‹ Étude Sur La Lèpre Tuberculeuse Ou Éléphantiasis Des GrecsChapitre 5 sur 20 · COMPLICATIONS · texte numérisé non relu

COMPLICATIONS

Les complications qui peuvent survenir dans le cours de la lèpre doivent être divisées en deux grandes classes : Les unes sérieuses, pouvant précipiter la marche de la maladie primitive et aggraver la position du malade; les autres légères et fugitives, qui ne laissent pas de traces.

Nous ne citerons pas, ainsi que l’ont fait les auteurs, la forme tuberculeuse comme une complication de la forme anesthétique, ou réciproquement; car chez presque tous les malades que nous avons eus sous les yeux, il est survenu tôt on tard des smyptômes communs aux deux formes que l’on a voulu trop séparer et qui sont sous la dépendance du même principe morbide, dont la manifestation peut se traduire par l’une ou l’autre forme, dans certaines conditions de terrain et d’influences extérieures encore mal connues. Mais, comme le disent Danielsen et Bœck, il y aurait une sorte d’antagonisme entre les deux manifestations : l’une ne se développe jamais de pair avec l’autre. Nous croyons cette proposition trop absolue.

Pour mettre plus d’ordre dans l'énoncé des complications, nous passerons successivement en revue les différents appareils etorganes, en indiquant, chemin faisant, les altérations dont ils peuvent être le siége.

Peau. — Toutes les fièvres éruptives peuvent se déclarer dans le cours de la lèpre et suivre leur marche habi- Lamblin. , 8

tuelle: mais celle qu'on a e plus sonvent observée est la variole, qui a sévi sous forme épidémique à l'hôpital de Bergen, en s’attaquant de préférence à la forme tuberculeuse.

L'éruption suit une marche régulière dans les points où la peau n’est que peu ou pas altérée, tandis que sur les tubercules les pustules varioliques avaient une marche un peu plusrapide. Mais, presque constamment, elle a uneinfluence heureuse sur la marche et quelquefois sur la rétrocession de la maladie, Hardy cite même un cas de lèpre dont la disparition aurait eu lieu à la suite d’une variole.

L'accident le plus à redouter dans le cours de cette complication, c’est l’æœdème des replis arythéno-épiglottiques et des cordes vocales, qui entraîineune suffocation mortelle par le rétrécissement de l’orifice aérien. L’attention du médecin devra donc toujours être éveillée de ce côté.

La scarlatine, la rougeole et la varicelle n’offrent aucune particularité remarquable à signaler, mais sont encore fréquentes.

L’érysipèle, que nous n'avons trouvé mentionné nulle part, se déclare assez souvent à l’occasion de l'impression

.du froid ou à la suite d’une cautérisation ou d’une brûlure.

Son influence sur les tubercules ne serait pas aussi favorable que celle de la variole, parce qu’il détermine parfois une plus grande activité dans la poussée tuberculeuse.

L'erysipèle de la face est toujours plus grave que celui des membres.

L'angioleucite succède le plus ordinairement à dés bulles de pemphigus enflammées. Lesganglions inguinaux et axillaires se tuméfient et deviennent douloureux à la pression Ces adénites sont consécutives, soit à l’angeioleucite, soit à l’inflammation chronique de la peau, comme on l’observe à la suite d’un vieil eczéma.

La gangrène peut envahir non-seulement la peau, mais encore les parties plus profondes, l'organe ainsi mortifié

de hs se détache comme un fruit arrivé à maturité et sans occasionner la moindre douleur.

Nous avons remarqué que; dans certains cas, des hémorrhagies ou suffusions sanguines $e faisaient à la surface des plaies ou dans l'épaisseur même de la peau devenue tuberculeuse.

Les abcès sont assez communs chez les lépreux et relèvent de plusieurs causes ; tantôt ils succèdent à un érysipèle, tantôt à la fonte tuberculeuse, tantôt à des contusions, à des adénites inguinales ou axillaires. Ces abcès n’offrant rien de particulier à signaler, nous ne nous y arréterons pas davantage.

Dans le cas de poussées tuberculeuses sur les membres inférieurs, on a vu survenir un œdème qui accompagne l'évolution des tubercules et finit par disparaître spontanément.

