CHAPITRE IT
DISPARITION DE L'HEMATOZOAIRE
Plusieurs points sont à considérer, car il nous faudra distinguer quelle sera la longévité de ces parasites du sang chez les porteurs restant dans des zônes d’endémie palustre, ou venant habiter dans les pays à l’abri des réinfections comme ce fut le cas de nombreux militaires des troupes coloniales pendant la guerre et comme nous avons fréquemment l’occasion de l’observer chez des coloniaux rapatriés définitivement
19 INDIVIDUS DE RÉGIONS D’ENDEMIE PALUDEENNE Peut-on faire l'étude de la longévité des parasites dans ces pays ?
Sachant que l’homme est le seul reservoir de virus — et c’est là l'intérêt de notre étude — et l’anophelle l'hôte transmetteur nous ne pouvons donner de valeur à nos recherches qu’en pouvant couper le chainon anophelles réservoir de virus, c’est là en effet une des bases même de la lutte antipaludéenne. Nous allons voir comment va se comporter le reservoir de virus, quelle sera la lon-
Guerrieri 3
OC
gévité de ses parasites, la durée des manifestations cliniques. Une observation très intéressante nous est fournie par la lutte antipaludéenne menée par FoLEy, H. CABANEIï et À. GirAUD dans les Ksours du Sahara septentrional à Fiquig. Ayant pu assainir toute une zône par la destruction des Anophelles, et par la quininisation, ces médecins ont pu constateren faisant l'étude de l’évolution clinique, et parasitologique du paludisme chronique, grâce à des recherches poursuivies pendant plus d’un an à l’aide d'examens quotidiens chez plusieurs indigènes, notamment les enfants.
1° A partir du moment de la suppression complète des gites larvaires, les enfants étant à l'abri des réinoculations, la température retombait à la normale.
2e Le plasmodium præcox disparaît le premier avant le pl. vivax, chez tous les enfants quininisés ou non. Les formes annulaires persistent plus longtemps que les gamèêtes dans le sang périphérique.
30 La disparition permanente du nombre des porteurs d’hématozoaires paraît due moins à l'influence de la quinine qu'à l'impossibilité des réinfections.
Cette observation nous montre aussi que la longévité des parasites du paludisme est diminuée en mettant ces peuplades dans de meilleures conditions d'hygiène générale,et de soins, mais la longévité des parasites est encore sous la dépendance de facteurs individuels multiples et de l'intensité des infestations antérieures .
Mais chez des sujets vivants dans des pays, soumis à des réinoculations, l'étude de la longévité des parasites sera en effet très difficile, sinon impossible. Car les indi-
gènes, de même que nos vieux coloniaux s'ils peuvent arriver à ne plus avoir de manifestations cliniques évidentes de leur affection — (et cela par leur état de prémunition qui peut dans une faible part provoquer la destruction du plasmodium de même que les propriétés schizontolytiques, pouvoir qu'ils doivent aux réactions humorales subies par leur organisme par les réinoculations antérieures) — n’en sont pas moins de permanents porteurs d'hématozoaire, et alors il faudrait pouvoir rechercher comment va se comporter l’hématozoaire primitif — et c'est là un problème insoluble. Nous admettrons donc que chez les nègres du Sénégal dont nous parlent LÉGER et NoGUE dans leur mémoire de 1923, il existe de grandes altérations parenchymateuses des organes, des troubles fonctionnels à évolution lente, mais quant à savoir quelle est la part qui revient au premier germe introduit, avouons seulement qu'il serait intéressant pour nous, de connaître combien de temps les germes primitifs persistent dans l'organisme et de quelles lésions les premiers germes sont responsables quand nous nous trouverons en présence d’un paludisme évolutif, mais d’une façon torpide. Peut-être un jour la pathologie expérimentale pourra-t-elle nous renseigner sur ce
point.