‹ Étude Sur La Lèpre Tuberculeuse Ou Éléphantiasis Des GrecsChapitre 4 sur 20 · MARCHE ET DURÉE DE LA MALADIE · texte numérisé non relu

MARCHE ET DURÉE DE LA MALADIE

Début. — Les premières manifestations de la lèpre surgissent au milieu d’un état de santé satisfaisant, en apparence du moins. Cependant, dans plusieurs cas, elles ont été précédées d’une période prodromique (accusée par les malades intelligents), qui malheureusement n'attire pas assez l'attention ni des malades ni des médecins et sur

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laquelle M. Hillairet a surtout insisté. Ces prodrômes consistent: dans une lassitude avec raideur, abattement et sentiment de pesanteur des membres. La fatigue arrive trèsvite ; ettoutce qu’ils font, ilsl’accomplissent avec langueur et découragement. On a noté aussi un penchant irrésistible au sommeil et une inaptitude intellectuelle pour tout genre de travail. Les malades ont une expression de tristesse et une tendance à la solitude. Des douleurs vagues se font sentir dans les membres, et des frissons périodiques parcourent tout le corps. Souvent aussi on a remarqué des accès fébriles mal réglés et sur lesquels le sulfate de quinine est presque impuissant.

Une véritable dyspepsieetdes perturbations menstruelles ont été mentionnées, dès le début, chez la femme.

D'accord avec les auteurs tels qu'Alibert, Bazin et Hardy, nous considérerons dans la succession à peu près régulière des diverses lésions cutanées, quatre phases ou périodes.

On a, mal à propos, selon nous, décrit les principales métamorphoses, comme des espèces différentes ; car il est très fréquent de les rencontrer sur le même sujet, s’il vit assez longtemps. C’est ce que nous avons vu chez les lépreux dont nous rapportons les observations.

Première phase. — Les malades ne font souvent pas attention aux prodrômes que nous venons d’énumérer et viennent consulter le médecin, quand, déjà depuis longtemps, ils sont porteurs de taches ou de points anesthésiques passés inaperçus, surtout quand le siége de ces taches est recouvert de vêtements. À cette période on constate des plaques de couleur variable, rouges (mal rouge de Cayenne), fauves, blanches, disséminées ordinairement dans plusieurs régions du corps, quelquefois limitées à une seule. Ces manifestations s’accompagnent toujours de chaleur à la peau et de démangeaisons. L’éruption, presque toujours

pr sèche, peut devenir squameuse et ressembler à du pytiriasis (léproïde furfuracée squameuse de Bazin). Cette léproïde se rencontre indifféremment dans la forme tuberculeuse et anesthétique.

Les taches du début se montrent par poussées et disparaissent quelquefois en un point pour reparaître ailleurs; d'autres fois elles cessentcomplètement. Nous avons dit, en faisant l’'énumération des symptômes, qu’elles s'accompagnaient d'anesthésie, phénomène d’une importance capitale qui met immédiatement sur la voie du diagnostic; nous avons fait aussi remarquer qu'iln’était pas rare de trouver, au début de l'hyperesthésie, à la surface des taches et parfois dans une étendue considérable ; mais cet état dure peu de temps et cède ordinairement la place à l’anesthésie.

Après une durée variable, on voit apparaître des éruptions bulleuses, qui font une rapide évolution et se montrent de préférence sur les genoux, la plante des pieds, la paume des mains.

Dans cet état de choses, la maladie peut rester stationnaire pendant des mois, des années ; le malade est rassuré jusqu’à ce qu’une recrudescence le plonge de nouveau dans la tristesse.

Ces bulles de pemphigus, que nous avons constatées chez tous nos malades et qui accompagnent surtout la forme anesthétique, ne sont pas les seules manifestations que l’on rencontre à cette période; car on a signalé des éruptions vésiculeuses et furonculeuses.

Si la maladie se déclare chez un enfant, le développement du corpset des différents organes où se révèlent les signes de la puberté, s'arrête ; on voit les poils s’altérer dans leur coloration, dans leur forme et finalement tomber.

La peau commence à s’épaissir et à prendre l'aspect luisant et lisse que nous avons noté au chapitre des symptômes. Jusque là, la santé générale n’a encore subi aucune at-

re teinte grave, malgré la persistance de quelques troubles

fonctionnels légers.

Deuxième phase. — C’est l’époque de la maladie où la peau revêt les changements les plus remarquables et les plus caractéristiques. Elle s’épaissit de plus en plus, devientlisse en certains points; l’épiderme s’atrophie et laisse voir le réseau circulatoire cutané (varices capillaires). L’épaississement de la peau se fait tantôt en plaques, tantôt sur un point déterminé, pour constituer alors lestubercules dermoïdes.

