ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE PATHOLOGIQUES
Si la symptomatologie de la lèpre est bien connue, nous ne pouvons pas en dire autant de l’anatomie pathologique; car les cas où l'examen histologique a pu être pratiqué sont bien rares, et cependant ce n’est guère qu'à l’aide de ce dernier, qu'on peut espérer indiquer la signification pathologique de cet état morbide.
Il nous a été donné de nous livrer à cette étude sur un de nos malades, dont nous rapportons plus loin l’observation; c'est principalement à l’aide de préparations microscopiques que nous avons faites, puis dessinées nous-même, que sera fondée notre anatomie pathologique. Chemin faisant,nouscompareronsles résultats que nous avons obtenus avec ceux que les auteurs ont signalés, et, parmi ceux-ci, nous placerons en tête Virchow, qui, jusqu’à présent, a été le plus complet.
Dans le courant de cette description, nous ferons notre possible pour donner l'explication des symptômes que nous avons observés peñdant la vie, chez nos malades.
Comme la lèpre débute par la peau et qu’en réalité c’est de ce côté que sont les phénomènes les plus saillants de son histoire, nous commencerons par donner la description des altérations dans lesystème tégumentaire, en nous appuyant sur les recherches antérieures aux nôtres.
Les altérations du tubercule de la lèpre doivent être étudiées dans les différentes couches suivantes :
4° Couche superficielle de l’épiderme; 2° couche muqueuse; 3° derme; 4° tissu sous-cutané; 5° tissu profond, muscles, etc.
Mais, avant d'aborder l'étude histologique, il convient de
PAT jeter un coup d'œil sur les altérations que l’on trouve à l'œil nu, en faisant une coupe de la peau au niveau d’un tubercule ou d’une induration tuberculeuse.
Les lésions que l’on rencontre dans le derme varient selon l’ancienneté et l’intensité de la maladie.
Quand il n’y a encore que simple induration de la peau, on voit, sur une coupe, que le tissu cellulaire est épaissi et ressemble à un tissu lardacé, qui laisse écouler par la pression une humeur visqueuse. Par points, la coupe offre un aspect blanc jaunâtre, quitranche avec le reste de la surface; cette surface est un peu rouge, caractère dù à la grande quantité des vaisseaux et à leur plus grand volume.
Les veines, telles que la radiale, la céphalique, la basilique, la saphène, ont subi une altération très-curieuse : tantôt leur calibre est normal, tantôt il est rétréci; mais leurs parois sont hypertrophiées, surtout du côté qui correspond à la face profonde du derme. Cette particularité est d'autant moins accusée qu’on s'éloigne des extrémités et que la veine est dégagée du tissu cellulaire.
Plus l’infiltration augmente, plus le derme s’épaissit en perdant sa structure ou son aspect, et si le travail morbide se limite en un point, on a le tubercule qui se présente à l'œil nu, comme nous l'avons dit plus haut. Par la pression, on peut faire sortir une matière quasi-caséeuse et decouleur jaunâtre, dont nous dirons tout à l'heure la composition histologique, et qui correspond au ramollissement de ce produit de nouvelle formation.
Dans la lèpre, les nerfs cutanés ou sous-cutanés sont épaissis; on constate que cette altération siége dans leur
‘gaine protectrice. Nous avons vu que, pendant la vie, cette modification pouvait être constatée par le toucher sur les nerfs très-superficiels (exemple : observation 1"), aussi bien quand le malade porte des tubercules que quand il en est exempt et n'a encore que de l’anesthésie : caractère trèsimportant, qui fait bien voir que ces distinctions de lèpres
tuberculeuses et anesthétiques sont oiseuses ; d’ailleurs, en faisant l'anatomie microscopique, nous verrons que la ressemblance et l'identité des altérations sont encore plus frappantes qu'à l'œil nu. Il ne faudrait pas rapporter, comme l'ont fait certains auteurs, cette périnévrite chronique aux ulcérations des tubercules, car on la rencontre bien avant l’ulcération qui n’est liée, au contraire, suivant nous, qu'à la lésion nerveuse.
Les faits cliniques et les expériences que l’on a faites sur les animaux ont, en effet, démontré que desexcitations morbides ou l’irritation des centres nerveux engendrent rapidement les troubles trophiques les plus variés.
