 “ Poèmes Antiques,’’ page 68.

? “La Vie Littéraire,” première série, page 102.

qui n’est pas imprégnée de beauté est néfaste. Pour lui le véritable artiste est impersonnel, impassible, et ne laisse rien percer dans ses vers de ses propres souffrances ; le poète doit être supérieur à toutes les mesquineries de la vie et les contempler avec une sérénité immuable comme des phénomènes inévitables,

Dans cet Olympe de la pensée, où le vulgaire n’a point accès, Leconte de Lisle se réfugia pour évoquer les splendeurs d’un passé lointain ; il méprisait ce monde moderne qui n'offre que déceptions et laideurs, et, indifférent jusqu’à loubli, il en ignorait sereinement les luttes et les discordes.l

“ Dors ! l’impure laideur est la reine du monde, Et nous avons perdu le chemin de Paros.”

(Hypatie, À. 68.)

“ Je ne livrerai pas ma vie à tes huées, Je ne danserai pas sur ton tréteau banal Avec tes histrions et tes prostituées.”

(Les Montreurs, B. 222.)

Et contre les artistes qui se sont plus à dépeindre les délices des sens, 1l s’oppose avec emportement.

‘“ Malheur à l’insensé que le désir consume D her à l’autel de 1 i d !

e toucher à l’autel de la main ou des yeux!

Qu'il soit comme un bouc vil sous le couteau qui fume, Étant né pour ramper, non pour chanter les Dieux ! ”

(La Mort de Penthée, À. 181.)

1 Nous nous gardons bien d’affirmer que Leconte de Lisle méritait cette réputation d’impassibilité que lui ont faite ceux de ses critiques qui ne le connaissaient pas intimement. Qu'on nous permette de citer à ce sujet M. Pierre Louÿs qui, quand il a bien voulu nous autoriser à reproduire dans cette thèse son sonnet, “ Pour la Stèle de Leconte de Lisle,” nous écrivait: ‘* J'ai trop connu M. de Lisle pour ne pas me rappeler avec quelles violences il protestait contre sa réputation d’impassibilité. Personne n’était moins impassible que lui”. “ Leconte de Lisle a eu la pudeur de sa vie intime. Il n’a chanté ni ses douleurs ni ses jouissances ; mais il a souffert toutes les passions, et comme il n’a pas voulu être le KwxAoÿ de Théocrite—plus il a caché ses larmes, plus cruellement peut-être il les a pleurées.”? (28 février 1910.)

Non seulement méprisait-il la vie moderne si terne et si incolore, mais comme Schopenhauer et Alfred de Vigny, quoique d’une manière différente et bien personnelle, il haïssait la nature aveugle, implacable et inconsciente. Il manifestait contre elle une colère hautaine, une rébellion inlassable, et son ‘ Qaïn ”, comme la création de Byron, refuse ses adorations à Jéhovah :

“ Dieu de la foudre, Dieu des vents, Dieu des armées, Qui roules au désert les sables étouffants, Qui te plais aux sanglots d’agonie, et défends La pitié, Dieu qui fais aux mères affamées, Monstrueuses, manger la chair de leurs enfants !

Dieu triste, Dieu jaloux qui dérobes ta face,

Dieu qui mentais, disant que ton œuvre était bon, Mon souffle, ô Pétrisseur de l’antique limon,

Un jour redressera ta victime vivace.

Tu lui diras: Adore! Elle répondra: Non!”

(Qaïn, B. 17 et 18.)

La vie est un rêve dont le terme est l’anéantissement certain. Jeunesse, joie, pensée, tout est condamné à périr, et la seule consolation que l’on puisse avoir est de lancer à ce néant futur le défi d’une parfaite et hautaine indifférence.

“I sait que la MÂyà, ce songe éternel, Se rit de ce qui marche et pleure sous le ciel. (A. 37.)

Réjouis-toi, mon fils! bien qu’il soit vain de rire Ou de pleurer, et vain d’aimer ou de maudire. (A. 49.)

