‹ Étude sur la lypémanie anxieuseChapitre 9 sur 24 · È LE · texte numérisé non relu

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présentait naguère à l’Académie de médecine estle plus éloquent des réquisitoires contre ce redoutable fléau (1). N'est-il pas vraisemblable, indépendamment du danger intérieur, que parmi les aliénés curables placés dans un milieu aussi contaminé, quelques-uns’ ont pu, guéris de leurs troubles psychiques, aller porter et cultiver le bacille de Koch au sein de leur famille ?

J'ignore si la bacillose commet de pareils ravages en

d’autres asiles. Mais à coup sûr aucun n'en est exempt,

étje pense que c’est faire œuvre utile que d'appeler sur ce point l'attention et la sollicitude des ahénistes. Relativement aux maladies mentales et plus particulièrement à

celle dont nous avons essayé de tracer le tableau, qui aflir-

merait que l’envahissement de l'organisme par le bacille

ne saurait créer des conditions favorables à la chronicité et à l’incurabilité de la psychose ?

Cette question d'hygiène nosocomiale que nous soule-

vons ici, présente, personne ne le contestera, un intérêt

de premier ordre. Combien d’autres s'imposent à l'esprit

de l'administrateur et du médecin, que ce n’est même pas le lieu de seulement lés énumérer dans un travail aussi limité que e nôtre ! Nous avions donc raison de déclarer que l'aliéniste soucieux de son rôle avait la possibilité,

{1) GRanoueB, Sur la prophylaxie de l& tuberculose; séance du 3 mai 1898. À Quimper, les maladés stationnaient par-le mauvais temps dans les réfec-

.toires, où ils pouvaient cracher à leur aise. Comme le balayage se faisait toujours à peu près à sec, le-matin, au moment de la visite médicale quotidienne, -médecins, infirmiers et malades respiraient à pleines naxines les poussières

bacillifères. Je n'ai pu obtenir que cette corvée fût exécutée par une .es- -couade, le. ‘soir, après le coucher, der manière, à laisser aux germes infectants le temps: + retomber sur le sol, ou mieux qu'elle fût rpréosdés d'un she arrosage.

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avec les seuls moyens dont il dispose, d'apporter de réelles améliorations à la condition des malheureux dont il a la charge. À

Etce médecin n’est pas un rêve, il existe dans nos asi-

les. Si nous avons des esprits étroits et chagrins, plus

fermés à toute spontanéité du cœur et de lidée qu'au besoin d'innovation ; si nous avons des aliénistes fonctionpaires, attentifs à fuir les responsabilités et les ennuis, songeant à leur tour d'avancement, et désireux de payer le moins possible de leur personne en tirant de leur situation le maximum de rendement, au risque d'oublier où s'arrête ce maximum: nous possédons également derrière les chercheurs, les savants et les cliniciens qui maintiennent le renom de la psychiatrie française, des travailleurs à la fois instruits, modestes et consciencieux, sachant aimer leurs malades, suivant la tradition des maitres d'autrefois.

La collaboration franche et cordiale de ces serviteurs

de l'Etat et de la cause des aliénés avec les pouvoirs pu-

blics, préfets, conseils généraux, conseils municipaux,

conseils d'administration, peut suflire à faire aboutir les

réformes les plus urgentes. C’est, en réalité, ce qui s’est

passé et se produit encore dans quelques départements

privilégiés, où un heureux concours de circonstances et de bonnes ns donné de re résultats (1). Quant

(1) On sat que l'assistance des aliénés dans les départements Sousse une organisation complexe. Certains asiles relèvent des cônseils généraux ; d'autres, simples annexes d'hôpitaux, même avec un nombre considérable d’internés, sont dans la main des conseils municipaux; quelques-uns enfin sont absolument privés — il ne s’agit pas, bien entendu, des maisons de santé — et ap-

… partiennent à des communautés ou à des:associations laïques. La loi de 1838 les régit tous, et ils se trouvent placés sous la abs es k

de l'administration centrale; mais on conçoit sans peine les difficultés éprouvées, en présence d'intérêts si divers. }

