‹ Etude sur la partie du texte hébreu de l'Ecclésiastique rćemment découverteChapitre 45 sur 49 · LANGUE, STYLE ET CROYANCES DE BEN-SIRA · texte numérisé non relu

LANGUE, STYLE ET CROYANCES DE BEN-SIRA

Le fragment nouvellement découvert établit définitivement que Ben-Sira n’a écrit sa Sagesse ni en araméen, ni dans un langage mélangé d’hébreu et d’araméen, comme le faisaient supposer les citations qu’en font les écrits talmudiques, mais

dans un hébreu soigneusement modelé sur la langue et le style |

bibliques. Cette imitation voulue se manifesie tout d’abord

par de nombreux membres de phrase et des expressions rares

et caractéristiques dont il compose ou émaille ses distiques. Les livres sapientiaux ou lyriques comme Job, les Proverbes et les Psaumes, lui ont fourni d'innombrables extraits tantôt sous leur forme intacte, tantôt sous une forme plus ou moins radicalement modifiée. Les autres livres du canon biblique sont

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aussi tres largement mis à contribution suivant la nature du sujet traité : le Pentateuque, Jes livres historiques et les pro- phètes, particulièrement dans la partie intitulée Éloge des ancêtres (XLIV-XLIx), dans laquelle l’auteur donne un précis de l’histoire, de la législation et des institutions civiles et religieuses de son peuple, depuis l’époque des patriarches jusqu'à celle de sa génération. Mais les écrits bibliques d’un genre différent sont également utilisés dans l'intérêt du style et de la diction. Ces divers emprunts font du fragment découvert un véritable recueil de bouts de phrases bibliques juxtaposés de manière à former un sens acceptable. Les éditeurs de ce texte ont noté une grande quantité de renvois aux livres de la Bible; il ne sera cependant pas inutile d’en présenter quelques spécimens d’un type particulier parmi ceux qui ont leur source dans la portion la plus tardive de l'Ancien Testament, et notamment dans ceux que la critique moderne à, sans raisons suffisantes, relégués à l’époque perse ou regardés comme des pasüches fabriqués par de pieux fraudeurs de l’époque hellénique.

La série la plus remarquable de ces emprunts est sans contredit celle qui est puisée dans le livre de Job. Citons :

par np 9 np Coux, 20 à) = yann Dyp5 NII ts (Job, xxvIn, 24). — NY DV DIN (28 8) — N2 ... on prop (Job, 1x, 5), — pop min (xL, 13 8) — Job, xxvut, 26; xxxVINT, 25. — Dpy nx20 ONND (14 6) = van ny ms 1529, < d'une manière imprévue », — 32972 PYn 92 229 (16) = wa yn 53 590 (Job, vu, 12). — Su wa 93 D9n nn Gui, D) = 557 Fi Lys ox (Job, xx, 29; ‘ue 13). — ph DVIN (XL, 18 à) = Din pn a XXXVIH, 16). — ny 52), employé d’ailleurs très mal à propos dans xLHI, & €, copie le opt %5n) de Job, xxxvint, 27. — SR sm (xLvuT, 9 5) = ya (Job, xxv, 2), où le suffixe se rapporte à Dieu. NA NA ND OWND GLIV, 9 Ca) = AN 0 NS UND (Job, x, 19). — jyx mou (REV, 19 c 6) — Job, xvux, 5. — Le verbe n'a est particulier au livre de Job; mais Pemprunt le plus instructif est le substantif inconnu ail-

ART A EN ARS er Te TPE PR DEAR LE CE "EU “OA LE A LR TETE ag + , à: " 13} ue, 107 » * M x « \ PU rave NE NRES CT.