Tube digestif. — Nous avons déjà signalé le développement quelquefois énorme des tubercules de la muqueuse buccale, qui envahissent bientôt toute l'épaisseur de la langue et entravent les mouvements de déglutition ; plus tard, l’érosion et l’ulcération de la muqueuse donnent naissance à une véritable stomatite qui devient très-douloureuse au moment des repas. La salivation est très-abondante et l’haleine exhale une fétidité repoussante. Les cautérisations au nitrate d'argent ou l'emploi de collutoires au borate de soude font disparaitre ces accidents.

Les amygdales s’enflamment souvent chez les lépreux et acquièrent un volume considérable. Cette hypertrophie est due à l’afflux sanguin et au développement des tubercules, dont les phases d'évolution sont analogues à celles des tumeurs cutanées.

Le pharynx peut également se couvrir de granulations tuberculeuses d’un volume variable et être le siége d’une abondante sécrétion muqueuse qui épuise le malade.

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Du côté de l'estomac, on ‘a souvent noté l'embarras gastrique, qui cessait à la suite d’une médication appropiiee:

Les complications les plus sérieuses qui atteignent le tube digestif sont : l’entérite et la péritonite secondaire.

L’entérite se lie constamment à la présence de tubercules, dont on a constaté l'existence dans presque toutes les observations.

Arrivés à une certaine période, les lépreux possèdent une susceptibilité très-grande de l'intestin; car le moindre excès détermine de suite de la diarrhée ou de la dyspepsie.

La diarrhée qui survient à la dernière période est parfois tellement abondante et si au-dessus des ressources de l'art, qu’elle jette le malade dans le marasme et précipite infailliblement sa fin.

On devra être d’une grande sévérité dans le régime des lépreux et leur défendre les fruits peu mûrs, ainsi que les viandes salées.

Des purgatifs seront administrés de temps en temps, afin de stimuler la tonicité du tube digestif et faciliter la résorption des produits tuberculeux, en activant la circulation ; on sait aussi l’étroite relation qui existe entre les fonctions cutanées et rénales; on comprend dès lors la nécessité d’une médication interne capable de faciliter le fonctionnement régulier de ces organes.

Si l’ulcération intestinale gagne en profondeur, il arrive un moment où la muqueuse amincie se perfore et laisse écouler les matières stercorales dans la cavité péritonéale. Leur présence détermine une péritonite mortelle.

Les selles sanguinolentes sont dues aux ulcérations intestinales ; il sera facile de distinguer ces écoulements d'un flux hémorrhoïdal et d’y remédier.

Danielsen et Bœck signalent l’ascite comme ayant atteint sept malades sur 906 qu'ils ont observés. Était-elle liée à la présence de tubercules sur le mésentère, à l'irritation de

SAR voisinage du tube digestif, à une péritonite chronique ou enfin à une cirrhose? C’est ce que nous ne saurions dire.

Appareil respiratoire. — Les lépreux sont très-sujets aux coryzas et aux épistaxis; c'est la conséquence inévitable de l’altération de la muqueuse de Schneider, par l’envahissement et l’ulcération des tubercules, qui, non-seulement détruisent la muqueuse, mais nécrosent les os propres du nez et anéantissent tout à fait la fonction de l’odorat.

Les écoulements sanguins sont quelquefois si abondants, qu'on est obligé de pratiquer le tamponnement, comme chez le malade qui fait le sujet de la première observation.

Dans ses progrès, la maladie s'attaque au larynx, sur lequel on peut constater, par l'examen laryngoscopique, des tubercules, des ulcérations, des nécroses et enfin, dans certains cas, un commencement d'œdème de la glotte. Cet œdème survient généralement à l’occasion d’un changement de température ou d’un refroidissement et se révèle aux yeux de l'observateur par tous les signes qui lui sont propres. En portant profondément le doigt dans le pharynx, on sent les replis arythéno-épiglottiques sous forme de gros bourrelets. Le rétrécissement de la glotte, sans gêner l'expiration, rend l'inspiration anxieuse et pénible.