Voyons quels sont les troubles trophiques consécutifs aux lésions des nerfs du côté de la peau, du tissu cellulaire sous-cutané, des muscles, des articulations et des os.
Commel’asi bien démontréM. Charcot, dansses leçons cliniques, les accidents que les lésions traumatiques des nerfs sont capables d’occasionner du côté des téguments sont de deux espèces : 1° les premiers sont ou des éruptions vésiculeuses ou bulleuses, le zona et certaines éruptions se rapprochant de l’eczéma ; 2° les autres sont des éruptions pemphigoïdes, dont le développement est très-brusque et qui se montrent là où le nerf lésé ou enflammé animait la peau.
Ces manifestations laissent après elles des ulcérations rebelles à la cicatrisation, dont la trace est indélébile.
8° Une tuméfaction du derme et du tissu cellulaire souscutané, qui succède à des rougeurs de la peau ou à des changements de coloration variés.
4° Vient enfin l’altération des téguments décrite par les chirurgiens américains sous le nom de Glossy-Skin.La peau devient, ainsi que dans la lèpre, lisse, pâle et comme anémique en certains points.
Les glandes sudoripares s’atrophient; leur sécrétion est diminuée, ce qui entraine une sécheresse de l’épiderme.
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Les glandes sébacées sont englobées dans ce processus et subissent des lésions analogues à celles de la lèpre.
Les muscles s’atrophient souvent d’une manière rapide et perdent, tantôt en partie, tantôtcomplétement, leur contractilité électrique, absolument comme dansl'éléphantiasis des Grecs. |
On voit aussi se produire dans les articulations, des douleurs rhumatismales dont la physionomie est la même que celie du rhumatisme articulaire aigu et qui finissent par amener l’ankylose.
Enfin, du côté des os, se déclare une périostite qui suppure le plus habituellement et entraine une ostéite, puis une nécrose, dont les produits de sécrétion et d'élimination se font jour au dehors.
Tous ces désordres se produisent non-seulement à la suite de lésions traumatiques, mais encore à la suite d’une irritation, d’une compression quelconque du nerf.
Est-ce que ces lésions trophiques n'existent pas dans la lèpre et ne se présentent pas de la même façon en suivant une marche tout à fait analogue? Nous allons l’examiner.
Dans la lèpre, parfois le tégument externe est atrophié et aminci, et sa texture se rapproche, à l’œil nu, de la structure normale de la peau; mais, lorsqu'il existe des ulcères profonds allant jusqu’à l'os, on constate que la peau environnante est infiltrée et épaissie par une matière que nous retrouvons analogue à celle qui compose les tubercules.
Quant aux altérations des muqueuses, elles sont identiques à celles de la peau, et nous les décrirons plus loin. Elles peuvent se tuberculiser ets’ulcérer,commeletégument
xterne. L’uicération qui siége au nez peut perforer la cloison ou la voûte palatine, suivant sa position (obs. 1).
Le larynx présente des tubercules et des ulcères qui,
près avoir envah ila muqueuse, arrivent artilu caage,
2 AD dont la nécrose et l'élimination sont choses rares, mais possibles.
On a noté sur la muqueuse intestinale, et en particulier sur les plaques de Peyer, des pertes de substances quelquefois si considérables qu’elles ont fait communiquer ensemble des anses intestinales.
D’autres fois, l'intestin porte des cicatrices d’ulcérations anciennes.
Voyons maintenant ce que le microscope nous révèle.
4° Dans la couche superficielle de l’épiderme :
La couche cornée est détruite ou considérablement amincie, ou bien, dans les points où elle persiste, les cellules qui la composent, devenues plus réfringeantes, subissent une sorte de dissociation granuleuse.
2° La couche muqueuse de Malphigi persiste; cà et là ses prolongements interpapillaires pénètrent plus profondément dans le derme; ses cellules ont du reste leurs caractères normaux et se colorent au carmin, comme d'habitude.
3° Les altérations du derme doivent être étudiées :
a. Dans son tissu fondamental ; b. Dans ses vaisseaux; c. Dans ses glandes et annexes.
a. Le tissu du derme, composé essentiellement, à l’état normal, de faisceaux de tissu conjonctif entrelacés de fibres élas-
tiques etde quelques fibres musculaires, est ici com-
plétement transformé en
un tissu nouveau. Ce tissu
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renferme une très-grande quantité de cellules em- Fig. 4. bryonnaires qui présen-