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au pouvoir central, malgré la complexité des intérêts en jeu, ilest si impuissantqu'il se trouve actuellement à faire l'unité, il peut imposer parfois sa volonté, et il sait parler avec force lorsqu'il le juge à propos. N'est-ce pas M. le Directeur de PAssistance publique qui, à propos des cellules d'observations consacrées aux aliénés dans les hôpitaux de province, écrivait ces lignes: « Il résulte de ce qui « prècède que la situation est triste, indigne d'une démo: « cratie où les questions d'assistance préoccupent si jus- « tement le parlement et l'administration, indigne du pays « qui a vu naître Pinel et qui a donné l'exemple de la « réforme que ce siècle a réalisé dans les établissements « d’aliénés(1). » : :

On prétendra que ce qui fut écriten 1889, par M. Monod, au sujet des cellules d'observations, pourrait l'être encore. aujourd’hui de l'ensemble de nos asiles. Voici comment s'exprime sur ce point le D" Paul Sérieux : « Une question « se présente maintenant à l'esprit, question qu'il n'est * pas possible d’éluder. L'assistance des aliénés, créée en « France, a-t-elle en notre pays, ét plus particulièrement « dans le département de la Seine, suivi toujours une mar: « che parallèle à celle dont nous avons tracé les progrès « en Allemagne ?. IN? avons-nous rien à envier, pour ce qui « est dela constitution matérielle et morale de nos établis- « sements, de l organisation du service médical, n avons- | « nous rien à envier à l'étranger ? Bref, possédons-nous « ces instruments de guérison que réclamait Esquirol au k débutde ce siècle ? Nous sommes trop potes de la

ner | A 4) He. Moxon, «Les cellules d'observations des aliénés dans les hospices », in Arch. de NEAREE ABB no 53, EL

SNS

« vérité pour dissimuler qu'ilest loin d’en être ainsi, C’est « la certes un aveu pénible; mais céler un état d’infério- « rité n'est: point le faire disparaître, c’est l’aggraver. « Il n’est que temps d'aviser ; il n’est que temps .de procé- « der et à une réforme radicale de la constitution matérielle « de nos asiles, et à une réorganisation sérieuse du service

« médical, si nous voulons, pour ce-qui est de:l'assis-

« tance des aliénés, reconquérir la- place que nous n’au-

« rions jamais dù perdre(t).

Nous ne sommes pas, quant à nous, animé d’un esprit

de réformes aussi intransigeant, et pourtant nous avons .

eonnu des établissements de province autrement défec-

tueux que ceux de la Seine. Nous avons essayé de mon-

trer, à propos du traitement de la mélancolie anxieuse, comment nous comprenions ce problème diflicile et toujours irrésolu de l’hospitalisation des aliénés. Nous avons

envisagé la question surtout au point de vue essentiellement médical et moral. Il est bien des côtés que nous

avons dû fxisser dans Fombre. Mais il ÿ a un dernier

point sur lequel nous voulons nous arréter un moment

avant de passer aux conclusions de cette thèse inaugurale.

Les aliénistes se plaignent généralement du nombre {rop grand de leurs malades : ce qui rendrait difficile, im-

possible même une observation sérieuse et un traitement méthodique. La critique est grave, et il faut bien avouer qu’elle est en partie fondée, dans l'état actuel des choses.

En partie seulement : il est cértain que si lon prend la.

: (D) P. Sérieux, L'Assistance des aliénés en Allemagne ». Arch. de Neurologie.

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totalité des aliénés d'un service, c'est-à-dire confiés à un seul et même chef, on voit de suite que celui-ci ne peut s'occuper de tous. Mais est-il nécessaire qu'il en soit ainsi ? Nullement, et en fait cela n’est pas. Si, pour l’un quelconqüe de ces services, on voulait établir une statistique fixant d’une part le chiffre des chroniques, dont l’aberration mentale est immuable et n’appelle plus aucune intervention, d'autre part celui des psychoses aiguës ou des cas en traitement pour une affection intercurrente, je ne pense pas qu'on trouve plus de vingt malades sur cent dont le médecin ait véritablement à se soucier. C’ést encore trop, lorsque la population est de 800 à 1000 et plus, surtout en considérant que les incurables ne sauraient être entièrement perdus de vue.

