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mois. Ce premier accès a été marqué par une tentative de suicide (pendaison)
Second accès. — La seconde crise a été séparée de la première par une période de trois mois, durant laquelle l’état mental a paru un peu chancelant. Un jour, la malade a refusé de sortir, et la folie est devenue de nouveau évidente.
Angoisse extrême, pleurs, gémissements, insomnie, refus d aliments, idées de ruine et d’indignité : tels furent comme précédemment les symptômes les plus saillants. Mais ce qu’il convient de noter à part, ce sont de nou-
- velles idées de suicide, qui furent suivies de plusieurs
tentatives d'exécution (pendaison notamment).
A l'asile, elle montre des scrupules exagérés, au milieu des signes déjà énumérés : elle craint que son mari ne puisse pas payer sa pension. La douleur persiste, aussi bruyante, aussi expressive. Deux tentatives de suicide (pendaison) à cinq jours d'intervalle.
Au bout de quelque temps (un trimestre), comme elle se montre plus tranquille et plus raisonnable, on la laisse
retourner dans sa famille pour un congé d’une quinzaine. Quelques mois après on apprend sa mort : elle s'était pendue, cette fois sans retour.
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On a dit que les lypémaniaques ne mettent pas à
exécution leurs idées de suicide, à cause de cette im-
puissance à se décider qui les caractérisent. L’obser vation que je viens de rapporter montre qu'il ne faut pas se fixer à leur apathie, et qu ‘il importe de comp- ter- avec les impulsions. Ces faits sont aujourd'hui “bien connus, ef ils ne sont pas rares.
Ogservarion IL (Personnelle).
Femme de 64 ans, veuve, rentière. Elle a deux filles bien portantes. Taille moyenne. Normalement constituée. Fréquemment constipée.
Physionomie intelligente, volontaire et dure. Très méfiante.
Nous ne savons rien de ses antécédents héréditaires. Quant aux antécédents personnels, nous ne les connaissons guère mieux.
Maladie actuelle. — Elle s’est déclarée sur un terrain depuis longtemps préparé, puisque la malade avait déjà présenté antérieurement plusieurs atteintes de lypémanie.
La crise actuelle, au moment de l’entrée à l’asile, remonte à quatre mois, caractérisée dès le début par de l'excitation, des insomnies, des idées de ruine et de damnation, « des cris inarticulés » (certificat médical), des hallucinations, elle s'est présentée sous cet aspect durant l'internement.
L'agitation est grande, les nuits sont mauvaises. Mme C. marmotte ou crie à tue-tête ; elle proteste, veut s'en aller. L’anxiété ne fait pas défaut, et les motifs du désespoir abondent : on va lui donner un bain d’eau bouillante, on va la mener en enfer, elle est perdue, il lui faut la mort. Elle se plaint d'un goût de soufre et de cuivre dans la bouche. Elle a des idées vagues de persécution : elle refuse de prendre les médicaments, « parce que c’est de la physique. » Elle est ruinée. Elle prononce malgré elle des mots informes et bizarres, tels que :
Ouel-mol-to-gol-gol-s0o ou Garoulogamarou, et cela même au milieu d'une phrase ordinaire. Elle tressaille en marchant, et semble chercher son équilibre.
Au bout de huit jours, un calme relatif survient, qui va peu à peu en s’accentuant ; l’angoisse tombe. Mais bientôt l'excitation, quoique moins vive, revient par moment, et les Insomnies sont fréquentes. Le délire reste le même : les idées de ruine et de damnation, quelques idées passagères de persécution en font les frais. L
Les hallucinations motrices verbales se reproduisent
constamment, accompagnées souvent de secousses dans
les membres inférieurs : ce sont ces dernières qui donnent à la démarche lallure incertaine que nous avons signalée. La malade a donc des impulsions motrices : plusieurs fois elle frappe les sœurs, et s'en excuse après très sincèrement, disant qu'elle ne l’a pas fait exprès. quand on l’interroge sur les mots étranges qu'elle prononce au cours de la conversation, et qui viennent brusquement l'interrompre, elle déclare qu'on l’a toute changée, qu’on lui a pris sa voix douce, elle accuse le médecin de lui avoir ôté la parole.
Elle se plaint de ne plus voirelair. Un jour elle affirme que les oflices ne sont plus à leur place dans son livre de
messe : c'est Le diable qui a fait cela. Deux fois, au par-
loir, elle refuse de reconnaître ses filles, prétendant que ce sont seulement des représentations ; mais elle leur
parle d’abord comme si elle les reconnaissait.
Elle nie l'existence de sa petite fille. Elle craint de ne plus pouvoir retourner dans sa propre maison, car elle
doit être détruite, et il n’y a plus rien.
Dans les derniers mois, Mme C. est devenue inabor-
dable. Elle fuit en sautillant et en laissant échapper son gloussement ordinaire Ouel-mol-to-gol-gol-g0, quand on tente d'approcher, et l’on n’en peut que difficilement obtenir une réponse. | Sa famille la reprend après six mois de séjour. La semaine suivante, elle va se noyer dans la rivière.
