CHAPITRE I
EVOLUTION NATURELLE DES HEMATOZOAIRES DE LAVERAN
Leur longétivité.
Quand un individu sain arrive dans un pays à paludisme et qu'il y contracte cette maladie, nous connaissons déjà les différentes phases par lesquelles il va passer nous voulons les retracer brièvement pour mieux connaître la longévité des parasites dans le sang.
1° ACCIDENTS PRIMAIRES PALUDÉENS : Ce sont des manifestations aiguës, se produisant après une incubation variable avec le genre de plasmodium infectant. On aura, une fièvre, dont le diagnostic ne sera solidement établi que par examen microscopiques du sang, La médication quinique intervenant (ou non) cette fièvre s’apaisera, et après une période apyrétique le malade entrera dans la deuxième phase de la maladie.
II0 RECHUTES PRÉCOCES : phase d'accès se succédant sur un rythme connu — puis après un certain temps, ces accès deviendront moins intenses, les pério-
PR pre
des apyrétiques seront plus longues, et ainsi nous aurons des alternatives de bien et de mal souvent désespérantes par leur tenacité pendant les quelques mois qui vont succèder à l'infection primitive. Ces malades, grâce à une bonne thérapeutique méthodique et régulière, seront momentanément ou définitivement blanchis de leurs parasites. L'expérience de nombreux médecins coloniaux nous montre que l'organisme indemne de toute affection antérieure, arrive lui-même, par un processus de défense naturelle à juguler ces accès fébriles, et nous aurons ainsi une tendance à la guérison spontanée.
Le cycle évolutif des hématozoaires est venu nous expliquer la marche des accès à cette période. Paludisme d'invasion, et premières rechûtes marqueront pour ces parasites une phase de pleine activité.
Les premiers bienfaits de la quinine donnant lieu à une amélioration générale, nos malades auront renoncé à prendre régulièrement ce médicament, et alors, à l’occasion d'un état de moindre résistance, ou d’autres, facteurs que nous connaîtrons mieux par la suite, ces hématozoaires, montrent leur existence par des nouvelles rechütes.
ITII0 RECHUTES TARDIVES : que nous distinguerons des réapparitions lointaines (4 à 5 ans) des parasites dans le sang.
Nous aurons parfois des accès sans lendemain, mais souvent aussi des accès tenaces, de nombreux facteurs nous font mieux comprendre la marche de ces accès :
1° La zone ou se trouve le malade.
2° La saison.
39 Le plasmodium infectant.
Admettons qu’un individu se soit infecté dans une contrée de la zone méditerranéenne : Corse, Sardaigne, Italie. Il présentera des accès de fièvre de la fin juillet jusqu’en janvier, c’est que nous aurons alors du plasmodium falciparum, cause de la fièvre estivo-autumnale, si grave et si redoutée de nos paysans Corses qui savent qu'après les moissons et les vendanges il auront à subir les assauts de la « Malaria » qui va revenir. Si le malade n’est pas emporté par un accès pernicieux, s’il s’est bien traité, ces accès disparaîtront vers la fin janvier, mais c’est alors qu'apparaîtront les fièvres chez les porteurs de plasmodium vivax ou Malariae : accès de la période hiverno-vernale cessant en général vers la fin juin.
Cette évolution que nous venons de schématiser souffrira bien des exceptions, car des accès peuvent se produire en dehors de ces saisons, ou même le malade peut être infecté de différents hématozoaires.
Ces trois phases dont nous venons de parler ont occupé les 12 à 18 mois succédants à l'infection primaire, mais nous n’ignorons pas que si le repos, la dietetique appropriée et la médication quinique n’ont pas été suffisamment respectés, des manifestations morbides pourront reapparaître dans les années à venir
Pour l’étude de la longévité des parasites nous voyons donc quel précieux facteur nous avons avec la notion de la saison favorable, de la saison propre au développement de chaque espèce d’hématozoaires.
Nous n’en voulons pour preuve que les statistiques
DE
faites pendant la guerre 1914-1918 au laboratoire de Zeitenlik sur les différentes espèces de plasmodium plus fréquemment trouvés dans des frottis de sang, aux diffé-
rents mois de l’année.
Juillet à Décembre 1916 83 17 Janvier 1917 50 50 Février 1917 1à2 98 à 99 Juillet 1917 60 40
ABRAMI et SENEVET eurent l’occasion d'observer des cas de guérison apparente chez des militaires rapatriés en France pour paludisme et soustraits à toute réinfection possible. En effet les militaires renvoyés en septembre 1916 après la période des rechûtes précoces n’eurent plus de manifestations cliniques à partir de décembre. Les croyant guéris ils sont renvoyés en Orient en juillet 1917. Or, la fièvre réapparut chez eux, sitôt leur débarquement à Salonique, avant même qu'il pussent être réinoculés — l'examen de sang confirma, le diagnostic. En présence de ces faits, nous voyons qu'il faut être prudent en matière thérapeutique et ne pas se fier aux apparences chez des malades revenus à de meilleures conditions d'hygiène et de soins. Il est à remarquer également que les accès réapparurent à la période qui coïncidait à la première ingestation.
L'influence d'une perturbation accidentelle de l’organisme parasité, sera aussi, d’un grand intérêt pour notre
nn
étude. Nous pouvons dire qu’en de telles occasions, chez un malade autrefois paludéen, il faut rechercher la part qui revient au paludisme par des examens microscopiques du sang. En effet la présence ou l’absence des hématozoaires nous dira si l'organisme en est débarassé ou non.
Grâce à ces différents moyens d'étude — et nous ne citerons pas les auteurs si nombreux qui toujours furent d'accord sur ce point — on a pu remarquer que la fièvre tierce maligne en dehors de toute réinfection cèdera facilement, le plasmodium falcipanum disparaissant assez vite de l'organisme. Les deux autres fièvres qui en général ne provoquent pas de phénomènes morbides graves résistent bien plus au traitement et aux moyens de défense naturelle et marquent ainsi plus de tendance aux rechûtes soit à la période favorable au développement du parasite considéré, soit après un traumatisme où à un refroidissement. La fièvre quarte surtout s’élernise facilement, aucun phénomène pathologique ne prouvant son existence, les individus étant porteurs de plasmodium sans le savoir. ( Nous connaîtrons mieux, plus loin leur danger comme disséminateurs du virus paludéen). Mais c’est alors que le microscope, les méthodes de recherche sérologiques et provocatrices seront d’une grande utilité.
Ajoutons que dans cette forme de fièvre quarte, malgré la longue persistance du parasitisme, la splénomégalie se montre souvent inconstante, alors qu'il n’en est: pas de même dans les cas de tierce bénigne. L'index splénique, sera cependant un moyen de juger de la longévité des parasites, surtout quand la splénomégalie s'accompagner d’autre manifestations cliniques.
VLC L'LPOS r je F