DIAGNOSTIC
Le diagnostic de la lèpre ne présente aucune difficulté pour un observateur attentif, lorsque les tubercules ont envahi la figure ou les mains, et que des taches fauves existent déjà sur la peau. Un œil exercé peut même, à distance, reconnaître le lépreux qui porte sur sa physionomie les stigmates de son mal.
En effet, aucune autre affection ne se présente avec un ensemble de symptômes analogues à ceux que nous avons décrits plus haut. Tout au plus pourrait-on confondre la lèpre avec le mycosis fongoïde, qui possède avec elle quelques points de ressemblance. Mais ilsuffira, pour éviter cette erreur de lire attentivement l'excellente descrip-
Sie
tion qu'a faite de cette dernière maladie notre ami Gillot, dans sa thèse inaugurale. Jamais dans le mycosis on n'a observé les taches anesthétiques rouges, blanches ou fauves, si caractéristiques du début de la lèpre, lequel se signale seul par des excroissances fongoïdes qui se développent sur toute la surface cutanée, isolées ou agglomérées, s'ulcèrent et s’agrandissent rapidement, en donnant un pus ichoreux et fétide, baignant une surface anfractueuse parfois très-étendue.
Ces tumeurs ne sont pas précédées d’anesthésie, de taches livides, comme l’est l'éléphantiasis des Grecs.
De plus, le corps des malades atteints de mycosis est presque littéralement couvert de taches rouges, de plaques lichénoïdes et de tumeurs fongoïdes dont les malades signalent l’affaissement, et, dans certains cas, même la disparition rapide et complète.
‘Dans la lèpre, rien d’analogue.
L'éléphantiasis des Arabes se localise le plus souvent dans une région du corps, les membres inférieurs, le scrotum plus particulièrement. Souvent il est précédé d’affections chroniques de la peau, telles que des eczémas, des lichens, etc. Les téguments ne présentent d’ailleurs ni taches ni insensibilité ; c'est plutôt une difformité qu'une maladie. Nous avons connu des malades atteints d’éléphantiasis des jambes qui remplissaient des fonctions très-pénibles, sans ressentir d’autres phénomènes qu'un peu de fatigue et de gêne à la fin de la journée.
Je ne mentionne la syphilis que pour mémoire, car son mode d’invasion, d'évolution et la conservation de la sensibilité pendant la durée, ne permettent à aucuntitre de la confondre avec l’éléphantiasis des Grecs.
Nous avons dit qu’au début de la lèpre apparaissaient souvent des accès fébriles qui pouvaient, jusqu’à un certain point, faire croire à une fièvre intermittente.
On établira, dans ce cas, le diagnostic, en s'appuyant sur
les renseignements fournis par le malade, l'étude du climat, la périodicité des accès et l’action du sulfate de quinine.
On aura aussi l'attention éveillée par l'apparition presque constante des bulles de pemphigus, tout à fait au début de la lèpre.
La chance d’erreur serait double s’il y avait complicationdefi èvre intermittente ; ce fait, pour avoir été observé, n'en est pas moins très-rare.
On ne devra pas confondre les taches lépreuses avec des éphélides (erreur surtout commise dans les colonies, où ces éphélides sont larges et nombreuses) ; il suffira d’interroger la sensibilité pour établir le diagnostic.
Il y a une grande importance à reconnaître de bonne heure la maladie, attendu qu’à cette époque le traitement et l'emploi des moyens hygiéniques peuvent entraver les progrès de ce processus pathologique.
Quant aux lèpres désignées sous les noms de morphea alba et morphea nigra, ce ne sont que des variétés de la lèpre, qui empruntent leur dénomination à la différence de coloration que peut présenter l’exanthème cutané.
C’est donc sur l’ensemble des phénomènes extérieurs, sur leur mode d'apparition et de succession qu’il faudra s’appuyer pour faire le diagnostic, soit de la maladie en ellemême, soit de chacune de ses manifestations,
Nous ne voulons pas, comme Bazin dans son traité dee maladies de la peau, faire le diagnostic du molluscum, du lupus tuberculeux, du tubercule syphilitique avec le tubercule lépreux, qui en diffère si complétement ; non plus que de la pelade, du vitiligo, des taches syphilitiques et de l’érythème noueux, d'avec les taches dela lèpre pre ; nous renvoyons le lecteur au chapitre de la symptomatologie, où, chemin faisant, nous avons indiqué les caractères différentiels des manifestations cutanées de la lèpre.