Ces complications sont très-sérieuses : malheureusement les moyens thérapeutiques qu'on peut leur opposer ne sont pas en rapport avec leur gravité; la trachéotomie seule doit être proposée en dernier ressort et, cependant, tout espoir n’est pas perdu, alors même que l’orifice laryngé est considérablement rétréci et que la face est cyanosée par gène de la respiration et de l’hématose ; car il peut survenir un apaisement dans ces phénomènes. Le malade se rétablit pour quelques jours, quelquefois même pour

plusieurs semaines (Obs. 1).

PAL US Outre les phénomènes que nous révèle l'examen laryngoscopique, la laryngite lépreuse se reconnaît à une douleur déterminée par la pression au niveau du cartilage thyroïde, à la toux légère, suivie de l'expectoration de crachats perlés et mélangés de petits filets de sang. L'haleine exhale une odeur très-fétide.

Poumons. — Les complications pulmonaires les plus communes chez les lépreux sont : 4° La pleurésie; 2° la pneumonie ; 3° la bronchite; 4° la phymie.

La pleurésie est assez fréquente et doit être rAprortée à l’irritation produite sur la plèvre par les tubercules lépreux qui se développent à sa surface; les caractères par lesquels elle se manifeste n’ont rien qui tranche sur les symptômes ordinaires de cette maladie ; néanmoins lorsque la glotte est rétrécie par les productions tuberculeuses, et le cornage laryngé prononcé, l’auscultation est difficile et peut entraîner une erreur de diagnostic.

La pneumonie est primitive ou secondaire ; primitive, si elle succède à l'impression du froid ; secondaire, quand elle se lie à la phthisie (pneumonie caséuse). La pneumonie vient, comme fréquence, immédiatement après la diarrhée, dans la statistique de l'hôpital de Berg et figure pour le chiffre de 110 pour 906 cas. Les pneumonies liées à la présence de tubercules pulmonaires sont très-sujettes à retour

La bronchite est assez habituelle et survient consécutivernent au développement du tubercule lépreux, sur la muqueuse pulmonaire.

La phymie, dont nous avons pu constater les symptômes pendant la vie et les lésions post mortem, chez notre jeune malade, ne figure qu’au nombre de 3, dans la statistique de Berg; cependant, nous avons peine à croire que ce chiffre soit exact; car, dans les observations que nous avons lues, nous en avons rencontré re-

lativément un assez grand nombre. On comprend d'’ailleurs que l'insuffisance d'air, l’alimentation de mauvaise qualité, le défaut d'exercice et les excès de toutes sortes, aidés de la dépression morale se produisant nécessairement dans cette maladie, soient autant de causes qui doivent engendrer cette maladie ou mettre l’économie dans des conditions favorables à son développement.

Les inflammations si fréquentes que l’on remarque chez les lépreux peuvent s'expliquer par l’augmentation de fibrine que l’analyse a démontrée dans le sang.

Organes des sens. — Nous avons parlé des altérations du goùt et de l’odorat : nous n’y reviendrons pas.

Quant à l’ouie, c’est de tous les sens celui qui conserve le plus longtemps son intégrité, probablement à cause de la protection dont il jouit par sa coque osseuse ; cependant les inflammations du conduit auditif externe et celles de la trompe d'Eustache, par propagation des tubercules ou par compression du conduit, peuvent entraîner, sinon l'abolition, du moins une certaine diminution dans la finesse de ce sens.

L'œil est très-sujet à des inflammations, soit superfcielles, soit profondes, qui ont un retentissement direct et durable sur la fonction de cetorgane, et peuvent à la longue en amener la destruction. En ‘effet, les tubercules s’implantant sur la conjonctive sont une cause d’irritation perpétuelle pour cette muqueuse, qui se vascularise et se couvre quelquefois de granulations. Les larmes sont trèsabondantes et obscurcissent la vue.

La propagation et l’envahissement de la conjonctive par les tubercules déterminent assez souvent une conjonctivite, que l’on pourrait désigner sous le nom de conjonctivite lépreuse, amenant un chémosis que ni les collyres, ni les cautérisations superficielles ne font disparaître.

Ces troubles de nutrition finissent par envahir la cornée

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