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DRE leurs a5nn (xLIV, 17), dont la signification de « successeur » (successor, ED) ne convient pas au passage. En réalité il signifie « rénovateur, restaurateur », et Ben-Sira l’a tiré de Job, XXIX, 20, qui porte :

OMAN Paonupr 1) win 129 Job dit que, comme conséquence naturelle de ses actes généreux envers les pauvres et les souffrants, il espérait vivre

longtemps dans un bonheur constant et comme se renouvelant sans cesse :

(Je me disais :) Ma gloire sera toujours nouvelle près de moi Et ma puissance (m. à m. : mon arc) se restaurera dans ma main.

La Vulgate concorde absolument avec le texte massorétique :

Gloria mea semper innovabitur Et arcus meus in manu mea instaurabitur.

Les Septante, au contraire, ayant [u $=419 au lieu de JS el ann au lieu de h5nn, ne comprennent plus le sens de ce verset :

CH doËa pou xaivn mer’ éuod,

nai TO TOGOY [LOU EV YELPL ŒUTOÙ TOPEUTETAL.

Ma gloire (sera) nouvelle avec moi Et mon arc passera dans sa main.

Ben-Sira s'accorde avec les massorètes au sujet de la lecture des mots précédents, mais il a vocalisé gj=" (substantif

formé du verbe transitif #7", « renouveler »), « renouvellement », au lieu de AIRE visiblement parce qu’il pensait que, pour dire « renouvelé », il fallait WTro La présence de la forme nominale Lan dans le premier ‘hémistiche l’a obligé à

voir dans le nn de l’hémistiche suivant également une forme nominale (comparable à HN; PEN 92/31 de

l’hébreu tardif) et à peu près synonyme; il lai a donc attribué la signilication de « rénovateur, restaurateur ». honn n’est

pas un mot transmis par une tradition populare, mais doit son origine à un embarras exégétique de Ben-Sira, ce qui explique son entière disparition dans la littérature postérieure. Pour

Us GLS nous, nous avons en lui un témoin irrécusable que l’auteur de l’Ecclésiastique avait fait du livre de Job l’objet d’une étude approfondie et minütieuse.

Parmi tant d'emprunts faits aux Psaumes, je me contenterai de relever un certain nombre qui me paraissent mériter une attention particulière :

xxxIx, 20 6. npwn) D 27 d'après H, =555 uns n39n5 d’après TH; on pourrait aussi corriger sys si nn ne se présentait pas toujours sans suffixe. Mais, même en adoptant la leçon de H (les versions grecque et syriaque manquent en cet endroit), il est difficile de ne pas rapprocher Ps: CXLVIL, 5, hp D sosyanÿ, le seul passage biblique où 9 se rapporte à un nom abstrait mis au singulier. — 23 6. po non (an), transformation de px … pur nn sp (Ps. oxvir, 33). — 35. D D NN 1219 = wep av 2 92 nan (Ps. CxLV, 21). — xLn, 16. 555 vip 53 5ÿ mm = NT TO) 06155 PES TT vw (Ps. cv, 31), combiné avec wyy 55 by von (XL, 9). — xLI, 19 pu 153 MD — ND MED pp (Ps. oxLvir, 16). — xLV, 5 €. np Vpn 2D32 55 DNUNA PADDD1 — PDEND VDM ADN 1227 DJ Du (Ps. GxLVII, 19). — 8 6. ;59 192. composition qui ne se rencontre que dans les Psaumes xxix, 1, et XOVI, 7. — 15e. po 99 nos = pb 91 y (Ps. xcIx, 30).

— 25 6 5.122 DONN 0} = YPO +. 722 (Ps. Vin, 6). Ajoutons les mots séparés qui sont particuliers au livre des Psaumes : = (xLur, 4 — Ps. vir, 10; xI1, 2, LXXVI, 9); sn (xLIV, 19 — L, 20).