Va! le monde est un songe et l’homme n’a qu’un jour, Et le néant divin ne connaît pas l'amour!” (A. 50.)

(Çunacépa.)

‘ La vie est ainsi faite, il nous la faut subir. Le faible souffre et pleure, et l’insensé s’irrite ; Mais le plus sage en rit, sachant qu’il doit mourir.”

(Requies, B. 260.)

Ainsi donc, dans ses poésies règne l’esprit désenchanté des religions orientales. Il avait dans l’âme une mélancolie délicate, mais poignante, et il est vraiment le poète du pessimisme ; mais son pessimisme est comme la voix d’un cœur trop chargé de douleur, et l’admirable mais toujours voilée expression de cette tristesse infinie, jointe à la délicate interprétation de ce sens profond et douloureux de la vanité tragique de la vie, attirent et attristent le lecteur. Lisons par exemple: “ L’Illusion suprême ” (T'. 36), “ La Fontaine aux lianes”” (B. 166), ‘ Ultra coelos” (B. 218), “ Les Damnés ” (B. 235), “La Mort du Soleil ” (B. 240), “ Les Montreurs ” (B. 222), ‘* La Maya ” (T. 169), “ Si l’Aurore ” (T. 82), “ La Dernière Vision ” (B. 247), ‘ Dies irae ” (A. 309), ‘* Le Parfum impérissable ” (T. 70). Dans ces poèmes il a pris les plus belles choses de la nature et les pensées les plus profondes et 1l les a trempées de la rosée de ses émotions.

Son imagination, qui, suivant Bourget, “le conduisait inévitablement vers le pays du songe religieux et cosmogonique,” 1 est extrêmement brillante et colorée. Il avait une puissance singulière de rêve en même temps qu’une étonnante netteté de vision, qui, ajoutée à son imagination philosophique et à la connaissance précise des choses dont il parlait, font de ses poésies des œuvres essentiellement originales. Ses tableaux sont d’une évocation si puissante et si vraie que le poète semble vivre aux époques et aux lieux qu’il décrit. Il semble être tantôt Grec ou Hindou, tantôt Barbare ou Celte ; leurs pensées, leurs rêves, leurs attitudes paraissent lui être naturels. Il fait revivre les civilisations disparues, les religions abolies, humanité primitive ; il passe des grandes forêts vierges de l’Inde au ciel bleu de la Grèce et aux déserts africains ; visions éblouissantes de pays lointains.

Comme tout poète-peintre il aimait les héros et les scènes de la Grèce antique, et dans sa galerie on en rencontre beaucoup d’exquis. C’est Vénus aux tresses écumantes voguant parmi ses dauphins sur les flots azurés, comme un lys au milieu d’une mer de violettes? C’est le rude Cyclope, plus

1 Essais de Psychologie contemporaine ”” (tome second, p. 88). 2 Médailles antiques ” (A. 225),

haut que les pins, qui supplie l’insensible Galatée en lui offrant quatre petits ours. C’est l’enfant Héraklès, avec les serpents se tordant dans ses poings, et qui rit dans son berceau fait d’un grand bouclier d’airain? On y voit aussi Kybèle, ceinte de larges tours, assise sur le dos des lions sauvages et entourée de ses Korybantes sacrés.3 Vêtu de sa khlamyde d’or et fouettant ses quatre étalons de neige, le Dieu du Soleil s’avance dans toute sa pompe.# Puis Pan aux pieds de chèvre, la peau de lynx suspendue à l’épaule et couronné d’hyacinthe, regarde les nymphes légères aux pieds nus.® Ces sujets ont été traités par beaucoup de poètes, mais nul n’y a mis la précision et la couleur de Leconte de Lisle, parce que chez lui la science s’unit à l’inspiration.