Cé développement des tubercules se montre aussi sur les muqueuses nasale, buccale, pharyngée et du larynx. La vue baisse, l’odorat et le goût se perdent, la voix s’altère, enfin les complications pulmonaires et laryngées se dé clarent.

Les tubercules, parleur groupement, déformentles orga= nes et donnent au visage ces singuliers aspects que nous avons déjà décrits.

Des productions semblables à celles de la figure et des mains, se forment peu à peu sur le reste du tégument externe et même sur le tégument interne ; puis au bout d’un certain temps il se fait une ulcération. C’est aussi à cette période que les malades signalent l’affaissement et même la disparition de tubercules qui laissent des vestiges de leur passage.

Troisième phase. — Lies ulcères se montrent surtout 4 cette période. Nous ne rappellerons pas léurs caractères et leur mode de formation, sur lesquels nous avons si longuement insisté, tant en ce qui concerne la peau que les muqueuses.

L'économie tout entière est frappée par une cause mor: bide qui nous échappe encore, mais qui produit, en même temps que tous ces phénomènes extérieurs, une altération

totius substantiæ, un état dyscrasique du sang, qui se révèle à nous par les signes d’une cachexie prononcée.

C’est aussi à cette période, que le tissu osseux participe aux progrès de la maladie, en se nécrosant etens’éliminant partiellement.

Les muscles s’atrophient progressivement, à commencer par ceux des mains, des bras et des jambes pour gagner

ceux du tronc. Cette particularité arrive quelquefois dès le début.

Quatrième phase. — C’est la période de cachexie progressive, pendant laquelle toutes les lésions mentionnées ci-dessus font des progrès rapides, amaigrissant l'individu et pendant laquelle aussi apparaissent les troubles gastrointestinaux dus à la propagation de la maladie sur les viscères.

Le larynx est de plus en plus envahi et rétréci ; la voix s'éteint ; les complications inflammatoires de cet appareil se succèdent et finissent par entrainer la mort, siunediarrhée incôercible, analogue à celle qui s'est déclarée chez notre jeune malade, ne survient comme phénomène ultime,

Hâtons-nous de dire, toutefois, que les périodes désignées dans notre esquisse, ne sont point aussi tranchées qu'on pourrait le supposer. Nous avons voulu indiquer la succession régulière des manifestations cutanées, par lesquellessetraduit habituellementla lèpre. On peut voir éoexister!, à la dernière période, sur lé corps des malades, tous les accidents que nous avons vus aux différents stades et même une disparition des tubercules.

En résumé, la lèpre présente une marche constamment progressive; mais avec des intermittences, des temps d’arrêt et parfois des rétrocessions qui ont pu faire croire à une guérison.

Durée — D'après ce que nous venons de dire, on soup-

Cyr çonnera que la durée de la lèpre doit être longue; toutes nos observations en sont une preuve. Cette durée varie, du reste, avec la forme ; la lèpre, dite tuberculeuse est plus persistante que celle de forme anesthétique.

L’hygiène et les soins sont pour beaucoup dans la durée de la maladie : ainsi Godard qui aobservé un grand nombre de lépreux dans ses voyages, prétend qu'ils ne vivent pas longtemps et meurent presque tous victimes d'une complication accidentelle.

Plus la maladie se développe de bonne heure, plus son pronostic est défavorable.

Nous constatons rarement, en France, la marche rapide de cette maladie, parce que cette rapidité est due en grande partie à des influences climatériques et somatiques, auxquelles sont soustraites les lépreux que nous avons à examiner, et d'autre part parce qu’ils sont dans de meilleures conditions de traitement.

D’après Danielsen et Bœck, le chiffre moyen de la durée de la maladie a été de neuf ans et demi pour la forme tuberculeuse et de dix-huit ans et demi pour la forme anesthétique. Brassac cite même des exemples de lèpre ayant duré vingt, trente ans et même plus.

La terminaison par guérison complète, a été jusqu’à ce jour des plus rares, et les exemples qu’on en a cités n’ont pas été suivis pendant assez longtemps, pour que l’on puisse compter sur une telle éventualité.

La terminaison par la mort est malheureusement trop fréquente et arrive par les progrès incessants de la maladie, par la destruction d'organes importants, ou à la suite de désordres résultant d’une autre maladie purement accidentelle.

Pronostic. — Cette maladie est toujours sérieuse, tant à cause de la difficulté de la guérison, que des ravages et des mutilations qu'elle peut causerchez les malades qui en sont

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