Les derniers livres de la Bible, les Chroniques, avec Esdras et Néhémie, ont fourni aussi à Ben-Sira un petit contingent d'expressions caractéristiques; telles sont : ny (n), XLVII, 8, et Esdras, 111, 1 1; ÿy97 appliqué à des objets inanimés, XL, 9, et [ Chroniques, xxix, 16; Dpt (xLH, 18 — II Chropiques, XXVIN, 15); ED (avec ladjectif Ty; XUL, 21), xxxIx, 6 passim — 11 Chroniques, 11, 15; 22 (LIT, M 6 —

II Chroniques, xxv, 8), «instituteur, maître ».

Quand on laisse de côté les emprunts qu’il fait directement au recueil biblique, Ben-Sira se montre comme écrivant un hébreu correct et clair, mais beaucoup plus appauvri que celui des psaumes tardifs et des derniers livres historiques de la Bible. Il exclut l'emploi du relatif ui (au lieu de UN); devenu

banal dans les derniers psaumes, Il connaît le prix de unité de la pensée et s'efforce d'exprimer ses idées par des termes appropriés, inais cela ne lui réussit pas sans introduire des néologismes qui se retrouvent

plus tard jusque chez les rabbins (y D'oDn 52p

3ÿn, 190) MN2: 7p, € l’accompagnera », Wa, DAT: Cbriller », 79, « diligent », ni, etc., peut-être même nn, cj'ai vérifié », Fartne de l’araméen sw) ou des mots à

effet au lieu d'expressions simples (ADN et yyi pour ph, nv

pour How. nan 5 pour psipo 5p, mon (xLi, #) pour TNDD: TD AN POUr D + wTpt 52525 pour 735

DD: PIN 002 5Y 22777) LOUr ANT ON DN270).

ou encore des voix verbales inusitées (975, 2"; AY?

. Il crée même pour la particule 12 Ja signification antithétique

de « mais » (xxxix, 23, 24, 25, 27), qui ne se trouve pas chez d’autres écrivains. On voit que la langue hébraïque avait cessé d’être un idiome vivant et que le néo-hébreu employé dans les collèges des Sopherîm avait déjà achevé sa croissance. À ce point de vue, le recueil de Ben-Sira a dû être un véritable événement littéraire pour son époque.

Chose curieuse, la découverte du fragment de cet ouvrage est aujourd’hui même un événement hors ligne pour l’histoire du canon biblique. Depuis quarante ans, cette histoire a été remaniée du tout au tout. Des savants éminents, se fondant sur des arguments littéraires ou psychologiques, se sont crus autorisés à placer la composition du livre de Job en l’an 200 av. J.-C., et celle des deux derniers livres du Psautier à l’époque macchabéenne, et leur opinion s’est tellement enracinée dans l’esprit du monde lettré que l'opinion contraire est généralement considérée comme la marque d’une profonde igno-

Sade s MECS

rance ou d’un préjugé incorrigible. J'ai eu beau protester dans une longue série d’études minutieuses et les preuves à la main contre ce fatal engouement, rien n'a fait et pas un seul de ces savants n'a daigné y donner un seul mot de réponse. Ne pouvant m accuser de fanatisme religieux et ne voulant pas engager une discussion scientifique pour réfuter mes arguments, ils croient tout dire en me lançant le mot de « arriéré » ou de « théologien” »! Mais toute cette superbe théorie, prétendue intangible, tombe maintenant à plat devant les faits exposés plus haut. Le canon biblique en général, sauf naturellement le Cantique, l’Ecclésiaste et les livres d’Esther et de Daniel, est bien antérieur à 290 av. J.-C., année pendant laquelle Ben- Sira a écrit l'Ecclésiastique. Voici les dates minima obtenues pour certains livres du recueil biblique :