Bien qu’il connaisse les régions familières aux poètes, ce sont, cependant, les lieux solitaires et sauvages qui l’attirent surtout. Il aimait l’Orient étrange avec sa variété de tableaux : l’oasis où le Bédouin attache sa jument sous le palmier solitaire,$ la vérandah au treillis argenté et aux coussins écarlates, où la beauté persane, endormie par la musique de la fontaine, regarde fuir la fumée bleue de son hookah dans l’air parfumé de jasmin.? Il connaît le désert où les troupeaux d’éléphants songeurs passent comme des spectres au clair de luneS et la clairière où le jaguar se repose à midi.® Il a contemplé en rêve la tour noire de Runoïa sur le roc entouré des neiges du Pôle.10 Il a vu les Brahmanes avec la ceinture de mousseline blanche autour de leurs reins ambrés, assis dans les roseaux, jambes croisées, œil clos, immobiles, muets, méditant.H Il a vu planer le condor au-dessus des montagnes des Andes. Il est entré dans l’antre où les petits de la noire panthère, blottis les uns contre les autres, miaulent parmi les os luisants.lÿ

1! “Les Plaintes du Cyclope ”” (A. 175).

? “ L'Enfance d’Hèraklès ”” (A. 177). 3 ‘ Kybèle ”” (A. 125). * “Le Réveil d’'Hèlios ”’ (A. 137). SMHPANN AA ET28):

4 (Le Désert” (B."143): * La Vérandah ”” (B. 134). # ‘ Les Eléphants ”” (B. 183).

“Le Rêve du Jaguar ”” (B. 216).

19 ‘ Le Runoïa ”” (B. 8r). HOPBhasavat (A) 2 * La Chasse de l’Aïgle ”” (T. 53).

# ‘La Panthère noire” (B. 198).

Dans tous ces poèmes se montre une connaissance profonde de la nature orientale, une observation minutieuse et sympathique. Du colibri à l’éléphant, de la plus petite fleur jusqu’aux grands arbres des jungles, toute la nature orientale a pénétré le caractère du poète. Il voit et il entend toutes les choses de la nature, la mer qui se lamente, le vent qui gémit; toutes les voix de la terre, des eaux et des airs se trouvent dans ses poèmes.

De telles idées ne se trouvaient pas chez ses prédécesseurs. Il s’abstient délibérément de tout ce qui fait le fond de la poésie populaire : l’amour, les pauvres, le foyer, la souffrance physique. Ce qui, pour lui, doit être la matière de la poésie— oubliant qu’après tout on ne sort pas de soi-même — ce sont, non pas les impressions et les sentiments personnels, mais ceux de tous les hommes du passé tels qu’ils se manifestaient par les religions. De là ces admirables évocations de toutes les religions connues, paganisme, bouddhisme, christianisme, etc. Ce sont elles qui lui ont fourni la plupart de ses symboles : Hypatie elle-même représente admirablement le sens de l’inspiration de Leconte de Lisle, elle est pour ainsi dire la muse du poète; comme elle, il regrette les anciens dieux, les symboles les plus parfaits de la beauté, les personnifications les plus magnifiques des forces naturelles, qui, déchus de l’Olympe, et n’ayant plus ni temples ni adorateurs, règnent encore sur le monde par la beauté qu'ils symbolisent.1 ‘La Bête écarlate ” (T. 107) est le symbole des prêtres du moyen âge; les catholiques ont une religion de laideur, de mort ; ils “ blasphèment la beauté, la lumière et la vie ”, et “ Les Siècles maudits ” (T. 59), ‘ Hiéronymus ” (T. 85), “ Le Lévrier de Magnus ” (T. 112), “ Les Paraboles de dom Guy” (B. 325) sont pleins de phrases amères sur les prêtres de cette même époque.