à D'ailleurs, Ja loi de 38 impose pour chaque unité la ré- daction de notes mensuelles,consignées dans des registres spéciaux, de notes ‘semestrielles (états nosographiques) destinées aux préfets, sans préjudice [des observations médicales. Avec la correspondance, les visites des familles et autres, les affaires judiciaires et les questions administratives, tous ces feuillets couverts ou à couvrir d’écriture, constituent une besogne qui dépasse de beaucoup les forces desn mieux doués. Comment, si l’on veut essayer de suffire à tout, rester un homme de science, un homme.de = l’art, selon le vœu d'Esquirol ?

Il arrive, on l’a dit, que le bureaucrate tue le médecin:; parfois, c’est le médecin qui tue le bureaucrate.; et lorsqu ils se tuent Depot on ne voit guère ce qui reste. De là lidée de diminuer la quantité en des malades dans les | services , en multipliant ces

derniers, en créant des postes nouvéaux. Malheureusement, sans même aborder la question budgétaire, le recrutement dés médécins d’asiles est insuffisant : il existé en France des établissements, même considérables, qui sont simplement soumis à la visite quotidienne et rapide d’un docteur quelconque de la région. Cette lacune est désastreuse, au point de vue de la surveillance attentive et éclairée et de l'intervention bienfaisante dans les aliénations curables, comme la mélancolie anxieuse.

À quoitient un pareil état de choses? En partie, me semble-t-il, à l'absence de toute organisation de Pinternat- -des asiles de province, ainsi qu'à la situation subaltérne et mal définie faite partout aux médecins-adjoints (1). Elle tient aussi sans doute au nombre même des charges imposées aux aliénistes par la loi de 38. Lorsque cette loi a été rédigée, la psychiatrie venait à peine dé naître. Elle

s’est donc inspirée des idées philosophiques régnantes

sur l’intangibilité de la personne humaine et sur la haute

signification de la liberté individuelle. Elle a visé surtout

à prévenir les incarcérations arbitraires, et a multiplié.

dans êette vue les garanties avec une méthode et une ingé-

niosité merveilleuses mais tracassières. D’inspiration éle-

vée, elle a été un puissant instrument de progrès. Elle a

atteint son but, et l’on ne connaît pas en France depuis … qu’elle fonctionne, ainsi que le déclarait M. le professeur

Brouardel dans un cours récent sur la responsabilité médicale, un seul cas d’internement illégal. On peut dire

(1) PAUL SÉRIEUX, Arch. de neurologie 1898, t. lpp. 155 et 242.; G: DOUTREBENTE, Rapport cité,

Revue de Psychiatrie, août et, sept. 97, lettres de A. Marie et.de Marandon de Montyel.

aujourd'hui qu’elle l’a dépassé et qu’elle est devenue vexatoire : et cela à cause du nombre croissant des internés, qui à fini par quintupler la besogne des médecins (1).

D'ailleurs, avec nos mœurs actuelles, l’action immense de la presse, la divulgation vers tous-les points de l’horizon du moindre événement sortant de la règle, la liberté individuelle n'est-elle pas sauvegardée ? Mais les formalités nécessaires pour l’internement, les certificats de vingt-quatre heures et de quinzaine qui décident de l'opportunité du maintien ou de la sortie, l'éventualité constante d’une intervention du préfet et de la magistratüre dans les affaires de l'établissement, les inspections générales, suffisent amplement à prévenir ou à réparer toute erreur.

Qu'on supprime done, si ce n’est pour y maintenir les copies des pièces essentielles relatives à chaque malade, si ce n'est pour y imprimer en quelque sorte la trace de

son passage à l'asile, tâche qui incombe aux employés d'administration, qu'on supprime, dis-je, en tant que recueils mensuels des faits et gestes dés aliénés, ces gigan-

tesques in-folios et ces états nosographiques, qui condamnent l'homme de l’art à une occupation -machinale et inutile au détriment de l’action intelligente et nécessaire !

= Qu'on l’enlève à la poussière des bureaux et qu'on le rende à ses malades ! Qu’il fasse de la clinique et de la thérapeutique, de la science pure par surcroît,'s’il en a le goût,

et non pas de la copie ! Quant à savoir s’il peut être en

(1) C’est ainsi que l'asile de Quimper, qui comptait en 1836 pour un médedecin 76 malades, en 1856 pour un médecin-directeur et un adjoint 260 malades Onavail en 189% qu'un directeur-médecin. pour 511 aliénés.

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