‹ Étude sur la lypémanie anxieuseChapitre 8 sur 24 · ACT · texte numérisé non relu

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dans la lutte prudente, douce et continue, contre les idées délirantes, que dans l'impression d’intelligente fermeté et de haute honnèteté qui doit se dégager pour les fous de la direction médicale et administrative de la maison, dont ils sont la seule raison d’être. On doit, en un mot, s’efforcer de créer autour d'eux une atmosphère morale bienfai-

sante.

Le grand mouvement commencé à la fin du siècle dernier, relativement à l’hospitalisation des aliénés par Pinel en France, par Tucke en Angleterre, par Reil et Langermann-en Allemagne, a subi au cours du nôtre, des temps d'arrêt ; la lumière, alors répandue aux hideux cloaques où croupissait la pire misère des hommes, a eu ses heures d’éclipse partielle ‘ou totale. Mais la vérité finit toujours

par éclater, parfois déformée ou confuse, toujours sugges-

tive et bonne. |

On s’émeut d’une manière en quelque sorte périodique de la situation matérielle et morale de ces milliers d'infirnes de la raison qui peuplent nos asiles. Tout récemment encore il se dépensait en Jeur faveur beaucoup de zèle et d’érudition (1), beaucoup de tendresse aussi et d’éloquence passionnée (2). On discute aujourd’hui avec ardeur dans les congrès, au sein des sociétés savantes, dans les Revues de psychiatrie, dans des journaux politiques mêmes, sur le non-restraint ou suppression de tout moyen de contrainte, sur l’open door ou asile à portes ouvertes, sur la

(1) Congrès des aliénistes tenu à Toulouse, 1897. G. DOuTREBENTE. De l'orga- nisation médicale des asiles d’aliénés. ; (1) MaArANDON DE MoNTYEL, Ann. méd. psychol.' 1897,

colonisation agricole et l'assistance familiale. Ces questions ont leur intérêt et leur importance; peut-être sontelles la formule de l’avenir,.et je n’ai pas la prétention de les écarter d’un trait de plume. Seulement, il me semble que l’on subit un peu trop ici la fascination des mots, et que l’on a trop de tendance à faire reposer sur ces prétendus axiomes toute la science de l’aliénation mentale. Alors même quil serait prouvé — ce qui n’est pas — que ces méthodes fournissent les solutions les plus satisfaisantes de difficiles problèmes, faudra-t-il se désintéresser du , sort des aliénés parce que, en l’état actuel des choses, elles ne comportent que des applications partielles et incomplètes ? Que le médecin d'asile veuille bien regarder autour de lui, au lieu de se laisser attirer vers la région lointaine des grands projets et des chimères, et il. verra s'il est désarmé, s’il se trouve condamné à l’inaction ! ë Je pense qu'en matière de réformes, même spéciales, il faut se garder de l'esprit de système, et qu’un aliéniste d'intelligence et d'instruction moyennes, mais attentif et pénétré de sa mission, sans se rattacher à aucune école ni se recommander d'aucune formule, pourra tirer un réel parti, pour le traitement des malades qui lui sont confiés, de ressources insuflisantes et de locaux imparfaits, et saura, selon l’utilité ou le besoin, mettre à profit les conquêtes de la pathologie en général et de la psychiatrie en particulier. Et cette tâche, il devra s’y attacher d’autant plus qu’elle sera rendue plus difficile par l'insuffisance des moyens.

Est-ce à dire qu’on puisse se féliciter pleinement de l’installation et de l’organisation actuelles des services d’alié-

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nés ? Non pas. J’ai gardé le pénible souvenir d’un asile de province dont on aurait pu dire en partie ce qui fut dit jadis en Angleterre, à la Chambre des Communes,à propos du prétendu hôpital modèle de Bedlam : « Get établissement est la honte du pays ». C'était aussi un asile modèle, celui-là ! Qu’aurait-on pu penser des autres ?

La vérité, c'est que nous n’en avons peut-être pas un

qui soit entièrement à la hauteur des besoins de la science

contemporaine (1), et qu'il y en a peu — du moins en province — qui satisfassent aux vœux les plus modestes de la charité. Vieux pour la plupart, mal construits, mal agencés, insuffisants relativement au nombre des inter-

nés, il est difficile, impossible mème d'y aménager ces

des aliénés tranquilles èt travailleurs.

indispensables quartiers de classement et d'observation,

qui sont le salut des aliénés curables et la santé relative

A l'asile de Quimper, auquel je Minis allusion fs

‘haut, le quartier principal, le plus peuplé, eût tenté par

son horreur la plume du Dante. L’encombrement y était

effroyable, la saleté repoussante, et la vermine y régnait

en maîtresse. Les cabinets d’aisance étaient représentés

par des tonneaux ouverts, alignés dans la cour, le long

d’un mur, et l’on y voyait, à toute heure du jour,deux ou

trois malades assis, pantalon bas, jambes pendantes, le

bord des douves leur coupant les cuisses. En l’espace de

-six mois, deux épidémies de choléra y éclatèrent, etilne

-æeurologie.

fallut rien moins que la frayeur causée par la perspective [ “ : j ÿ» + À ‘

(1) Pauz SÉRIEUX, De l'assistance des alcooliques, 1894. e Notice historique sur l'assistance des aliénés en Allemagne, in Arch.

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d’un retour offensif et d’une dissémination: possible dans. la ville, pour hâter l'achèvement de bâtiments nouveaux dont la construction avait été décidée quatre ‘ans auparavant (1).

Le scorbut sévissait d’une manière effroyable dans les établissements de fous du temps de Pinel. On n’a plus à compter avec lui aujourd’hui. Mais il est une affection dont la fréquence avait depuis longtemps frappé lesmédecins de l'asile de Quimper, et qui avait fini-par prendre des proportions vraiment effrayantes à cause de l'encombrement, de l'insuffisance du régime alimentaire, et de lincurie administrative : je veux parler de tuberculose (2). En 1895, ayant porté mon attention de ee côté, j'ai compté que sur 56 décès, 23 devaient lui être imputés.Mon regretté collègue, L. Ménereul, avait déjà fait pour sa thèse inaugurale d'intéressantes recherches sur la forme intestinale, primitive ou secondaire, de linfection (3) : j'ai pu vérifier deux fois, à l’autopsie,ses conclusions. : | is

On sait quel rôle prépondérant . M. le Professeur Grancher fait jouer à la contagion dans le développement et l'accroissement de la tuberculose, et le rapport qu'il

(1) Ext ait des délibérat:ons du Conseil général du Finistère, (1 mai 1889).

M. Proudhon, préfet : (« La question a été déjà bien des fois ajournée, et pré- | sente un caractère d'urgence: L'ancien quartier. des Den est vraiment dans une situation honteuse ». È

© M. Hémon, député : «Il y à là non Short une question humanité) mais une question d'intérêt pour le département. En effet, le déplorable état des bâtiments de l'asile en éloigne les familles qui ont des aliénés à placer, »

* Etle Conseil général vota un premier emprunt de 300,000 francs. Ë

(2) Dr. Foier, « Considérations pratiques et théoriques sur l'oblitération LR +

l’aberration de l'esprit, déduites de 300 autopsies, 1854.

(8) L. Menereur, « Sur la diarrhée chronique des aliénés (entérite tubercu leuse) », thèse éditée par lés soins de M. le D° Noël Hallé, 189: Paris. 4

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