Pour lui, Jésus-Christ est le symbole d’une victime dont le supplice ne finit jamais; témoins par exemple “ Le Nazaréen ” (B. 304) et “ Dies irae ” (A. 309). “ Niobé ” (A. 142), “ Qain ” (B. 1), et “ Hélène ” (A. 81) symbolisent l'humanité qui proteste contre l’oppression et la tyrannie

1 ‘Hypatie et Cyrille”” (A. 275).

des dieux. Parmi ses héros grecs il en a choisi quelquesuns pour être des symboles de la liberté, de la jeunesse, de l'affection, etc. Klytie (A. 130) pour lui est une divinité naturelle ; elle est pureté, harmonie, grâce, vaillance et jeunesse, et elle symbolise la fidélité de l’affection. Elle, Thestylis (A. 221), Kléarista (A. 239) et Thyoné (A. 69) sont les amantes de la nature, et Hylas (A. 161) symbolise le charme des bois et des sources. “ La Robe du Centaure ” (A. 123) est la ‘tunique dévorante” formée des ‘désirs indomptés ” qui attend tous les grands hommes. Ekhidna (B. 42) personnifie tous les rêves, toutes les chimères de ceux qui aiment l'idéal. Çunacépa (A. 36) représente l’honneur indien; Djihan-Arà (B. 145) est le type de l’amour filial oriental. “ La Tête du Comte ” (B. 285) personnifie la vengeance horrible des Espagnols et leurs idées bizarres de Phonneur. ‘Le Jugement de Komor” (B. 107) est le type de l’honneur celtique du moyen âge, et l’esprit de vengeance du nord se personnifie dans “ La Mort de Sigurd ” (B. 96) et dans “ L’Épée d’Angantyr ” (B. 73); et ne peut-on

conclure que ce vers d’Angira :

“Et j'ai laissé mourir mon cœur pour mieux connaître ” 1 s'applique au poète lui-même ?

Mais avec tout son sens historique et son pouvoir de créer des types, le poète a cependant recherché avant tout la beauté plastique; il a été séduit par les couleurs et les charmes qui s’adressent surtout aux sens, et c’est leur beauté qu’il s’efforça de traduire et d’exprimer dans sa poésie.

Heureusement Leconte de Lisle a exprimé ses idées sur la poésie dans ses études sur ‘ Les Contemporains ? et nous en citons les extraits qui ont rapport au style: “ L'ordre, la clarté, harmonie sont les trois qualités incomparables du génie hellénique,””? ce génie qu’il appelle ailleurs ‘la source éternellement pure de la poésie ”. ‘Le poète, le créateur d'idées, c’est-à-dire de formes visibles ou invisibles, d'images vivantes ou conçues, doit réaliser le Beau, dans la mesure de ses forces et de sa vision interne, par la combinaison com-

1 “ Bhagavat”” (A. 12).

? “ Préface des Poèmes et Poésies ” (D: 229).

plexe, vivante, harmonique des lignes, des couleurs, des sons, non moins que par toutes les ressources de la passion, de la réflexion, de la science et de la fantaisie.” 1 Dans son discours sur Victor Hugo il dit: ‘“ Victor Hugo est avant tout et surtout un grand et sublime poète, c’est-à-dire un irréprochable artiste, car les deux termes sont nécessairement identiques.” ? Dans son étude sur Alfred de Vigny il a écrit: ‘Il ne faut pas demander, sans doute, à ces belles inspirations les grands aspects de mouvement et de couleur qui sont la marque des génies profonds et virils par excellence, ni même la certitude constante de la langue, la solidité du vers et la précision vigoureuse de l’image. Ce sont là des vertus d’art souvent refusées au poête.”% Quand il énonce ses principes de critique dans ces études sur ses contemporains il parle d’une “ facture parfaite sans laquelle il n’y à rien ?,4 et dans le même Avant-propos se trouve cette phrase : ‘“ L’Art dont la Poésie est l’expression éclatante, intense et complète, est un luxe intellectuel, accessible à de très rares esprits. 5 Partout dans ses critiques Leconte de Lisle expose sa théorie, d’après laquelle le style et la langue forment le fond même de la poésie, et la perfection de l’œuvre littéraire consiste dans l’appropriation exacte de la forme à la chose exprimée et dans l’ordonnance harmonieuse des images.

“ Avant-propos ?” (D. 240).

‘ Discours sur Victor Hugo ”” (D. 293).

‘ Alfred de Vigny ”” (D. 266).

‘“ Avant-propos ”” (D. 241).

‘“ Avant-propos ?” (D. 238).

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