MAGNAN
Maladie actuelle. — Elle a duré environ quatre mois, dont deux à l'asile. Elle a été déterminée par de vives préoccupations survenues elles-mêmes à Ja suite de graves pertes d'argent. L’angoisse avec crises paroxystiques, voilà ce qui l’a caractérisée dès son début. Dans plusieurs de ces crises (raptus mélancolique), elle a voulu mourir avec tous les siens et a essayé d’étrangler son mari. Elle s’écriait souvent : « Mettez-moi dans. une maison de santé. Je vous ferais du mal, je ne puis pas me retenir! »
L’internement semble lavoir un peu calmée. Les raptus ne se sont plus reproduits. Seule l’anxiété a persisté quinze jours, accompagnée d'idées de ruine et de damnation, d'idées très nettes d'indignité et de culpabilité également. Elle redoute par moment de nouvelles calamités : elle ne guérira pas, son mari doit être mort. Elle présente des troubles de la sensibilité générale : quelque chose la brüle sous le crâne — elle montre son occiput. Elle dort mal, elle pleure et gémit une partie de la nuit.
Cette première quinzaine est suivie d’une semaine de tranquillité relative, qui va peu à peu en s'accentuant. Au bout d’un mois, Mme L. se montre tout à fait sous
un autre aspect; elle parle raisonnablement de ses affaires, exprime le désir de retourner dans sa famille ;
seulement elle ajoute qu'elle a encore le cerveau comme aplali. Bientôt cette sensation disparaît et la guérison est complète.
Nous devons signaler ici, après la crise aiguë de quelques mois, une véritable période de convalescence. Dans aucun de nos cas, elle ne s’est montrée
avec autant de netteté, et notre observation III est
en
même caractérisée par la chute brusque de l’effervescence anxieuse.
OBsERVATION VI
(Prise dans le service de M. le Professeur Jorrroy.)
Femme de 37 ans, mariée, ouvrière.
Entrée à Sainte-Anne le 9 novembre 1897.
Antécédents. — Mère aliénée. Père buveur.
La malade elle-même à eu une fièvre typhoïde et une pleurésie dans sa jeunesse. Son intelligence et son caractère se sont toujours montrés normaux jusqu'aux événements que nous allons résumer.
Accès de lypémanie anxieuse. — Elle est opérée le 21 août 97 pour une grossesse extra-utérine datant de neuf mois environ. Le délire éclate cinq jours après, caractérisé d’abord par de l’incohérence du langage et des idées de persécution (Prof. Joffroy). Puis l'anxiété sur vient, accompagnée d'une difficulté évidente des opérations intellectuelles. Elle à des hallucinations de l’ouïe et des troubles de la sensibilité générale. Sentiment d’indignité, appétit du suicide. Refus d’aliment.
Trois mois après son entrée à Sainte-Anne, elle présente des impulsions : elle casse des carreaux, jette un verre d’eau à la tête de l’interne.
Son état est encore le même aujourd’hui (juillet 98). Elle est constamment égarée, incapable de répondre à une question. Les crises d'angoisse se succèdent, provoquées par les causes les plus insignifiantes. Ce sont des cris, des plaintes, des phrases entrecoupées, des mots sans suite jetés d’une voix haletante, Le champ des
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idées est très restreint, et l'arrêt intellectuel est des plus manifestes :
« Il faut qu'on m'emmène... Oh! là là... Mais non, « mais non... Oui, oui... Mais, mais, mais... Je veux « l'être, je veux l'être. Je ne veux pas rester ici... Je «suis criminelle, je veux avoir la tète coupée... Emme- « nez-moi, qu'on me coupe le cou... »
- Les seules idées qui se dessinent sur le fond de douleur, ce sont les idées d’indignité et de crimes.
Pendant toute la durée de l'angoisse, la malade agite frénétiquement les deux mains et secoue la tête, dans une sorte de mouvement convulsif qu’elle ne peut maitriser et qui cesse avec la crise.
Il est difficile de ne pas voir ici une relation de cause à effet entre l'opération et la vésanie. — Mais il ne saurait être question de créer une forme nouvelle d’aliénation. La laparotomie a agi à la facom d’un traumatisme banal sur une héréditaire.
Ogservarion VII (personnelle)
Indications générales. — Femme de 50 ans, mariée. Elle: a une fille bien portante ; un fils est mort jeune. Nerveuse, susceptible, irritable, parfois emportée. Position peu aisée. Laborieuse, économe à l'excès. Scrupuleuse.
Antécédents pathologiques. — Mère nerveuse et violente.
Premier accès de mélancolie. — Un premier accès de mélancolie (anxiété, idée de ruine), survenu à la suite de la frayeur causée! par un incendie, a duré environ dix