Cette observation est intéressante à plus d’un titre. C’est la première, parmi celles que nous avons déjà données, dans laquelle nous puissions signaler les décharges psycho-motrices: elles y apparaissent sous la forme verbale et sous la forme de mouvements brusques et involontaires des membres. La malade présente également du délire de négation à l’état d’ébauche.
Mais ce qui mérite plus parculièrement l'attention, c’est la présence d’un symptôme que Charcot avait signalé, et qui fut bien d’écrit par Cotard: la perte de la vision mentale (1). Elle ne doit être confondue ni avec l’amblyopie, ni avec la dyschromatopie, ni avec la cécité verbale. Elle consiste en un trouble passager ou durable de la vision, caractérisé par l'impossibilité de reconnaître partiellement ou en totalité certains objets. Ainsi la malade sait bien qu’elle tient dans la main son livre de messe; mais les psaumes ne font plus sur ses centres cortiecaux la
(1) CHarcor. — Progrès médical, 22 juillet 1883. Coran. — Perte de la vision mentale dans la mélancolie anxieuse, in Archives de neurologie, 1883, n° 21. ‘
même impression que d'ordinaire, et elle déclare que le diable les a changés.
OservarioN IX (personnelle).
Indications générales. — Femme de 64 ans, veuve, sans enfants. Rentière. Vivait seule à la campagne. Peu cultivée, mais intelligente et active, gérant bien ses affaires. De taille moyenne, normalement constituée, maigre, sans lésion constatable aux divers organes. Pas de troubles digestifs.
J'ai observé cette malade pendant trois mois, et son délire, très monotone, très simple, dans sa variété et sa complexité apparentes, était Le dernier jour le mème que le premier. | —
Antécédents pathologiques. — Elle appartient à une famille de neuf enfants, dont il ne reste plus qu’elle et une sœur ; les autres seraient morts ou d’accidents ou de maladies infectieuses. Le père et la mère, d'ordinaire bien portants, auraient vécu jusque dans un âge très avancé.
Elle-même a toujours joui d’une bonne santé. La mort de son mari, trois ans avant l’intérnement, l'aurait profondément bouleversée. Mais elle éprouva dans la suite un chagrin plus vif encore, en perdant une nièce qu'elle adorait et qu’elle traitait comme sa fille; cette nièce a succombé deux années environ après le mari, d’une maladie de poitrine : elle avait beaucoup maigri et crachait le sang, si bien qu'on peut penser à la tuberculose. Quoiqu'il en soit Mme M. tomba dans une tristesse dont il fut
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désormais impossible de la tirer. Survint une atteinte d’influenza, à la suite de laquelle les troubles cérébraux devinrent manifestes.
Maladie actuelle. — La folie semble donc avoir éclaté sur un terrain déjà préparé par les émotions et les méditations douloureuses, sous l'influence d’une infection banale. Elle fut caractérisée au début par des alternatives de dépression, de tristesse muette, d’une part, et l’excitation anxieuse, d'autre part. Les insomnies étaient fréquentes. Le délire prit au bout de quelques semaines la forme sous laquelle nous l'avons observé : les préoccupations hypocondriaques se mêlaient à des idées vagues et changeantes de persécution, sur un fond d’anxiété, et le désir de la mort se faisait jour par moment. M®e N se croyait poitrinaire comme sa nièce, et répétait souvent en s’efforçant de tousser et de cracher : « Ca mürit et ça pourrit ». Un jour, elle tente de se noyer, et on la place alors dans une maison de sœurs, d'où il faut la faire sortir deux mois après pour l’amener à l'asile.
L'anxiété est vive, presque constante, avec des paroxysmes. Elle est accompagnée d’excitation : la malade quitte son lit, la nuit aussi bien que le jour, et marche sans savoir où elle va, ni ce qu'elle veut, en criant : € Hélas ! Hélas ! Mon Dieu ! Quel malheur ! » Le délire est très actif, et tout sert à l’alimentér. On va la guillotiner, la couper en morceaux, la mettre dans l’eau bouillante, Elle montre la bouche du calorifère, et déclare qu'elle sera forcée de passer par ce trou pour aller dans la cave ; mais cela chaufle, elle sera brülée, elle mourra étouffée à cause de la fumée. Quand je veux l’examiner : « Je vois bien, dit-elle en gémissant, que vous n’allez pas me faire quelque chose de bon. » Des
ouvriers viennent un jour dans le dortoir pour poser un placard : elle prétend qu’ils préparent un cachot pour l'enfermer. Une autre fois, c’est un robinet qu'on répare : elle craint qu’on ne lui fasse boire toute cette eau chaude qu'ils font couler.