Les Chroniques avec leurs pendants, les livres d'Esdras et de Néhémie, ayant été considérées comme des livres canoniques par Ben-Sira, doivent être antérieures à 290. En mettant seulement vingt ans d'intervalle entre l’Ecclésiastique et les Chroniques, ces dernières se placeront vers 320. Au début d’une nouvelle époque inaugurée par la domination grecque, le besoin s’est fait sentir de recueillir les documents qui restaient au sujet de la construction du temple de Jérusalem et de l'organisation du culte durant la dynastie perse, organisation qui n’a pu s'achever que grâce au concours désintéressé des lévites, lesquels, mal récompensés de leurs corvées dans le service du sanctuaire, étaient depuis longtemps rangés dans la classe indigente(Deutéronome, xir, 12, 18 passim), au point que lors du retour d’Esdras, la plupart des lévites préférèrent rester à Babylone. De là la faveur particulière avec laquelle ils sont traités dans les récits du chroniqueur.

Le recueil des Psaumes tout entier, même les psaumes les plus maigres des deux derniers livres, ne peuvent pas être abaissés en deçà de l’époque perse, et bien moins encore jusqu’au temps des Macchabées. Les rares exceptions ne font que confirmer la règle.

L’affirmation de l’école critique moderne que les Proverbes,

1. Au Congrès de Genève j'ai eu l’avantage d'entendre ce mot de la bouche même de M. Stade.

DE

à cause de leur analogie avec l’Ecclésiastique, doivent Aussi être très proches de ce dernier ouvrage en ce qui concerne le temps de leur rédaction”, est définitivement contredite par la forme matérielle de la langue de Ben-$ira. A ce point de vue, la différence est si tranchée qu’un intervalle de deux cents ans est à peine suffisant pour l'expliquer. Nous arrivons ainsi à 290 + 200 — 490 comme limite inférieure de la composition de la partie la plus récente des Proverbes.

Le problème concernant la date du livre de Job se résout maintenant d'une manière très simple. Pendant longtemps j'ai considéré la version grecque de l’Ecclésiastique, xcix, 9, qui contient la fameuse phrase zai yap éuvicôn roy &y00@v à ou6pw — VL. Nam commemoratus est MAMA Or Um in imbri, comme réclamant un degré d'authenticité supérieur à celle de la leçon syriaque qui ofire le nom de Job, pensant que le petit-fils de Ben-Sira n’eût jamais pu commettre une erreur de lecture aussi grossière si le manuscrit de son grand-père, qu’il devait bien connaître par un enseignement direct, ne portait pas effectivement le mot 5x, « ennemi », tandis que la lecture 5x pouvait avoir été suggérée au traducteur syriaque par Ezéchiel, xIV, 2, qui mentionne ce nom comme celui d’un juste très populaire. Comme d’ailleurs le nom de Sys;# me paraissait et me paraît encore être l’altération du nom du vieux patriarche Hénoch, > TON» j'ai cru pouvoir compléter la trilogie patriar-

cale en corrigeant = en EN: Bien des corrections incomparablement plus difficiles à expliquer graphiquement ont été

1, Als fasst stärkstes Argument bietet sich uns dar das Verhältniss der Proverbien zu Jesus ben Sira. Nicht nur äusserlich betrachtet ist Jesus ben Sira das einzige analogon zu ihnen, auch die geistige Verwandschaîft der beiden Werke ist, trotz mancher Verschiedenheiten im Eïinzelnen, doch eine so enge und nahe, dass wir dieselbe nach ihrer Entstehungzeit nicht um eine Reïhe von Jahrhunderten auseinerrücken dürfen. Selbst die Kônigsprüche in den Proverbien, welche als sicherstes Kriterium nur vorexilischen Ursprung angeführt zu werden pflegen haben ihre Doppelgänger bei J Sir 7-4-6 8, 1-3 10, 1-5. Zwar kann die Môglichkeit nicht in Abrede gestellt werden, dass Einzelnes im Spruchbuche « überprägtes » (donc falsification littéraire!) älteres Kourant ist (STADE), aber als Ganzes gehôrt es mit aller nur erreichbaren Sicherheit, dieser Epoche an und nicht einer früheren. (Cornill, 4bid., p. 247.)

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