APE
/ 4 F PA f
de vie d’un asile d’aliénés ». Certes, je ne crois pas qu'on puisse se plaindre, comme au temps de Morel, « de l’existence pleine d’amertume que beaucoup d’administrations locales, en France, ont faite aux médecins aliénistes » (1). Ces derniers aujourd’hui se tiennent par la main, et ils sont assez forts pour se faire respecter. Aussi, n'est-ce point de cela qu’il est question.
- I importe, dis-je, que le médecin, en face de malades pareils à ceux qui font l’objet de ce travail, se souvienne plus particulièrement de la difficulté et de la hauteur de sa mission, et soit plus que jamais attentif à sa tâche, qu'il sache même au besoin faire jaillir de son propre fonds la source bienfaisante de la pitié: j'entends que les mélancoliques se sentent aimés par lui et trouvent auprès de sa personne comme un appui contre les suggestions de leur sensibilité exaspérée. En?
On se souvient qu'il y a chez eux absence du contrôle des sensations par le moi, et que l’action du pouvoir inhibiteur, ce qguos ego. de la vie mentale à l’égard des centres
sensitifs et moteurs, ne s'exerce plus ou s’exerce d’une
manière insuffisante, on connaît la tendance invincible de notre activité intérieure à constituer sans cesse son unité, son harmonie, et on se rappelle les efforts inconscients de
l’anxieux pour satisfaire à ce besoin d’assimilation et de
synthèse, efforts qui par leur impuissance déterminent l’angoisse et aboutissent au délire. Il est facile de comprendre qu’un tel désarroi crée dans la conscience un état d'irritabilité particulier (hypéresthésie psychique) que,
(1) More, Traité des dégénérescences, 1857, p. XI.
= re
seules, les hautes et saines émotions qui, chez Phomme sain apportent à l'esprit inquiet ou accablé un peu de calme et d'énergie, parviendront à apaiser ou à modérer. Ces émotions, confuses, atténuées, mais encore bienfaisantes, proviendront ici des mafques d'intérêt et de sollicitude données par l'entourage et surtout par le médecin, de l'affirmation constante à l'intérieur de l'asile de la di-
gnité et de la solidarité humaines.
« C’est un petit gouvernement, dit Pinel, que la direction d’un hospice d’aliénés, et on y voit aussi les petites vanités et l’ambition dominer, s’agiter en divers sens, se heurter, donner lieu à des conflits tumultueux d’autorité, et devenir des foyers continuels de trouble et de discorde (1) ». Ailleurs, insistant sur les qualités essentielles du cœur et de l'intelligence nécessaires chez tout aliéniste, il s’écrie: « Quel malheur pour les infortunés maniaques « d’être dirigés parune aveugle routine, d’être abandonnés « à l’insouciance d’un chef sans moralité et sans prin- « cipes! » Cette phrase, justifiée sans doute à l'époque de
Pinel par quelques abus retentissants, et qui n’est pas, il faut avoir le courage de le déclarer, entièrement dépour-
vue d'actualité, cette phrase ne témoigne-t-elle pas des préoccupations du fondateur dela psychiatrie française concernant ce traitement moral dont on a souvent parlé depuis sans le comprendre (2) ?
Il consiste moins, ainsi que je l’ai déjà fait remarquer,
(1) Pier, Traité médico-philosophique sur l'aliénation mentale, 1809. :
(2) J'ai eu, il y a quelques années, le triste avantage -de devoir -appliquer-à la façon de Leuret, qui procédäit par intimidation et employait la douche de punition, :
PH dl. d