Les interprétations délirantes d'origine auditive sont continuelles, peut-être les haHucinations; mais je n’ai pu fixer ce dernier point. Lorsque Me N., entendant parler auprès d’elle ou prètant l'oreille aux bruits et aux cris du dehors, aflirme qu'on la traite de voleuse, de gourmande, qu'on lui donne toute sorte de noms, qu'on la menace de la prendre, qu'on l’accuse d’avoir été la maîtresse d’un curé, etc., il est difficile d'admettre sans réserve des hallucinations de louïe. La forme même sous laquelle se présentent parfois ses récriminations éveillent, en eflet, des doutes sur leur valeur symptômatique. On donne a entendre...on a l'air de dire que voilà comment débutent quelques-unes d’entre elles. On bien la malade montre par la fenêtre les autres pensionnaires, et dit: « Toutes ces femmes, la marchande de draps, la « marchande de parapluies — notons qu’il n'y a préci- « sément aucune marchande de draps ni de parapluies — «racontent les pires horreurs contre moi. » Pourtant, les hallucinations auditives ne sont pas douteuses à certains moments. C’est ainsi qu'il faut interpréter des phrases comme celles-ci : « J’entends dire qu'on va me « mettre les mains en croix... On me dit tout haut que « j'aurai le cou coupé... On me crie que j'ai volé, 1! y « a là un carillon de monde, des beugleries auxquelles
«Je ne comprends rien. »
Elle a des illusions visuelles. Elle a vu Madame X., la femme du maire, dans le lit à côté du sien. Elle croit
reconnaitre sa nièce dans la personne d’une pensionnaire qui couche non loin d'elle; elle s'inquiète de sa position, elle l’a plaint: « C’est une fille qui a du bien, dit-elle, mais c’est malheureux de la voir là. » Elle lui attribue des maux imaginaires, comme pour justifier sa propre pitié: « La pauvre enfant, qu'est-ce que cette poudre qu'on la force à prendre ? — en réalité, elle ne prend aucune poudre — c’est au moins de la dynamite! » De même qu’elle semble chercher des raisons de s’inquiéter, elle semble donc également chercher des raisons de s’attendrir, Un matin, en entendant crier des aliénés dans un quartier voisin, ellese met à pleurer: « Pauvres en- «fants, dit-elle, pourquoi vous faire tant souffrir ? vous « n'êtes point coupables... J’entends la viande sut le feu. « Hélas! c'est ma nièce qu'on grille. » Dans une autre circonstance, voici comment elle parle : « Vous enterrez « les parents partout,vous les coupez, vous les faites brü- « ler...Ma nièce est quelque part par là, dans ces chambres- «là. Elle crie. Vous avez voulu la faire griller. »
De temps à autre surgissent des idées de culpabilité et d’indignité, des idées de ruine. « Qu'ai-je donc fait pour « tant souffrir ? Je suis donc bien criminelle ? Qu'est-ce « qui a pu se passer dans ma jeunesse, pour qu'on me: « dise toutes ses horreurs ? » Elle déclare qu’elle est nue dans son lit, qu’elle n’a plus une chemise; elle ne peut cependant pas, ajoute-t-elle, aller ainsi par la ville. Elle revient souvent sur cette idée. Elle demande quel crime elle a commis pour qu’on la laisse sans chemise. Et elle proteste en même temps de son innocence : « Qu’on «m'ouvre le corps ; on verra bien si j'ai quelque chose « qui n’est pas naturel. Je n’ai jamais volé ni assassiné a personne. »
Plusieurs fois elle se dit aveugle. Elle redoute tous les malheurs pour elle et pour sa nièce, et alors elle s’accuse sur un ton d'ailleurs dubitatif d'en être la cause. Un jour, très anxieuse, elle nous dit : « Je ne puis arriver à me « rassurer. Tout cela me porte sur les nerfs. Je ne suis « plus ma maitresse... » Puis, toute haletante, elle ajoute : « Je me suis ruinée. » Peu de temps après, elle répète encore que tout son bien est perdu. Commie nous faisons des objections : «Je le crois pourtant, répond- « elle. Mais je n’en sais rien. Je ne connais plus rien à
“ce tout'éelav
Les préoccupations hypocondriaques ne l'ont point “abandonnée. Elle se demande si elle n’a pas de douleurs sciatiques. Elle a un catarrhe ; ses poumons sont malades ; ce sont « des petits noyaux » qui lui font mal. Elle ne peut « ni moucher ni cracher. » Elle souffre dans les reins. A plusieurs reprises, elle se tourne et nous montre son coccyx, en disant qu’elle a là un os qui n’est pas comme chez tout le monde. — Bien entendu, le dit coccyx est absolument normal, — Une autre fois, c'est son dos qui la tourmente ; elle cherche du doigt le bord de ses omoplates, et prétend qu'elle sent deux trous. Le
Ce quiestle plus caractéristique chez cette malade, c’est l'humilité, que nous n'avons rencontrée au même degré dans aucun des cas précédents : humilité qui paraît non pas dans les termes, mais dans le trou et surtout dans l'attitude, Mme N. parle toujours à mi-voix, le regard de côté, comme si elle n’était pas très convaincue
de ce qu'elle dit ou prévoyait d'avance les objections.
Parfois, elle se tient à l'écart comme une enfant qu’on à punie. Malgré la multiplicité des idées délirantes, son